« Certaines entreprises vont devoir arrêter leur activité ou licencier » : une journée de mobilisation à Angers contre la hausse des prix du carburant
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« Certaines entreprises vont devoir arrêter leur activité ou licencier » : une journée de mobilisation à Angers contre la hausse des prix du carburant

Des salariés et patrons d’entreprises du bâtiment, des travaux publics et du paysage étaient mobilisés ce jeudi matin dans le centre-ville d’Angers. Un second rassemblement, à l’initiative de syndicats, avait lieu en fin de journée devant la préfecture de Maine-et-Loire.

Des professionnels du bâtiment, des travaux publics et du paysage ont manifesté ce jeudi 16 avril – © Angers.Villactu.fr

Tôt ce jeudi 16 avril, des artisans du bâtiment, des travaux publics et du paysage ont mené une opération escargot en direction du centre-ville d’Angers. Une centaine de personnes, salariés et chefs d’entreprise se sont rassemblés devant la préfecture pour tirer la sonnette d’alarme face à la hausse des prix du carburant.

Des entreprises fragilisées

Pour Rémi Dolley, secrétaire général adjoint de la Chambre nationale des artisans des travaux publics et du paysage de Maine-et-Loire (CNATP), la situation actuelle fragilise fortement les entreprises artisanales : « Depuis plusieurs semaines, la hausse des prix du carburant met une pression énorme sur les entreprises », observe-t-il. Dans un contexte déjà tendu, entre trésoreries fragiles et carnets de commandes en baisse, cette augmentation pèse directement sur la rentabilité. « Les marchés sont souvent à prix fermes, donc il n’y a aucune possibilité d’ajuster. »

Certaines entreprises se retrouvent aujourd’hui dans une situation critique. « Elles sont contraintes de travailler à perte, sans pouvoir répercuter les hausses sur des contrats déjà signés. »

Selon lui, les alertes se multiplient, notamment dans les travaux publics et le paysage : « Plusieurs chefs d’entreprise nous disent clairement qu’ils risquent de fermer si rien n’est fait rapidement ». Il rappelle aussi que le carburant est un outil de travail indispensable : « Ce n’est pas une variable d’ajustement. Il sert à aller sur les chantiers et à faire fonctionner les engins. »

« Aucune mesure concrète n’a été mise en place »

Le responsable pointe également les conséquences pour les salariés : « Beaucoup utilisent leur véhicule personnel pour se rendre sur les chantiers et subissent eux aussi la hausse, sans compensation adaptée ». Face à cette situation, il dénonce un manque de réponse des pouvoirs publics. « Malgré nos alertes, aucune mesure concrète n’a été mise en place, alors que d’autres secteurs ont été soutenus. »

À la tête d’une entreprise de travaux publics installée à Ombrée-d’Anjou, Vincent Gaultier dénonce une hausse brutale des coûts de carburant : « On est une société de 10 salariés. Pour notre activité, on utilise 5 000 litres de GNR (gazole non routier) par mois et presque autant de gasoil. Il y a un an, les prix étaient inférieurs d’un euro. Aujourd’hui, le prix approche les deux euros », explique-t-il. Résultat, la facture mensuelle atteint désormais près de 7 000 €, uniquement pour ce poste de dépense. « C’est une hausse qu’on n’a pas pu anticiper. »

Le dirigeant souligne une difficulté supplémentaire : les devis, souvent signés à l’avance, ne permettent pas d’ajuster les prix. « On doit continuer à travailler avec des marges qui se réduisent à cause de prix disproportionnés. » S’il refuse pour l’instant de répercuter cette hausse sur ses clients, il admet que la situation pourrait évoluer. « À terme, on n’aura peut-être plus le choix. Certaines entreprises risquent de licencier, voire de mettre la clé sous la porte. »

Au-delà de son entreprise, Vincent Gaultier insiste sur l’impact de cette hausse : « Tout le secteur est touché, des fournisseurs aux salariés. Si on se mobilise aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour notre secteur, c’est pour tout le monde, autant pour les professionnels que pour les particuliers. »

