« Tous les ans, on nous demande de faire un effort de plus » : les pompiers dénoncent un système à bout de souffle
A la une, Société

« Tous les ans, on nous demande de faire un effort de plus » : les pompiers dénoncent un système à bout de souffle

Après un été marqué par les incendies et les fortes chaleurs, les sapeurs-pompiers veulent remettre leurs conditions de travail et les moyens des services de secours au centre du débat. En Maine-et-Loire, environ 150 personnes prévoient de se rendre à Paris le 29 septembre pour une manifestation nationale.

Partout en France, les sapeurs-pompiers tirent la sonnette d’alarme. – © Adobe Stock

La chaleur, les incendies et les interventions à répétition ont laissé des traces. Pour les sapeurs-pompiers de toute la France, l’été 2026 a une nouvelle fois mis à rude épreuve un système qu’ils jugent déjà fragilisé. C’est pourquoi, une grève au niveau national est lancée depuis ce mardi 8 septembre et une mobilisation est prévue le 29 septembre à Paris. Dans le Maine-et-Loire, environ 150 personnes devraient faire le déplacement, selon Sébastien Delavoux, animateur CGT du collectif des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS).

« Les pompiers sont fatigués. Un été de plus, ils ont été soumis à la chaleur, au feu et à un nombre d’interventions très important », constate-t-il.

Pour le syndicaliste, les difficultés ne sont toutefois pas nouvelles. Les épisodes de cet été les ont simplement rendues plus visibles : « Le reste de l’année, nos difficultés se voient moins et donc personne n’en parle. Ça ne veut pas dire pour autant que le système va mieux, estime-t-il. Tous les ans, on nous demande de faire un effort de plus, sans nous proposer de solutions. »

Des effectifs insuffisants pour répondre partout

Au cœur des revendications figure la question des effectifs. Pour les syndicats, le nombre de pompiers disponibles à un instant donné ne permet plus toujours d’assurer la couverture prévue.

Dans le Maine-et-Loire, Sébastien Delavoux affirme que certains jours, une partie des véhicules ne peut pas être armée faute de personnel : « Quand vous avez 55 fourgons incendie mais que, à l’instant T, vous ne pouvez en armer que huit, cela veut dire que les renforts en secours viendront de plus loin et mettront plus de temps à arriver », résume-t-il.

Pour la CGT, le recours aux seuls sapeurs-pompiers volontaires ne permet plus de répondre à cette situation. « Leur disponibilité dépend de leur activité professionnelle et de leurs contraintes personnelles. Ils doivent assumer une très grosse charge de travail », poursuit-il. Le syndicat demande donc davantage de sapeurs-pompiers professionnels, ainsi que les financements nécessaires à la création de postes.

Une réponse qui se fragilise

Cette question des effectifs se retrouve aussi dans les délais d’intervention. Sébastien Delavoux cite une hausse du délai moyen de présentation du premier engin, passé de 12 minutes 30 en 2014 à 15 minutes 09 en 2025.

Une moyenne qui masque de fortes disparités entre les territoires : « Aujourd’hui, en campagne, on fait moins bien qu’en ville », affirme-t-il.

Pour le syndicaliste, cette situation pose également la question du maillage territorial. Il estime que la fermeture de centres de secours observée depuis plusieurs années n’a pas toujours été accompagnée : « On peut fermer des centres de secours si on s’assure que la réponse opérationnelle existe. Mais on a fermé des centres sans compenser par des gardes permanentes », dénonce-t-il.

Des risques qui évoluent

Les revendications interviennent également dans un contexte où les sapeurs-pompiers doivent faire face à des événements qu’ils considèrent comme de plus en plus difficiles à gérer, notamment les feux de forêt.

Sébastien Delavoux évoque une saison des incendies qui commence plus tôt et se termine plus tard, avec des épisodes plus importants. Il cite notamment six feux de plus de 5 000 hectares depuis 2021, contre 17 au total depuis 1973.

Face à cette évolution, il estime que les moyens doivent suivre. « Dès qu’il y a des phénomènes un peu importants, on s’aperçoit que nos moyens sont trop faibles », affirme-t-il.

L’été a également montré, selon lui, les limites du recours aux renforts venus d’autres départements. Certains personnels ont dû parcourir de longues distances avant d’être engagés directement sur les incendies. Une organisation qui ajoute de la fatigue à des équipes déjà très sollicitées.

« On demande à des gens de poser des congés pour aller à l’autre bout de la France faire leur métier. Ce n’est pas normal et on l’a accepté pendant trop longtemps », estime le syndicaliste.

La santé au-delà des interventions

Les pompiers veulent aussi mettre en avant les conséquences à plus long terme de leurs conditions d’intervention. La chaleur, la fatigue, les fumées et l’exposition à certaines substances dont les PFAS, surnommés polluants éternels, préoccupent les syndicats.

Pour Sébastien Delavoux, la protection des personnels doit notamment être améliorée après les interventions. Il évoque les équipements et les locaux des centres de secours, ainsi que la nécessité de mieux limiter la contamination par les fumées.

« On a des gens qui tombent malades et qui, pour la majorité, ne sont pas reconnus comme souffrant de maladies professionnelles », affirme-t-il.

Une question qui, selon lui, dépasse les seuls moyens engagés sur les interventions : « On sait que le métier est dangereux, mais les conditions dans lesquelles on l’exerce ne mettent pas toujours toutes les chances de notre côté. »

Des réserves sur le projet de loi

La mobilisation intervient alors que les représentants des sapeurs-pompiers ont été reçus à Paris le 8 septembre pour une présentation du projet de loi de modernisation de la sécurité civile.

Les premières orientations présentées ne convainquent pas la CGT. Sébastien Delavoux estime notamment que le texte ne répond pas suffisamment à la question des effectifs professionnels et s’inquiète de certaines évolutions possibles de l’organisation des secours.

Le projet prévoit notamment de développer les conventions avec les associations agréées de sécurité civile afin de leur confier certaines missions. Une piste qui vise notamment à soulager les sapeurs-pompiers.

Mais pour le syndicaliste, « les difficultés ne pourront pas être réglées en déplaçant simplement certaines interventions d’un acteur à l’autre ». Il appelle à « revoir plus largement l’organisation de la chaîne des secours », alors que les pompiers, l’hôpital, le Samu ou encore les ambulanciers font eux-mêmes face à des tensions.

« On n’a pas cherché à traiter les problèmes, mais plutôt cherché à traiter un symptôme par-ci, un symptôme par-là. Sauf qu’il faut appréhender la situation dans sa globalité », estime-t-il.

Rendez-vous le 29 septembre

La mobilisation doit culminer le 29 septembre à Paris. Un campement est prévu au Champ-de-Mars les 27, 28 et 29 septembre, avant la manifestation de la fonction publique.

« En Maine-et-Loire, environ 150 personnes ont déjà prévu de participer au déplacement », précise Sébastien Delavoux.

Le syndicaliste refuse d’ailleurs que les sapeurs-pompiers soient uniquement renvoyés à leur image de « héros ». Derrière les interventions, il veut faire entendre les difficultés quotidiennes des personnels.

« Quand on parle des pompiers, on tombe souvent dans l’émotionnel : on nous applaudit, on nous présente comme des héros. Mais nous ne voulons pas être des héros. Être considéré comme tel, c’est aussi laisser entendre que, puisque notre métier est dangereux, les pertes seraient presque normales. Nous avons accepté les risques liés à notre métier, mais nous n’avons pas accepté de mourir parce qu’il manque des moyens. »

Par Eline Vion.

Suivez toute l’actualité locale en vous abonnant à nos newsletters.