Municipales : Céline L’Huillier (Le camp des travailleurs) répond à nos questions
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Municipales : Céline L’Huillier (Le camp des travailleurs) répond à nos questions

Militante au sein de Lutte ouvrière depuis 1995, Céline L’Huillier, qui s’était présentée en 2020 à l’élection municipale, sera une nouvelle fois candidate. À 50 ans, l’enseignante est la tête de la liste « Le camp des travailleurs ».

Céline L’Huillier est candidate à l’élection municipale – © Angers.Villactu.fr

Ces dernières semaines, nous vous avons interrogés sur vos attentes pour les élections municipales des 15 et 22 mars prochains à Angers. De vos réponses, nous avons tiré les principaux thèmes que nous soumettons à chaque candidat à l’occasion d’une interview. Entretien avec Céline L’Huillier.

Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à l’élection municipale ?

Céline L‘Huillier : « Je milite tout au long de l’année. Je considère que les élections municipales sont une occasion de faire entendre les revendications du monde du travail. Notre particularité, c’est que nous n’avons pas de notables ou de politiciens professionnels. C’est une tribune supplémentaire dans le cadre d’un combat plus général contre le système capitaliste. »

Quel regard portez-vous sur le mandat qui se termine ?

Je retiens surtout que nous avons un maire qui a été au gouvernement en tant que ministre de la Transition écologique et qu’il a un peu appliqué localement la politique du gouvernement, avec des privatisations, des suppressions de postes dans la voirie et des suppressions de subventions aux associations. C’est aussi parce que l’État se désengage de tout et que l’argent donné aux municipalités est de plus en plus réduit alors qu’elles ont en charge de plus en plus de missions.

Quelle est votre vision pour Angers pour les six prochaines années ?

Nous ne faisons pas de belles promesses, car elles ne peuvent pas être tenues dans le cadre de ce qui est faisable compte tenu des restrictions budgétaires. De nombreuses questions dépassent les compétences de la municipalité. La seule promesse que je peux faire, c’est que si nous sommes élus, nous serons le relais de tous les combats nécessaires. Le reste, ce sont des mensonges. Même en étant le plus sincère possible, les mairies sont étranglées. Angers ne vit pas en dehors du reste du monde.

Quelles sont vos trois priorités principales si vous êtes élue ?

Je serai le relai de tous les combats, que ce soit en matière de logement, avec la réquisition des logements vides, ou auprès des enseignants qui se battent contre les suppressions de postes. Ce n’est pas une histoire de belles promesses. Parmi les priorités des Angevins, que ce soit la précarité, les salaires, le logement, la santé… il n’y a rien qui peut se régler localement. Les discussions qui reviennent ce sont les problèmes de logement, de chauffage, les factures d’électricité, comment boucler les fins de mois… C’est à ces questions-là qu’il faut répondre, même si je n’ai aucun mépris pour les autres sujets.

Comment comptez-vous répondre à la demande de logements à Angers ?

La réquisition des logements vides est une solution. Il y en a plein à Angers. Cela passera par des combats et des mobilisations. Si je suis élue, je serai partie prenante. Toutefois, la question du logement est un sujet national qui ne se réglera pas à l’échelle d’Angers. La problématique du logement est aussi liée à l’inflation.

Quelles mesures concrètes proposez-vous pour améliorer la mobilité ?

Je suis favorable aux transports gratuits en développant l’offre, à condition que ce soit les patrons qui prennent en charge. Souvent, nous prenons les transports en commun pour aller travailler. La moindre des choses, c’est que le grand patronat paie. Comme pour les autres sujets, cela demande des mobilisations. Aujourd’hui, il y a tout un discours autour du fait d’aller travailler à vélo. Il y a plein de travailleurs qui ne peuvent pas, car comme les loyers sont chers, ils habitent de plus en plus loin d’Angers. Bien souvent, la voiture est la seule solution.

Le centre-ville et les commerçants sont en souffrance. Comment soutenir le commerce de proximité ?

