Face aux canicules successives qui rythment ces dernières semaines, les habitants de l’agglomération angevine ne sont pas tous égaux. Qu’ils habitent sous les toits, dans des logements sans volets ou inadaptés à ces températures, de nombreux Angevins voient leur quotidien bouleversé.

Lony a dû quitter son logement où la température a atteint les 42 °C – © Angers.Villactu.fr
Après une première canicule au mois de mai, de nombreux records de chaleur sont tombés en Anjou le mois dernier, avec jusqu’à 42,3 °C à Angers le 23 juin. Des températures qui ont poussé Quentin à quitter son logement. « C’était devenu invivable, avec plus de 36 °C », se souvient le jeune homme qui habite au 13e étage d’un immeuble dans le quartier de Belle-Beille.
« Je commence la journée en étant déjà fatigué »
Son deux pièces n’est équipé de stores que dans la chambre. Le soleil qui brille dès le matin dans l’appartement fait inexorablement monter la température malgré les rideaux thermiques. « Ma compagne vit dans une maison avec la climatisation. J’ai eu la chance d’y vivre pendant les journées les plus chaudes », explique Quentin. Ce mardi 7 juillet, alors que l’Anjou est touché par une troisième canicule, le mercure affiche déjà dans l’appartement 33 °C à 10 heures.
Éducateur auprès de jeunes enfants, Quentin sent la fatigue s’accumuler : « Les nuits ne sont pas reposantes. Je commence la journée en étant déjà fatigué. Si les températures continuent de monter, je vais devoir repartir de chez moi. »

Malgré les rideaux thermiques, la chaleur pénètre dans l’appartement – © Angers.Villactu.fr
Jusqu’à 42 °C sous les toits
Dans le centre-ville, Lony occupe depuis trois ans un appartement situé sous les toits d’une petite résidence.
Dans son 40 m², la température a grimpé jusqu’à 42 °C à la fin du mois de juin. Impossible pour cet employé d’une guinguette de rester sur place. « J’ai dû partir plusieurs jours chez un ami qui avait un appartement un peu plus frais », raconte-t-il. Pour cette nouvelle canicule, il tient tant bien que mal dans son logement, avant de peut-être le quitter à nouveau dans les prochains jours. « Je fais un métier assez physique, dans un lieu où il fait chaud. Plusieurs fois, je suis arrivé au travail exténué, car je n’ai pas pu dormir », soupire Lony.
Même en fermant les volets, la mauvaise isolation du logement permet à la chaleur de rentrer. Les tâches du quotidien, comme cuisiner, deviennent difficiles. Lony a contacté son propriétaire pour lui demander le prêt d’une climatisation portable, qu’il n’a pas les moyens d’acheter, ou un geste sur le loyer pour les jours où il n’a pas pu occuper le logement. « Il a refusé les deux demandes », regrette cet Angevin de 23 ans.
« Je ne vais pas avoir le choix que de quitter le logement »
« C’est la première année que c’est aussi difficile. Avec le changement climatique, c’est amené à se reproduire. Je ne vais pas avoir le choix que de quitter le logement », avance Lony.
Dans le quartier Lafayette, Nina vit aussi sous les toits. Sans volets, elle aussi est impuissante face aux rayons du soleil qui réchauffent son petit appartement. Faute de pouvoir acheter du blanc de Meudon, devenu très populaire ces dernières semaines, la jeune femme s’est résolue à utiliser des cartons de boîtes à pizza sur ses fenêtres. « Pendant la dernière canicule, j’ai relevé jusqu’à 37 °C dans mon appartement. En général, il fait seulement quelques degrés de moins qu’à l’extérieur. Comme je suis une personne à risque, cette chaleur a été très difficile à supporter », complète Nina qui a quitté son appartement pour cette troisième canicule de l’année.