« Avant même de commencer la journée, on a déjà perdu 1 800 € »

À Gennes-Val-de-Loire, Alexandra Rocher dirige avec son mari l’entreprise LTRC TP, qui emploie une quarantaine de salariés. Spécialisée dans les travaux publics, la société dispose d’un parc conséquent de matériel, avec 15 camions et 25 pelleteuses, et intervient sur des chantiers d’envergure, notamment pour de grands groupes. Mais la hausse du carburant pèse lourdement sur son activité : « Avant même de commencer la journée, on a déjà perdu 1 800 € par rapport à un coût normal », explique-t-elle.

Sur une semaine, la perte atteint environ 9 000 €, sans même compter les dépenses liées aux véhicules des salariés : « C’est une perte de marge qu’on ne peut pas récupérer auprès des clients. »

Comme d’autres professionnels du secteur, elle souligne l’absence de dispositifs d’aide spécifiques : « D’autres secteurs, comme les agriculteurs ou les pêcheurs, ont obtenu des aides, et c’est normal. Mais nous aussi, on en a besoin. »

La dirigeante alerte sur les conséquences à venir si la situation perdure : « On est déjà dans un secteur en difficulté, et toute la chaîne est impactée, avec l’augmentation du coût des matériaux. »

La crainte des licenciements

Elle évoque des perspectives préoccupantes pour les entreprises : « Certaines vont devoir arrêter leur activité ou licencier. D’autres envisagent le chômage technique. C’est une période très compliquée. »

Cette action avait lieu à l’appel de la CNATP et de la Confédération départementale de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment 49 (CAPEB) qui demandent des mesures d’urgence. Parmi les solutions proposées : une adaptation de la fiscalité sur le GNR afin d’aligner les conditions avec celles du secteur agricole, un renforcement du remboursement sur le gazole pour les véhicules professionnels, des mesures pour soulager la trésorerie des entreprises et l’abaissement du taux réduit de TVA à 5,5% sur les travaux.

« J’évite de postuler dans des entreprises trop loin d’Angers »

Un second rassemblement a eu lieu en fin d’après-midi devant la préfecture – © Angers.Villactu.fr

En fin d’après-midi, les organisations syndicales Force ouvrière (FO) CGT et FSU rencontraient également le préfet de Maine-et-Loire, François Pesneau. Un peu moins d’une centaine personnes sont venues soutenir la démarche. Parmi elles, Corentin, au chômage depuis deux mois, qui a fait évoluer sa recherche d’emploi à cause de la hausse des prix du carburant : « J’évite de postuler dans des entreprises trop loin d’Angers et c’est très compliqué. Au quotidien, je fais le maximum de mes déplacements à pied ou en transports en commun. »

Le trentenaire concède être déçu par la faible mobilisation du jour : « On a l’impression que la situation convient à tout le monde. »

À ses côtés, Sarah, employée dans le secteur de la logistique, a dû revoir les vacances prévues avec une amie. « On fait attention à nos dépenses, mais au final une partie de nos revenus part dans l’achat de carburant pour aller travailler », déplore-t-elle.

Le blocage des prix réclamé

Habitant à Jarzé, à trente kilomètres d’Angers, Hubert, retraité, doit régulièrement prendre sa voiture pour se déplacer. « Je fais attention à mes déplacements et aux distances. Ce n’est pas possible de faire comme avant ».

Également à la retraite, Catherine se montre également vigilante dans ses déplacements : « On fait attention à tout. Les prix ont augmenté, mais les retraites n’augmentent pas. Nous avons perdu en pouvoir d’achat ces dernières années. »

Du côté des manifestants et des syndicats, on réclame le blocage des prix. « Le gouvernement refuse toutes mesures. Pourtant, plusieurs pays en ont pris », avance Magali Lardeux, secrétaire départementale du syndicat Force ouvrière.

Par Eline Vion et Sylvain Réault.

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