Cette entreprise collecte l’urine des Angevins pour préserver l’eau en Maine-et-Loire
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Cette entreprise collecte l’urine des Angevins pour préserver l’eau en Maine-et-Loire

L’entreprise « Label Verte » propose aux Angevins et Angevines de collecter leur urine pour sensibiliser et protéger la ressource en eau en Maine-et-Loire.

Fabien Esculier, enseignant-chercheur à l’École nationale des ponts et chaussées et Nicolas Audigane, chargé de développement au sein de Label Verte – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr

Spécialisée dans le compostage et la revalorisation des déchets organiques humains, l’entreprise angevine Label Verte souhaite améliorer l’image des excréments et de l’urine auprès du grand public. Avec la collecte de ces matières mal perçues, la structure veut aider l’agriculture, économiser de l’eau potable et sensibiliser à la fragilisation de cette ressource dans le département du Maine-et-Loire.

« Revaloriser l’urine permettrait d’économiser des quantités d’eau significatives »

Les crues de la Maine et de la Loire survenues en février et les deux canicules successives ayant touché la France à la fin du printemps ont accentué la pression sur la gestion de la ressource en eau dans l’Anjou. « De l’eau potable est utilisée massivement pour nos toilettes alors que le Maine-et-Loire est en situation de stress hydrique. Une chasse d’eau consomme en moyenne six litres pour une petite commission. Il faut réinterroger notre modèle. Revaloriser l’urine permettrait d’économiser des quantités d’eau significatives », explique Nicolas Audigane, chargé de développement au sein de l’entreprise Label Verte.

Une solution avancée par les experts de Label Verte serait de modifier le rapport que la population entretient avec les déchets organiques humains. « Pendant plusieurs millénaires, nos urines et nos excréments étaient utilisés dans l’agriculture, car ils sont des engrais efficaces. Depuis la Renaissance, un tabou s’est installé sur ces sujets, et nous avons maintenant tendance à vouloir nous en débarrasser plutôt qu’à les réemployer », explique Fabien Esculier, enseignant-chercheur à l’École nationale des ponts et chaussées et auteur du livre « Une autre histoire des excréments ».

Pour améliorer l’image de ces déchets, Label Verte a lancé fin 2023 le projet « la Pipinière », qui met en place une filière de collecte d’urine humaine au profit du secteur horticole. Les volontaires souhaitant participer peuvent apporter leurs bidons d’urine au siège de l’organisme situé rue Dupetit-Thouars. Ces derniers seront ensuite collectés pour être transmis aux pépiniéristes du territoire. Les salariés de l’entreprise bénéficient par ailleurs dans leurs locaux de trois cabines spécialement équipées de toilettes adaptées à la récupération de l’urine.

Grâce à ces installations, plus de 3 000 litres d’eau potable sont économisés chaque mois par Label Verte. Le parc Terra Botanica s’est également équipé de ces dispositifs.

Des réservoirs permettent de collecter les urines – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr

Sensibiliser le public aux usages de l’eau en Anjou

Selon les experts de l’association, près de 40 % des eaux usées seraient rejetées directement ou indirectement dans les rivières. Les stations d’assainissement déversent leurs eaux traitées dans les cours d’eau, alors que ces dernières contiennent parfois encore des traces de polluants. Lors des violents orages, les stations se retrouvent saturées et doivent rejeter les eaux usées sans traitement directement dans les rivières.

Faute d’être revalorisés, ces rejets constituent une pollution importante dans le Maine-et-Loire. « Les excréments sont des fertilisants. S’ils se retrouvent dans une rivière comme la Maine à cause du rejet de nos eaux usées, cela va créer un développement massif d’algues vertes qui vont causer la mort des poissons qui y vivent. C’est ce qui se passe, par exemple, dans l’Authion et régulièrement à l’étang Saint-Nicolas. Ce sont des situations catastrophiques. L’une des causes de ces problématiques est que l’eau est souvent considérée comme une ressource de nettoyage, qui doit être jetée une fois souillée. Nous devons changer cette image pour pouvoir la préserver », déclare Fabien Esculier.

Pour sensibiliser aux questions de la réutilisation des urines et plus généralement de la ressource en eau dans le Maine-et-Loire, Label Verte organise une table ronde ce mardi 30 juin intitulée « L’eau et ses usages en Anjou ». L’événement, accessible uniquement sur réservation, affiche déjà complet avec une centaine de personnes inscrites. Une liste d’attente est néanmoins accessible dans le cas d’éventuels désistements.

Élus, citoyens ou membres de collectivités pourront débattre avec des experts sur les questions de l’eau dans le département. En plus de Fabien Esculier, la table ronde accueillera également Jean-Paul Pavillon, maire des Ponts-de-Cé et vice-président d’Angers Loire Métropole en charge de l’eau et de l’assainissement, Morgan Priol, directeur de la délégation Maine-Loire-Océan de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et Matthieu Gelineau, agriculteur et élu de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire.

Par Sacha Le Bras.

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