Co-secrétaire du groupe Les Écologistes Grand Angers et professeur des écoles âgé de 46 ans, Romain Laveau a été conseiller municipal délégué aux déplacements entre 2008 et 2014. En juin 2025, il a été désigné vainqueur de la primaire de la gauche et conduit désormais leur liste d’union « Demain Angers » pour les élections municipales.

Romain Laveau mène la liste « Demain Angers ». – © Angers.Villactu.fr
Ces dernières semaines, nous vous avons interrogés sur vos attentes pour les élections municipales des 15 et 22 mars prochains à Angers. De vos réponses, nous avons tiré les principaux thèmes que nous soumettons à chaque candidat à l’occasion d’une interview. Entretien avec Romain Laveau.
Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à l’élection municipale ?
Romain Laveau : « Cela fait quasiment vingt ans que je suis la vie politique locale. J’ai été élu au conseil municipal entre 2008 et 2014 et, depuis, je suis resté très attentif à ce qui se passe dans la ville. À l’approche de ces élections, notre priorité a été de parvenir à l’union de la gauche et des écologistes afin de pouvoir proposer une véritable alternance. Nous avons réussi à construire cette union il y a environ un an. Ce n’était pas un objectif en soi, mais le moyen de porter un projet différent pour Angers, plus social, plus écologique et plus solidaire. Il y a ensuite eu la primaire, à laquelle je me suis présenté.
Cela a été un moment important parce qu’aucune candidature ne s’imposait naturellement. Aujourd’hui, la dynamique se poursuit avec plus de 1 300 soutiens et des candidats présents dans tous les quartiers. Nous avons aussi mené un travail collectif pour élaborer notre projet pour la ville. Pour ma part, j’avais envie de porter ce collectif et ce projet, parce que ces questions me passionnent depuis longtemps et que je suis profondément attaché à Angers et à son avenir. »
Quel regard portez-vous sur le mandat qui se termine ?
La politique menée ces dernières années a beaucoup mis en avant l’image d’une ville vitrine. Il y a eu de belles réalisations et Angers reste une ville très agréable à vivre. Mais elle l’était déjà avant. Beaucoup d’investissements se sont concentrés sur des projets visibles, notamment le long de la ligne de tramway ou dans des opérations d’aménagement importantes. Cela contribue à embellir la ville.
En revanche, il n’y a pas eu, selon moi, de véritable vision d’ensemble. Dans le même temps, on a observé un désengagement sur d’autres sujets plus essentiels mais moins visibles, comme le logement social, dont plus de 600 logements ont été supprimés. De nombreuses associations ont vu leurs moyens stagner, tout comme les écoles. La culture a aussi été fragilisée avec une baisse des moyens alloués à plusieurs événements ou structures. Au final, cela donne l’image d’une ville soignée dans son apparence mais où le tissu social et le vivre-ensemble ont été fragilisés.
Quelle est votre vision pour Angers pour les six prochaines années ?
Notre projet ne repose pas sur de grands aménagements de prestige. Nous voulons d’abord une ville plus accessible et moins chère pour ses habitants. C’est pourquoi le logement et les transports constituent les deux piliers de notre programme.
Sur les transports, nous voulons les rendre plus accessibles avec la gratuité le week-end, une baisse de 20 % des abonnements et une tarification sociale. Il s’agit aussi de redonner du pouvoir d’achat aux Angevins. Nous voulons également une ville qui protège. Cela passe par une police de proximité identifiable dans les quartiers, mais aussi par la prévention et la médiation. Protéger, c’est aussi renforcer l’éducation, par exemple avec la gratuité des fournitures scolaires, soutenir la culture dans les quartiers ou encore développer la pratique sportive, notamment chez les femmes. Nous voulons également renforcer les moyens des maisons de quartier, qui jouent un rôle essentiel dans la cohésion sociale.
Quelles sont vos trois priorités principales si vous êtes élu ?
La première priorité est le logement, afin de le rendre plus accessible. La deuxième concerne les transports, avec un renforcement de l’offre et des tarifs plus abordables.
La troisième est la transition écologique. Nous voulons engager la ville dans une politique ambitieuse d’isolation des bâtiments et de développement des énergies renouvelables. Investir aujourd’hui dans la transition écologique est essentiel pour préparer l’avenir et éviter des coûts bien plus élevés liés aux conséquences du changement climatique.