Des cartons de boîtes à pizza ont fait office de stores – © DR
Un Français sur trois juge son logement insuffisamment isolé contre la chaleur
Dans son dernier rapport, la Fondation pour le logement rappelle qu’en 2025, 5 700 personnes sont mortes à cause de la chaleur en France. Par ailleurs, près d’un Français sur trois juge son logement insuffisamment isolé contre la chaleur.
C’est notamment le cas de Patricia* qui occupe une maison louée par le bailleur social Podeliha. « Les travaux réalisés ces dernières années étaient censés améliorer notre confort, mais nous avons le sentiment qu’ils ont eu l’effet inverse. Ils ont surtout été pensés pour l’hiver, sans tenir compte des épisodes de canicule qui deviennent pourtant récurrents. Aujourd’hui, notre maison est devenue une véritable bouilloire thermique », explique celle qui souffre de problèmes de santé.
Dans le pavillon, la chaleur reste piégée, faisant monter la température jusqu’à 35 °C. « Même lorsque les températures baissent, le logement refroidit très peu malgré les fenêtres ouvertes toute la nuit », constate Patricia.
« Notre logement est devenu un calvaire »
Une chaleur qui bouleverse son quotidien et aggrave ses problèmes de santé. « Nous dormons très peu, nous sommes épuisés et nous n’avons plus d’appétit. Notre logement est devenu un calvaire plusieurs semaines par an et, malgré toutes nos démarches, nous n’avons toujours aucune solution ».
Contacté, le bailleur social indique que les réclamations des locataires sont en cours de traitement. « Chaque année, nous poursuivons un important programme de réhabilitation de notre patrimoine. Il s’agit de travaux de rénovation énergétique, mais aussi d’entretien et d’amélioration des logements. En 2025, nous avons investi 57 millions d’euros dans ces opérations sur l’ensemble de notre parc de 27 500 logements, répartis dans les Pays de la Loire, avec une majorité de logements située en Maine-et-Loire », souligne-t-il.
Ces épisodes de chaleur extrême peuvent être également particulièrement difficile à vivre pour les enfants. Parents d’une petite fille de seulement deux mois, Louis et Marion, locataires d’un appartement à Angers, vivent eux aussi difficilement la période actuelle.

Certains immeubles ne sont pas du tout adaptés à ces fortes chaleurs – © Angers.Villactu.fr
« Cette solidarité entre voisins nous a beaucoup touchés »
« Pendant la première canicule, il faisait déjà plus de 35 °C dans le logement. Nous avons réussi à tenir, mais c’était très difficile. Lors de la deuxième, nous avons préféré partir avant même les 40 °C annoncés, parce qu’il faisait quasiment aussi chaud à l’intérieur qu’à l’extérieur. Notre fille se réveillait toutes les heures pendant la nuit. Elle pleurait beaucoup, réclamait le sein en permanence et nous sentions qu’elle souffrait de la chaleur. De notre côté, nous étions épuisés par le manque de sommeil », expliquent les deux Angevins qui ont pu fuir chez des proches.
Dans leur quartier, la solidarité s’est organisée pour les parents de jeunes enfants : « Des mamans du quartier se sont mobilisées en proposant d’accueillir des enfants chez elles, parce que leurs logements étaient climatisés. Cette solidarité entre voisins nous a beaucoup touchés. »
Des couvertures de survie aux fenêtres
Pour certains enfants, aucune solution de repli n’est malheureusement possible. Dans le quartier Saint-Serge, l’association Marie Durand, spécialisée dans la protection de l’enfance, accueille et accompagne des enfants et adolescents confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Dans les deux maisons où sont hébergés 22 enfants, le mercure grimpe régulièrement au-delà des 30 °C.
« La canicule précoce du mois de mai nous a surpris. Nous avons ensuite équipé chaque chambre d’un ventilateur et installé des rafraîchisseurs d’air dans les couloirs. Comme les espaces sont grands dans les étages, la mise en place d’une climatisation mobile n’a pas d’effet », regrette Rébecca Marias, directrice générale de l’association. Pour tenter de supporter un peu mieux la chaleur, les enfants ont été invités à dormir au rez-de-chaussée de la maison. « Onze enfants dans une même pièce, c’est très compliqué, surtout que beaucoup ont des traumatismes. Cela ne s’est pas très bien passé, la situation était très inconfortable », confie Virginie*, éducatrice spécialisée au sein de l’établissement.

Des couvertures de survie ont été installées sur certaines ouvertures – © Angers.Villactu.fr
« On se sent démunis face à une telle chaleur »
Les professionnels ont décidé d’installer des couvertures de survie sur certaines ouvertures qui faisaient grimper la température. « On se sent démunis face à une telle chaleur », ajoute Virginie.
Comme de très nombreux logements et équipements publics, les bâtiments, construits dans les années 2000, n’ont pas été conçus pour supporter de telles chaleurs. « Nous n’avons pas de pièce climatisée dans les maisons. Il y a un certain nombre d’actions à mener, notamment en matière d’isolation. Cela rentre dans les plans d’investissements du Département, en charge de la protection de l’enfance », précise Rébecca Marias.
En attendant des moyens supplémentaires, de nombreuses astuces sont utilisées pour tenter de rafraîchir les enfants, en journée et la nuit.
« Nous avons transmis aux équipes un document qui indique les bonnes pratiques en ces périodes de canicule. Nous faisons le maximum, mais lorsqu’il fait plus de 40 °C dehors, il n’y a pas de solution magique. Beaucoup de lieux comme les écoles ont pu fermer pendant la première canicule. Ici, ce n’est évidemment pas possible », conclut la directrice générale de l’association Marie Durand.
*Les prénoms ont été modifiés.
Par Sylvain Réault et Eline Vion.
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