Le congrès « EuroMit 2026 », qui a lieu tous les trois ans, va s’installer cette année à Angers. Il s’agit du plus important évènement mondial consacré aux mitochondries, les centrales énergétiques de nos cellules.

De gauche à droite : Dr Marco Spinazzi ; Sandra Camus, vice-présidente recherche à l’université d’Angers ; Dr Guy Lenaers ; Dr Magalie Barth et le Pr Vincent Procaccio – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
Le rendez-vous de référence mondiale autour des maladies mitochondriales se tiendra au Centre de congrès d’Angers du 31 mai au 4 juin, rassemblant près de 900 chercheurs et médecins du monde entier. « Les mitochondries sont comme des moteurs de voiture. Elles transforment la nourriture que nous ingérons en la puissance dont les cellules ont besoin pour fonctionner. Mais à la manière d’un moteur, elles dégagent aussi de la chaleur. Elles réchauffent le corps », explique Guy Lenaers, chercheur au CNRS et directeur de l’unité Mitovasc qui s’intéresse à la médecine mitochondriale au CHU d’Angers.
Les mitochondries font l’objet de nombreuses recherches, notamment en lien avec le réchauffement climatique, entraînant une augmentation du nombre d’épisode de canicule, car elles jouent un rôle dans la régulation de notre température corporelle.
Pouvoir limiter leur production de chaleur pourrait être une piste envisagée pour prévenir malaises et coups de chaleur en période estivale. Un moyen existe déjà pour augmenter cette résistance dans une certaine mesure, comme le décrit Guy Lenaers : « La molécule que l’on retrouve dans le piment et qui lui donne son piquant, la capsaïcine, augmente notre résistance à la chaleur. Le fait de manger épicé augmente notre résilience face aux épisodes de températures élevées. »
Des pathologies majoritairement génétiques
Les mitochondries sont à l’origine de plus de 400 maladies dites « rares ». Pour qu’une pathologie soit considérée comme telle, elle doit toucher moins d’une personne sur 2000. « Les dysfonctionnements mitochondriaux ont deux origines possibles : La maladie peut être génétique ou venir de l’extérieur et être causée par la consommation de cigarettes, d’alcool, ou être symptomatique d’une autre maladie », déclare le Dr Magalie Barth, responsable du site pédiatrique du Centre de référence pour les maladies mitochondriales (CARAMMEL) au CHU d’Angers.
Les maladies mitochondriales génétiques les plus connues à ce jour sont le syndrome de Leigh qui touche le système nerveux, le syndrome de MELAS/MIDD causant notamment des risques d’AVC, de diabète et de surdité, et l’atrophie optique affectant la vision.
Les dysfonctionnements peuvent prendre des formes variées, rendant les diagnostics difficiles à poser. « Les maladies mitochondriales peuvent toucher toutes les tranches d’âges, de la fécondation jusqu’au décès », détaille Marco Spinazzi, neurologue et responsable du site adulte du Centre de référence des maladies neuromusculaires Atlantique Occitanie Caraïbe (AOC), au CHU d’Angers.
Faire avancer la recherche sur les maladies rares
Le fait de posséder une autre pathologie peut affaiblir les mitochondries et leur affaiblissement peut provoquer d’autres maladies. Leur dysfonction peut être à la fois la cause et la conséquence d’une maladie. « Toute la complexité réside dans le fait que les mitochondries peuvent avoir des répercussions variées et peuvent engendrer des symptômes qui ressemblent à ceux causés par d’autres maladies. L’enjeu est de comprendre quelles sont les dysfonctions mitochondriales, et pourquoi une atteinte particulière survient, sur un enfant ou un adulte, ou sur un organe plutôt qu’un autre », précise Guy Lenaers.
Dans la mesure où tous les organes peuvent être touchés, les médecins et chercheurs notent néanmoins une fréquence plus importante de certains problèmes chez les malades. « Il y a des symptômes cardinaux, ce sont les premiers signes que les malades vont ressentir et qui sont communs à l’ensemble des maladies mitochondriales. La majorité des patients souffrent de fatigue à l’effort, souvent plusieurs années avant de ressentir d’autres effets de la pathologie. Certaines maladies touchant uniquement l’adulte, avec des symptômes allant de troubles de la vision au diabète, peuvent être précédées d’épuisement dans l’enfance. Cela s’explique par le rôle qu’ont les mitochondries dans notre corps, puisqu’elles fournissent l’énergie nécessaire à notre organisme », explique Magalie Barth.
Malgré la difficulté de traitement et de diagnostic que posent ces maladies, la recherche sur le sujet pourrait permettre d’améliorer la prise en charge de maladies plus communes. « Les savoirs que nous avons sur ces maladies rares mitochondriales sont utiles pour développer nos connaissances sur le rôle des mitochondries dans le cas de maladies plus fréquentes et neurodégénératives comme Parkinson, Alzheimer, le diabète et certains cancers », déclare Vincent Procaccio, professeur de génétique au CHU et à l’université d’Angers.
La place d’Angers dans la médecine mitochondriale
Le CHU d’Angers fait partie des cinq centres de référence français pour les maladies mitochondriales. Avec 60 médecins et chercheurs y travaillant, il est habilité à recevoir des patients encore non diagnostiqués, à chercher des traitements et à réaliser des essais cliniques. La place qu’il accorde aux mitochondries dans la médecine lui a valu d’être sélectionnée pour accueillir au Centre des congrès d’Angers l’édition 2026 du congrès international EuroMit organisé par Mitovasc, le CHU et l’université d’Angers, et l’European society for mitochondrial research and medecine (E-Mit).
Après avoir postulé en 2017, Angers a été sélectionné en 2023. Les dernières éditions de l’événement qui se déroule tous les trois ans avaient eu lieu en 2017 à Cologne en Allemagne et à Bologne en Italie en 2023.
C’est la deuxième fois que la France accueille le congrès, depuis sa création en 1982. Plusieurs associations soutiennent le CHU d’Angers dans son objectif de faire avancer la recherche sur les maladies rares, comme l’AFM-Téléthon, l’Association contre les maladies mitochondriales (AMMI) et Ouvrir les yeux.
Ce congrès est aussi une occasion pour les services angevins d’étendre leur réseau de patients et de connaissances à l’international, en créant des liens avec des chercheurs et des malades dans différents pays du monde.
Des associations de patients seront présentes lors du congrès, comme l’AMMI. Une session d’échange est par ailleurs dédiée aux patients le jeudi 4 juin dans l’après-midi, pour qu’ils puissent partager leurs témoignages, entrer en contact avec des professionnels de santé et être au courant de potentiels avancées de la recherche sur les maladies mitochondriales. Un lien pour assister aux échanges en direct est également disponible pour ceux qui ne pourraient pas être présents sur place le jour de l’événement.
Par Sacha Le Bras.
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