Si le centre-ville et les petits commerçants souffrent, c’est aussi parce que les salaires ne suivent pas l’inflation et que les prix flambent. Le pouvoir d’achat a beaucoup diminué ces dernières années. Le meilleur combat contre la désertion du centre-ville serait un combat qui permettrait que nos salaires suivent l’augmentation des prix. Souvent, les petits commerçants sont bien plus touchés par l’augmentation des prix de l’énergie ou par les fournisseurs qui augmentent leurs prix. Les petits commerçants auraient tout intérêt à se rejoindre aux combats des travailleurs salariés contre ceux qui sont responsables de cette inflation, c’est-à-dire les grandes entreprises. Il y a un combat commun à mener ensemble.

Comment impliquerez-vous les habitants dans les décisions locales ?

Je fais partie d’un courant qui pense que le monde du travail fait tout tourner dans la société en ne décide de rien. Je pense que les travailleurs savent souvent mieux que tout un tas de politiciens ce qui est bon pour eux. Lors des récentes inondations qui ont touché Angers, c’est grâce à l’action des travailleurs municipaux en solidarité avec les habitants que nous avons réussi à éviter le pire. S’il n’y a pas les travailleurs, il ne se passe pas grand chose. Je pense que pour faire participer les Angevins aux décisions d’une municipalité, il faudrait leur demander ce qui est bien pour eux et de le relayer après.

Quelles mesures concrètes mettrez-vous en place pour réduire les inégalités territoriales et sociales au sein de la ville ?

Aucune municipalité n’a le pouvoir de faire ça. Le fond du problème, c’est le chômage, qui accentue les inégalités. Une des manières de se battre contre ça serait de se partager le travail, sans diminution de salaire, afin qu’il n’y ait plus de chômage. C’est ça la première source d’inégalité. Il est mensonger de dire qu’à l’échelle d’une municipalité il est possible de réduire les inégalités territoriales et sociales. Je serai favorable à la gratuité des cantines. Pour de nombreux élèves de milieu populaire, c’est souvent le seul repas équilibré de la journée. Il y a aussi un sujet important : où va l’argent public ? Si nous étions élus, nous dénoncerions tout cet argent public qui est donné à fond perdu aux grosses entreprises sans contrepartie. Il n’y a aucune garantie qu’elles créent des emplois et qu’elles restent.

Le début de l’année a été marqué par l’armement de la police municipale. Comptez-vous prendre des mesures spécifiques en matière de sécurité ?

Je suis absolument contre l’armement de la police municipale et l’installation de caméras. Cela participe à un discours très démagogique. Derrière tout ça, il y a un discours raciste alimenté par l’extrême droite. Je pense que la première des insécurités, c’est le chômage. On pourra mettre autant de caméras que l’on veut, cela ne réglera pas le problème. Cela fait des années que ça existe et ça ne règle pas le problème de l’insécurité. En revanche, ça alimente un discours sécuritaire qui est fait pour nous diviser. Je crois davantage à la solidarité entre habitants pour se battre contre les dealers et les trafiquants qu’à surarmer la police municipale ou mettre des caméras partout.

L’année 2025 a de son côté été marquée par des coupes budgétaires qui ont touché les secteurs culturel et associatif. Quelles seraient vos mesures en la matière ?

Je dénonce toutes ces coupes budgétaires. Les conséquences sont catastrophiques, avec des incidences sur la vie des travailleurs de ces secteurs. Si j’étais élue, je serai à leur côté pour se battre et avoir des subventions afin que l’argent public serve à favoriser l’accès à la culture et à son développement. Pour faire vivre la culture, il faut du personnel. Il faudrait créer des emplois, dans les bibliothèques municipales ou dans les musées, afin qu’il y ait des personnes pour transmettre la culture. On peut avoir les plus beaux bâtiments qui soient, s’il n’y a pas le personnel qui va avec pour transmettre, il ne se passe pas grand chose. Il est nécessaire de recruter massivement. Aujourd’hui, nous marchons à l’envers. Tout ce qui est utile à la population est à l’os. Les milliards sont là, mais plutôt pour la guerre et fabriquer des missiles.

Par Sylvain Réault.

Dans le cadre des élections municipales, Angers.Villactu.fr a choisi de donner la parole à l’ensemble des listes déposées. Une interview de chacun des sept candidats a été publiée ces derniers jours.

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