Depuis trois ans, Leslie Legros propose les « Mama Walk » qui rassemblent chaque mois des mères autour de temps d’échange et de soutien, pensés pour rompre l’isolement du post-partum.

Leslie Legros est la fondatrice des « Mama Walk ». – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
À Angers, un rendez-vous mensuel rassemble des dizaines de femmes autour d’une expérience commune souvent vécue dans l’isolement : la maternité. À l’origine de ces rencontres, Leslie Legros, doula installée depuis un peu plus de trois ans, a imaginé les « Mama Walk », des temps d’échange gratuits pensés pour rompre la solitude du post-partum et favoriser l’entraide entre mères.
Avec son métier de doula, Leslie Legros accompagne les femmes et les familles tout au long de leur parcours de maternité, de la réflexion autour du désir d’enfant jusqu’aux premiers mois suivant la naissance. « La maternité, c’est un parcours de vie assez challengeant. On est très accompagné médicalement, mais il y a peu d’espaces pour extérioriser ce que l’on vit », explique-t-elle. Un rôle qui ne se substitue pas aux professionnels de santé, mais qui s’inscrit en complément, notamment par l’écoute et l’orientation vers d’autres spécialistes lorsque cela s’avère nécessaire.
Une initiative née d’un besoin concret
C’est d’une expérience personnelle que naissent les Mama Walk. Confrontée à la détresse d’une proche en dépression post-partum, Leslie Legros décide d’organiser une première rencontre informelle : « On n’a même pas marché la première fois, on s’est retrouvées autour d’un café. Mais toutes les mères présentes ont immédiatement demandé une nouvelle date », se souvient-elle.
De quelques participantes à ses débuts, le rendez-vous attire aujourd’hui entre 30 et 40 mères à chaque séance. Le principe repose sur une organisation souple, pensée pour s’adapter au quotidien des jeunes parents. « Il n’y a aucune attente. On peut venir en pyjama, sans être coiffé ou même en retard, car nous savons ce qu’est la charge mentale et on la prend en compte », précise la doula.
Dédramatiser la maternité par le collectif
Chaque rencontre débute par un temps d’accueil, suivi d’un cercle de parole où chacune peut évoquer son état du moment. Dans cet espace, les échanges sont directs, parfois intimes, et libérés du regard social habituel.
« On se rend compte que ce que l’on pensait être un problème individuel est en réalité partagé. Cela dédramatise beaucoup », observe Leslie Legros. Les discussions abordent aussi bien la fatigue, l’allaitement ou le sommeil que des sujets plus sensibles comme la dépression post-partum ou les difficultés conjugales.
Selon elle, la santé mentale des jeunes mères reste encore insuffisamment prise en compte. Ces rencontres permettent ainsi d’ouvrir la parole et, si nécessaire, d’orienter vers des professionnels adaptés.
Chaque rencontre s’appuie également sur la présence d’invités, professionnels de la périnatalité ou du bien-être, venus partager leurs connaissances et répondre aux interrogations des participantes. Spécialistes du sommeil, kinésithérapeutes, conseillères en lactation ou éducateurs de jeunes enfants interviennent régulièrement, en lien avec les préoccupations des mères. « L’idée globale, c’est de donner des clés et que les parents fassent ensuite leur propre chemin », résume Leslie Legros. Ces temps constituent aussi une occasion d’identifier des professionnels avant d’éventuels rendez-vous, dans un cadre accessible et informel.
D’abord pensé comme un espace pour les mamans, afin qu’elles puissent échanger librement entre elles et se sentir soutenues dans leur vécu, les « Mama Walks » se sont rapidement ouvertes à un cercle plus large : « Les papas sont les bienvenus, tout comme les co-parents, les grands-parents, ou encore les oncles et tantes » précise-t-elle.
Entre parole et soin du corps
Au fil du temps, une véritable communauté s’est structurée avec notamment un groupe de discussion qui réunit aujourd’hui plus de 300 participantes, actives à toute heure : « Il y a toujours quelqu’un pour répondre, même la nuit », souligne la doula.
Certaines femmes continuent de participer plusieurs années après la naissance de leur enfant, contribuant à leur tour à l’accueil des nouvelles venues. Une solidarité qui se construit dans la durée et qui dépasse le cadre des rencontres physiques.
Gratuites pour les participantes, les Mama Walk sont financées par la maison de quartier du lac de Maine, qui accueille les rencontres en intérieur durant l’hiver. Ce soutien permet de maintenir l’accessibilité du dispositif, dans un contexte où le métier de doula reste peu reconnu institutionnellement.
« Aujourd’hui, mon métier ne me permet pas d’accéder aux financements liés à la petite enfance. Pourtant, on est un maillon complémentaire », souligne Leslie Legros, qui plaide pour une meilleure reconnaissance de ces pratiques.
En parallèle, Leslie Legros propose également des séances de rebozo, une pratique d’origine mexicaine qui mêle bercements, étirements et resserrage du bassin. Ce travail corporel complète l’accompagnement par la parole, notamment pour les femmes en post-partum ou traversant des périodes de transition.
« C’est une façon de se réapproprier son corps, après une grossesse ou à d’autres moments de la vie », explique-t-elle.
Un modèle qui s’étend au-delà d’Angers
Face à l’engouement, le concept commence à se développer dans d’autres villes. Des initiatives similaires ont vu le jour à Saumur, Nantes, Le Mans ou encore Vannes, portées par des professionnelles formées par la doula angevine.
Une diffusion qui témoigne de besoins largement partagés : « Ces espaces sont précieux. On pourrait en organiser davantage, la demande est là », estime Leslie Legros.
L’ensemble des rencontres, qui se font au départ de la Ferme de la fontaine du Lac de Maine, sont à retrouver en ligne.
Par Eline Vion.
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