L’équipage du programme international de recherche « CHARM » a navigué jusqu’en Afrique du Sud pour collecter des sédiments, dans le but d’en apprendre davantage sur les climats passés de l’hémisphère Sud du globe.

Meryem Mojtahid, paléoclimatologue à l’Université d’Angers et cheffe de mission du projet CHARM – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
Du 4 mai au 13 juin dernier, une centaine de scientifiques ont embarqué pour la mission de recherche internationale « CHARM » au large de l’Afrique du Sud et du Mozambique, pays situé au sud-est du continent africain. Parmi l’ensemble des chercheurs de dix nationalités différentes à bord, Angers était particulièrement bien représentée avec une vingtaine de scientifiques. La majorité d’entre eux venaient de l’Université d’Angers.
L’objectif de l’expédition était de récolter des organismes microscopiques fossilisés appelés foraminifères, qui composent en grande partie les sédiments des fonds marins. Les données collectées grâce à ces prélèvements ont pour but d’améliorer les connaissances des scientifiques sur les variations des climats passés de l’hémisphère Sud de la planète.
L’expédition a été soutenue par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et par la Flotte océanographique française, qui a affrété pour eux un navire spécialisé dans l’océanographie, le « Marion Dufresne ».

Les chercheurs ont ramenés des sédiments pour les analyser – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
« La fin de l’expédition n’est que le début du projet »
« De nombreuses études ont été réalisées sur les climats de l’hémisphère Nord, mais d’un autre côté, nous avons peu de données sur celui du Sud. Les informations que nous collectons lors des missions alimentent nos modèles de prévision du climat et nous permettent d’anticiper ses évolutions sur les 100 prochaines années. Avoir une vision globale de la Terre est important pour comprendre davantage les impacts des changements climatiques actuels, afin de mieux protéger les populations », explique Meryem Mojtahid, paléoclimatologue à l’Université d’Angers et cheffe de mission du projet CHARM.
Le cœur de cette mission a été la réalisation de carottages des fonds marins. Au cours du projet, les scientifiques en ont réalisé plus de 400. Ces opérations consistent à récolter des colonnes de sédiments de plusieurs mètres, 70 pour les plus longues, directement dans les sols océaniques. Une fois remontées à bord, les carottes sédimentaires sont conservées pour y être analysées. Ces dernières sont des sources précieuses d’informations et permettent aux scientifiques d’étudier des climats vieux de 20 000 ans.
Bien que le bateau soit rentré en France le 13 juin dernier, la mission des scientifiques n’est pas terminée pour autant. « Nous ne pouvons pas apporter de conclusions sur les opérations que nous avons menées, car les analyses demandent énormément de temps. Des chercheurs et des universitaires devront se pencher sur ces données pendant dix ou vingt ans, peut-être que mes propres enfants reprendront le travail que j’ai initié. La fin de cette expédition n’est que le début du projet », souligne Meryem Mojtahid.

Des sédiments sont analysés au microscope – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
Une mission à portée pédagogique
« Depuis septembre 2025, nous sommes intervenus dans sept classes d’écoles en Pays de la Loire pour sensibiliser des élèves, allant du CE2 jusqu’au collège, à l’océanographie et à l’importance des actions scientifiques. Notre objectif était de leur faire découvrir ces domaines, mais aussi d’essayer de créer des vocations chez certains. Nous avons été surpris de la réceptivité des enfants vis-à-vis de notre projet, ils ont été volontaires pour apprendre la façon dont on construit une démarche et des recherches scientifiques », s’étonne la paléoclimatologue.
Lors de la mission, les chercheurs ont également organisé des actions de sensibilisation dans des écoles mozambicaines. Les élèves ont pu visiter le Marion Dufresne, qui est l’un des plus grands navires scientifiques au monde. Équipé de 650 m² de laboratoires, sa capacité d’accueil est de 112 chercheurs, sans compter les membres d’équipage.
Toutes ces actions de médiation ont été coordonnées par l’association de culture scientifique Culture Biome, qui a également prévu de réaliser un documentaire sur la mission. « L’Université d’Angers a des relations avec le cinéma les 400 Coups. Nous pensons qu’il pourrait être intéressant d’y organiser des séances spéciales pour diffuser le documentaire, avec la venue de scientifiques de la mission. Il faut que nous travaillions encore sur cette idée, mais ce serait une bonne occasion pour parler de ce que nous avons fait », espère la chercheuse. Culture Biome prévoit également d’organiser une exposition photographique sur le voyage et une restitution auprès des écoles ligériennes ayant été impliquées dans le projet.
Les interventions au large du Mozambique et de l’Afrique du Sud ont constitué les deux premiers volets de ce projet, mais Meryem Mojtahid envisage déjà une troisième et dernière expédition au Brésil, sans qu’une date n’ait été fixée pour le moment. « Ce genre de missions sont coûteuses et les navires dont nous avons besoin ne sont pas facilement accessibles. Nous ne savons pas quand nous pourrons repartir. Il faut attendre que les étoiles s’alignent à nouveau et que toutes les conditions soient réunies », conclut l’experte.
Par Sacha Le Bras.
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