Confrontés aux trois canicules qui se sont abattues sur la France depuis le mois de mai, les travailleurs du bâtiment voient leurs conditions de travail se détériorer. Entre lassitude et résignation, les professionnels tentent de trouver des solutions.

Les ouvriers doivent s’adapter à ces fortes températures – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
Exerçant des métiers physiques et majoritairement en extérieur, les ouvriers sont particulièrement exposés aux canicules record qui touchent la France ces dernières semaines. À Angers, jusqu’à 42,4 °C ont été atteints le 23 juin.
« Les stations météorologiques prennent leurs mesures de température dans des lieux abrités, mais les choses sont différentes sur le terrain. Sur notre chantier archéologique, nous opérons à même le sol, sans ombre et en face d’un immeuble blanc qui réfléchit la lumière du soleil. Quand les prévisions annoncent 42 °C, nous travaillons parfois sous 48 °C. Nous le savons grâce à un thermomètre que nous avons placé sur le chantier », explique Martin Pithon, responsable d’un chantier archéologique à Angers pour l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP).

Les températures grimpent rapidement au soleil, comme ici à 9 h 30- © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
Les ouvriers cherchent à se protéger du soleil
Pour l’ensemble du secteur du bâtiment et des travaux publics, une même solution est préconisée. Il faut modifier les horaires de travail pour éviter les heures les plus chaudes. « Nous commençons une heure plus tôt, à 7 h, et nous nous arrêtons en avance pour éviter les grosses chaleurs de la mi-journée. Les conditions ne nous permettent pas de travailler en extérieur l’après-midi. Malgré ces aménagements, le travail reste tout de même difficile. À 10 h 30, le thermomètre peut déjà dépasser les 35 °C », indique Hervé, ouvrier angevin.

La chaleur rend les conditions de travail difficiles – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
Les temps de pause se font plus nombreux et les ouvriers sont invités à faire plus attention pour prévenir les risques, mais certains déplorent néanmoins le manque de dispositifs concrets qui permettraient d’aider les travailleurs sur les chantiers. « L’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP) devrait nous aider, mais en réalité, nous nous sentons délaissés. Ils nous fournissent des flyers avec les bons comportements à adopter, sans nous apporter de solutions concrètes. Ils nous infantilisent. Dans certains festivals, les organisateurs utilisent des brumisateurs de très grande taille pour rafraîchir les festivaliers, nous souhaiterions avoir également ce type d’aménagements sur nos chantiers. Les solutions existent pour les autres, mais nous, nous n’y avons pas accès », déplore Sébastien Placet, directeur de l’entreprise Maçonnerie Project à Saint-Georges-sur-Loire.
« La seule chose que l’on souhaite, c’est que ça s’arrête et que les températures redescendent »

Sébastien Placet, directeur de l’entreprise Maçonnerie Project – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
Quand le mercure dépasse les 40 °C, les travailleurs souffrent, malgré l’aménagement des horaires. « Les efforts deviennent plus difficiles et l’épuisement peut engendrer des conflits internes. La situation pèse sur les structures et nous sommes fatigués, la seule chose que l’on souhaite, c’est que ça s’arrête et que les températures redescendent », admet Sébastien Placet.
Quand les températures extrêmes ont des impacts néfastes sur les ouvriers, elles entraînent aussi des problèmes sur les travaux eux-mêmes. « À cause des canicules, nous ne pouvons plus réaliser certains travaux. Il est impossible de couler du béton ou de réaliser des enduits avec ces températures. Certains projets doivent être mis en pause et nous n’avons pas d’autres solutions que d’attendre. Cela entraîne des retards de planning et les conséquences économiques se font sentir », souligne le maçon.
Néanmoins, un même sentiment est partagé par l’ensemble des professionnels du bâtiment angevin et contraste avec les difficultés que subissent les ouvriers. « Le travail est épuisant et nous sommes généralement plus fatigués en fin de semaine qu’en temps normal, mais si des solutions nous sont apportées pendant ces périodes pour nous aider à mieux les supporter, nous pourrons nous habituer. C’est notre travail d’être exposés au soleil, cela fait partie du métier. Même si ce sont des périodes difficiles, elles restent exceptionnelles et ne représentent qu’une petite partie de notre travail annuel. Nous devons faire avec et nous adapter, car le travail doit être fait de toute manière », estime, résigné, Alexandre, ouvrier sur le chantier de la bibliothèque Toussaint à Angers.
Malgré les difficultés, les professionnels du secteur à Angers s’accordent pour rester optimistes quant à la situation, en espérant une meilleure adaptation de leurs conditions de travail à l’avenir face aux canicules.
Par Sacha Le Bras.
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