Jusqu’au 20 septembre, la Collégiale Saint-Martin d’Angers présente « Passé recomposé, quand la photographie agite le patrimoine ». Cinq artistes contemporains y dévoilent des créations inspirées de sites emblématiques du Maine-et-Loire, entre mémoire industrielle, patrimoine équestre, mégalithes et mondes souterrains.

Juliette Agnel a travaillé autour des mégalithes, des vestiges antiques et des paysages nocturnes de l’Anjou. – © Angers.Villactu.fr
À quoi ressemble le patrimoine lorsque des photographes contemporains s’en emparent ? C’est la proposition de l’exposition « Passé recomposé, quand la photographie agite le patrimoine », présentée jusqu’au 20 septembre à la Collégiale Saint-Martin d’Angers. Cinq artistes ont été invités à parcourir le Maine-et-Loire pendant plusieurs mois afin de livrer leur propre lecture de sites emblématiques du territoire, entre mémoire industrielle, patrimoine équestre, mégalithes et galeries souterraines.
Organisée dans le cadre du bicentenaire de la naissance de la photographie, cette résidence est le fruit d’un partenariat entre le Département de Maine-et-Loire et le Centre Claude Cahun pour la photographie contemporaine. Pendant quatre mois, Emma Cossé-Cruz, Juliette Agnel, Matthieu Gafsou, Jérôme Blin et Gaëtan Chevrier ont été invités à explorer plusieurs lieux du département. À chacun un territoire ou une thématique, avec une même consigne : ne pas produire un reportage documentaire, mais proposer un regard d’auteur sur ces patrimoines.
« La photographie, si elle documente un espace-temps, est avant tout un geste artistique », rappelle Emilie Houssa, co-commissaire de l’exposition. Les artistes sont ainsi allés « chercher au plus profond des archives, des musées, des collections, des galeries souterraines, des friches et des forêts les images laissées de côté par l’histoire officielle pour mieux raconter la fabrication de nos imaginaires collectifs actuels », explique-t-elle.
L’ancienne usine Thomson comme point de départ
Le photographe suisse Matthieu Gafsou s’est intéressé à l’ancienne usine Thomson d’Angers, où étaient fabriqués des téléviseurs jusque dans les années 1990. Dans cette friche industrielle, il fait apparaître des silhouettes d’ouvrières au travail, comme des traces persistantes d’une activité aujourd’hui disparue.
« Ce qui m’intéresse ici, c’est autant la disparition d’un monde industriel que la transformation de notre relation aux écrans. Revenir dans l’usine Thomson, c’est revenir à cette matérialité oubliée de l’image », explique-t-il.
Son travail ne cherche pas à reconstituer le passé mais à montrer ce qui continue d’habiter les lieux : « Les gestes des ouvrières, leur précision, leur répétition, la présence des corps au travail deviennent les traces d’un monde disparu, mais non effacé. »
Le photographe voit également dans cette série une évocation plus large de l’histoire industrielle européenne. « Mes photographies s’inscrivent dans une histoire sociale plus large : celle des fermetures d’usines, des délocalisations et du démantèlement progressif d’une partie de l’appareil industriel européen. »

Matthieu Gafsou a exploré la mémoire de l’ancienne usine Thomson d’Angers. – © Angers.Villactu.fr
Le patrimoine équestre sous un autre angle
Emma Cossé-Cruz a choisi de travailler autour du patrimoine équestre de Saumur, mais sans montrer les chevaux comme sujets principaux. Son projet est né de la découverte de cartes postales anciennes représentant des cavaliers chutant de leur monture.
« Une séparation de corps part d’une rencontre avec des cartes postales datant du début du XXème siècle qui présentent des chutes de cavaliers », raconte-t-elle.
Ces images ont ensuite été transférées sur de grandes plaques de plâtre de près de quatre mètres de haut, installées dans la Collégiale.
« Loin des représentations héroïques et militaires, cette œuvre évoque la chute comme un accident qui découpe le temps, créant un avant et un après, le rapport à la fragilité et à la gravité », poursuit l’artiste.
Une seconde série, intitulée Pliures, s’intéresse aux illustrations anciennes de chevaux conservées dans des ouvrages anatomiques ou de maréchalerie. « Pliures est un ensemble de photographies qui joue sur le visible et l’invisible, le voilé et le dévoilé. »

Emma Cossé-Cruz s’est intéressée au patrimoine équestre de Saumur à travers des archives anciennes. – © Angers.Villactu.fr
Explorer les couches les plus anciennes du territoire
Le travail de Juliette Agnel s’intéresse, quant à lui, aux lieux de culte, aux menhirs, aux dolmens, aux vestiges antiques ou encore aux paysages nocturnes de l’Anjou.
Réalisées de nuit, ses photographies interrogent les différentes strates qui composent le territoire, comme l’histoire, la spiritualité et les paysages. Lauréate du prix Niépce en 2023, la photographe poursuit ainsi une recherche autour des liens entre les traces laissées par les civilisations, les forces de la nature et les espaces sacrés.
Une immersion dans les galeries souterraines
Le duo composé de Jérôme Blin et Gaëtan Chevrier a consacré sa résidence aux galeries souterraines de Doué-la-Fontaine. « S’aventurer sous la surface terrestre, découvrir un dédale de galeries et de passages relève déjà d’une expérience presque initiatique », expliquent les deux photographes.
Leur série, Sous la surface, s’intéresse autant à la géologie qu’aux usages successifs de ces lieux, utilisés au fil des siècles pour l’extraction de la pierre, comme champignonnières ou encore comme refuges.
« Nous esquissons ici une lecture contemporaine, en résonance avec le désordre du monde actuel. Ce besoin de refuge ouvrirait la possibilité d’un pas de côté, d’une suspension du regard, propice à la réflexion », poursuivent-ils.
À travers leurs images, ils souhaitent également montrer ce que ces espaces racontent du territoire : « Relire l’état des choses depuis les profondeurs, c’est offrir au regard du spectateur des paysages inattendus, des situations inédites et prendre la mesure de l’empreinte laissée, à la fois sur les territoires et sur les hommes. »

L’exposition est à découvrir jusqu’au 20 septembre. – © Angers.Villactu.fr
L’exposition « Passé recomposé, quand la photographie agite le patrimoine » est à découvrir jusqu’au 20 septembre à la Collégiale Saint-Martin, à Angers. Elle est ouverte de 13 h à 19 h, tous les jours sauf le lundi. L’entrée est fixée à 5 € en plein tarif et 3,50 € en tarif réduit. L’accès est gratuit pour les moins de 26 ans, les détenteurs de la carte Privilège de la Collégiale, ainsi que le dernier dimanche de chaque mois.
Par Eline Vion.
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