Rapport financier, mécénat, prime inondation… Un conseil municipal agité à Angers
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Rapport financier, mécénat, prime inondation… Un conseil municipal agité à Angers

Réuni lundi 27 avril, le conseil municipal d’Angers a donné lieu à de fortes tensions autour du rapport de la Chambre régionale des comptes sur la gestion de la Ville entre 2019 et 2025.

Le conseil municipal s’est réuni ce lundi 27 avril. – © Angers.Villactu.fr

Le conseil municipal d’Angers s’est réuni lundi 27 avril pour la première véritable séance de la nouvelle équipe municipale issue des élections de mars 2026. Quarante-cinq délibérations figuraient à l’ordre du jour, mêlant sujets financiers, politique culturelle, petite enfance, reconnaissance des agents mobilisés lors des récentes inondations et préparation des illuminations de Noël pour les années à venir.

Parmi les dossiers les plus attendus figurait la présentation des observations définitives de la Chambre régionale des comptes (CRC) sur la gestion de la Ville entre 2019 et 2025. Ce rapport, très observé par la majorité comme par l’opposition, a donné lieu à des échanges particulièrement tendus entre le maire Christophe Béchu (Horizons) et plusieurs élus de la minorité.

Un débat houleux autour du rapport de la Chambre régionale des comptes

Le conseil municipal était amené à prendre acte des conclusions de la CRC sur la gestion municipale des six dernières années. Pour Christophe Béchu, ce rapport « confirme la solidité de la trajectoire financière de la Ville ». Le maire a notamment insisté sur le niveau d’endettement, qu’il juge « maîtrisé », rappelant que la dette par habitant s’élève à « 1 088 €, contre 1 230 € en moyenne pour les collectivités de même taille démographique ».

Romain Laveau (Les Écologistes, Demain Angers) n’en a pas la même lecture. L’élu a mis en avant les critiques formulées par la juridiction financière, notamment sur la dette et les marges de manœuvre futures de la collectivité. Il a dénoncé une gestion « dépensière et à courte vue » menée depuis douze ans et a laissé entendre que les conclusions du rapport auraient été volontairement tues pendant la campagne municipale.

La réponse du maire a immédiatement tendu les échanges : « Je veux bien que vous soyez un complotiste des rapports de la Chambre régionale des comptes. Mais on a suivi scrupuleusement les textes et on a présenté le rapport au moment où nous avions la possibilité de le faire », a répliqué Christophe Béchu, rejetant toute volonté de dissimulation.

Cette formule a suscité de vives réactions sur les bancs de l’opposition. Kildine Le Proux de la Rivière (Demain Angers) a demandé au maire de retirer « ce terme offensant », sans succès. Plus tard dans la séance, Romain Laveau a dénoncé des « attaques personnelles », soutenu par Rachel Capron (PS), qui a jugé ce type de propos « à proscrire ».

« Je vous demande de retirer vos propos parce que ce n’est pas possible d’avoir des échanges de cette manière-là, de mépriser et d’insulter des membres de l’opposition qui ne disent pas la même chose que vous », a insisté l’élu écologiste. Christophe Béchu a maintenu sa position, répondant qu’il n’aurait « pas la cruauté de rappeler les propos tenus pendant la campagne ».

Terra Botanica et le contrat Looping sous surveillance

Le rapport de la CRC s’est également penché sur le dossier de Terra Botanica. Parmi ses recommandations figure l’intégration dans les comptes municipaux des biens constituant le parc, après la rupture du bail avec le Département et la signature d’un nouveau bail emphytéotique administratif avec la société Looping, chargée d’assurer son développement futur.

La Chambre estimait que la valeur des biens transférés avait été minorée. La Ville a depuis procédé à la régularisation : la valorisation, jusque-là fixée à 3,8 millions d’euros, a été portée à 80 millions d’euros depuis le 27 octobre 2025.

Autre réserve formulée par la CRC : le contrat conclu avec Looping apporterait des garanties jugées insuffisantes en cas de défaillance de l’opérateur. Silvia Camara-Tombini (PS, Demain Angers) a pointé un engagement de long terme insuffisamment sécurisé. « Cette décision nous engage sur plusieurs décennies. La collectivité avance sans avoir une vision claire et fiable de ce qu’elle possède réellement et sans filet. Il y a une incertitude structurelle qui peut devenir un risque politique et financier majeur. »

Le maire a défendu la solidité du groupe et ironisé sur les critiques passées de l’opposition : « À une époque, vous considériez que la Ville était arnaquée par le Département. Là, la CRC dit plutôt l’inverse. Il y a un décalage entre votre analyse de l’époque et celle du rapport. »

Le mécénat culturel relance le débat sur la charte éthique

Le conseil a également adopté plusieurs conventions de mécénat culturel pour un montant total de 104 245 €, destinées notamment au festival Angers Pianopolis, au dispositif d’éducation musicale Demos et à l’exposition Aubusson tisse Tolkien au musée Jean-Lurçat.

Depuis plusieurs années, la Ville développe ce recours au financement privé pour soutenir ses projets culturels.

La minorité a d’abord annoncé son abstention, estimant que la charte éthique encadrant le mécénat devait être renforcée. « La Ville est soit très vague ou muette lorsqu’il s’agit d’aborder l’origine des fonds, les valeurs portées par les activités des mécènes, ainsi que d’influer sur le contenu des projets financiers par ces fonds privés », a rétorqué Rachel Capron.

Christophe Béchu a alors répondu : « Si vous vous abstenez sur cette délibération, je m’abstiendrai de demander à ce qu’on réexamine la charte éthique. Ne bloquons pas des gens qui sont prêts à donner de l’argent à la Ville. J’ai envie de dire : prenons l’argent et discutons après. »

Après une suspension de séance demandée par l’opposition, onze des douze élus minoritaires ont finalement voté en faveur de la délibération, seul Benjamin Briand-Boucher (PCF) s’y opposant. Le maire s’est engagé à réunir les élus pour retravailler la charte, avec l’objectif, selon ses mots, de « regarder comment on accepte, pas comment on refuse ».

Soutien renforcé aux MAM et prime exceptionnelle après les inondations

Parmi les autres délibérations, le conseil a validé le renforcement du soutien aux Maisons d’assistants maternels (MAM). Jusqu’ici fixée à 1 000 € par structure nouvellement créée, l’aide municipale sera désormais portée à 1 000 € par professionnel agréé exerçant dans une nouvelle MAM.

La structure « Ma vie en couleur », récemment ouverte dans le quartier de Monplaisir avec deux professionnelles, percevra ainsi 2 000 €. Une subvention annuelle de 10 000 € a également été votée pour la MAM Les Inventuriers, qui accueille des enfants porteurs de handicap mental.

Autre mesure adoptée : une prime exceptionnelle destinée aux agents mobilisés lors des inondations survenues entre le 13 février et le 8 mars. Environ 440 agents de la Ville, du CCAS et d’Angers Loire Métropole sont concernés. Ceux mobilisés entre deux et cinq jours percevront 100 € brut, ceux engagés au-delà recevront 150 € brut.

La municipalité a salué « un dévouement exemplaire » de ces personnels, mobilisés pour assurer la continuité du service public, soutenir les habitants sinistrés et gérer les conséquences de la crue. Christophe Béchu a rappelé qu’il s’agissait d’une « mesure exceptionnelle venant s’ajouter au paiement des heures supplémentaires ».

Par Eline Vion.

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