Cette librairie angevine fêtera ses dix ans en organisant un festival
Commerce, Culture

Cette librairie angevine fêtera ses dix ans en organisant un festival

Du 16 au 20 juin, la librairie indépendante Myriagone accueillera une vingtaine d’auteurs, artistes, chercheurs et éditeurs dans le cadre de son festival « L’Entre Autres », mettant à l’honneur la diversité, la curiosité et l’ouverture d’esprit.

La librairie Myriagone organise un festival – © DR

Animé par une volonté de partager des cultures et des modes de pensée alternatifs, Andreas Lemaire a fondé la librairie indépendante Myriagone à Angers en 2016. Pour célébrer cette décennie passée, le quarantenaire a décidé d’organiser du 16 au 20 juin, dans son commerce, le festival « L’Entre Autres », qui se veut être comme une extension des valeurs qu’il porte avec sa boutique située rue Bodinier.

« J’ai utilisé l’anniversaire des dix ans de la librairie comme un prétexte pour organiser un événement d’envergure. L’idée est de prolonger ce que tente de faire Myriagone depuis sa création en 2016, c’est-à-dire de donner à voir et à entendre des gens qui ont des gestes artistiques et des qualités de pensée qui sont importantes, mais qui sortent des sentiers battus. L’objectif est d’articuler toutes ces différentes réflexions pour nous apprendre à mettre en mouvement nos idées, à réfléchir ensemble », explique Andreas Lemaire.

Une semaine de festivités

Pendant cinq jours, lectures, ateliers, concerts et performances artistiques vont investir la librairie. « Il y aura seulement trois à quatre événements par jour, car l’idée était de ne pas inviter beaucoup d’intervenants simplement pour combler des trous ou cocher des cases.Je me suis occupé de la programmation seul, et j’ai donc sélectionné uniquement des personnes dont j’estime énormément le travail. Pour cette raison, je considère qu’il n’y aura que des temps forts dans ce festival. Le nombre d’invités est restreint, mais chaque représentation a sa place », déclare le libraire.

Parmi la vingtaine d’animations qui vont ponctuer cette semaine de festivités, le public pourra notamment participer à une discussion croisée avec Carmela Chergui, autrice de L’homme est une fiction, et Sammy Stein, co-auteur de la revue France Atlantide.

La librairie accueillera également l’historienne Nephtys Zwer, spécialiste de la cartographie radicale. Cette discipline a pour but de créer des représentations du monde habituellement peu mises en avant par les cartes traditionnelles. Avec l’aide de la spécialiste, les participants pourront s’essayer à un atelier de contre-cartographie collective, et réaliser eux-mêmes leur propre carte. Le photographe David Ropars interviendra de son côté pour une lecture théâtrale intitulée « De l’ordre », sur les thèmes de la liberté, de la censure et du totalitarisme.

La soirée de clôture résonnera comme un écho à la semaine de festivités passée, avec une série de concerts des groupes Ürtext, Tachycardie, Thomas Tilly et Group-Ensemble. Cette dernière animation ne se déroulera pas dans la librairie, mais dans un lieu encore tenu secret. La localisation de celui-ci sera révélée au cours du festival.

« Si je devais tout financer seul, l’équilibre de la librairie serait en péril »

Andreas Lemaire est à la tête de la librairie Myriagone – © DR

L’entrée de l’événement est gratuite pour le public, et accessible uniquement sur réservation par mail, par téléphone ou directement en se rendant dans la librairie. La participation des spectateurs ne générant pas d’argent, Andreas Lemaire a donc lancé une cagnotte en ligne pour tenter d’obtenir les fonds nécessaires à l’organisation du projet.

« L’annonce des coupes budgétaires de la région sur la culture il y a deux ans a tout compliqué. En l’absence des aides que nous avions avant, il ne nous reste plus grand-chose pour mettre en place des événements, à part le financement participatif. Je paie une partie de ce festival moi-même, mais si je devais tout financer seul, l’équilibre de la librairie serait en péril », s’inquiète le quadragénaire. L’objectif de la cagnotte est de récolter 15 000 euros, ce qui équivaudrait au coût total du festival. À ce jour, la moitié de cette somme a d’ores et déjà été récoltée via les dons du financement participatif.

Car en plus d’assumer en partie les coûts de L’Entre Autres, il a tenu à rémunérer lui-même et héberger les intervenants le temps du festival. « J’ai envie que toutes les personnes qui viennent puissent être payées, pour rendre compte de ce qu’elles génèrent en tant qu’artistes, auteurs et autrices. D’habitude, leur présence en librairie n’est pas rémunérée. Dans un événement de cette envergure, il faut montrer qu’elles méritent d’être payées pour leur travail. Mais je reconnais que je n’aurais pas pu le faire tout seul », confie le gérant de la boutique.

En plus de la cagnotte en ligne, Myriagone bénéficie du soutien d’établissements locaux comme le cinéma Les 400 coups, le restaurant Les casse-croûte de Suzy et le bar le Velenjak, qui partagent des informations sur le festival et promeuvent ainsi l’événement.

Malgré le financement participatif et l’aide d’enseignes locales, le choix d’organiser ce festival représente tout de même un risque important pour la librairie.

« C’est un peu kamikaze d’organiser un tel événement, surtout dans le contexte économique actuel. Des projets de l’envergure de L’Entre Autres, je ne pense pas en réorganiser avant dix ans. D’un autre côté, continuer de créer des projets permet de montrer que nous sommes toujours là, car si tout le monde se replie, le milieu de la culture ne va pas tenir. Il faut continuer, même si c’est fragile, et tenir bon jusqu’à ce que les conditions économiques soient de nouveau favorables pour la culture », conclut résolument Andreas Lemaire.

La programmation est disponible en intégralité sur le site de la librairie Myriagone.

Par Sacha Lebras.

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