Comment comptez-vous répondre à la demande de logements à Angers ?
Sur le logement, nous proposons un ensemble de mesures que nous appelons le bouclier logement. Il comprend notamment l’augmentation de l’offre de logements sociaux. Aujourd’hui, environ deux tiers des habitants peuvent prétendre à ce type de logement. La suppression de plus de 600 logements sociaux ces dernières années est donc, selon moi, une erreur. Nous voulons créer 1 000 logements sociaux supplémentaires, répartis dans tous les quartiers afin de favoriser la mixité sociale.
Nous souhaitons aussi encadrer plus strictement les locations de courte durée. À Angers, on compte plus de 2 000 logements proposés sur des plateformes de type Airbnb. Cela contribue aux tensions sur le marché.
Enfin, nous voulons développer le bail réel solidaire, qui permet d’acheter un logement sans acheter le terrain afin de réduire le prix d’environ 20 à 40 %, et demander à l’État l’autorisation de mettre en place l’encadrement des loyers, comme cela existe déjà dans plusieurs grandes villes. L’objectif est de contenir l’augmentation des prix des loyers, qui a atteint près de 30 % sur le mandat.
Quelles mesures concrètes proposez-vous pour améliorer la mobilité ?
Nous voulons d’abord renforcer l’offre de transports publics. De nombreux habitants expliquent qu’il n’y a pas suffisamment de transports tôt le matin, tard le soir ou le week-end. Nous voulons donc élargir les amplitudes horaires et améliorer la fréquence. Nous proposons aussi la création d’une ligne circulaire express reliant les principales lignes de bus et de tramway afin de faciliter les déplacements entre les quartiers sans passer systématiquement par le centre-ville.
En parallèle, nous souhaitons rendre les transports plus accessibles grâce à la gratuité le week-end, à une baisse de 20 % des abonnements et à une tarification sociale. Nous voulons aussi développer une offre globale de mobilité qui pourrait inclure les transports en commun, le vélo en libre-service et l’autopartage.
Le centre-ville et les commerçants sont en souffrance. Comment soutenir le commerce de proximité ?
Le commerce de proximité joue un rôle essentiel dans la vie d’une ville, notamment parce qu’il crée du lien social. Nous voulons donc le préserver et le renforcer. Cela passe d’abord par un centre-ville plus agréable avec davantage de végétalisation et une extension du plateau piétonnier, tout en accompagnant les commerçants dans cette évolution. Les études montrent d’ailleurs qu’une piétonnisation bien accompagnée peut être favorable au commerce.
Nous proposons aussi la mise en place d’une navette gratuite dans le centre-ville pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. Nous voulons également renforcer l’animation du centre-ville, notamment par des événements associatifs et culturels. Enfin, nous souhaitons créer un dispositif d’accompagnement pour les commerçants et mettre en place une foncière commerciale afin de racheter certains locaux stratégiques et faciliter l’installation de nouveaux commerces.
Comment impliquerez-vous les habitants dans les décisions locales ?
Nous voulons ouvrir largement les conseils de quartier, qui sont aujourd’hui très fermés. Ils seraient accessibles à tous les habitants et disposeraient de budgets dédiés, de l’ordre de 10 000 à 100 000 € selon les quartiers, pour financer des projets locaux. L’idée est que la participation des habitants débouche sur des réalisations concrètes. Il faut être clair sur ce qui relève de l’information, de la concertation ou de la co-construction. Nous voulons aussi améliorer le fonctionnement du budget participatif afin que les projets votés par les habitants soient réalisés plus rapidement.
Quelles mesures concrètes mettrez-vous en place pour réduire les inégalités territoriales et sociales au sein de la ville ?
La dimension sociale est au cœur de notre programme. Les politiques de logement et des transports doivent permettre de favoriser la mixité sociale et faciliter les déplacements pour tous. Nous voulons aussi renforcer le rôle des maisons de quartier, qui sont des lieux essentiels pour les activités sportives, culturelles et sociales.
Par ailleurs, nous proposons de mettre en place des ambassadeurs des droits. Leur mission serait d’aller à la rencontre de personnes très isolées afin de les aider à accéder aux aides auxquelles elles ont droit, comme le RSA, les allocations logement ou l’allocation handicap. Cela peut représenter plusieurs centaines d’euros supplémentaires par mois pour certaines personnes et améliorer concrètement leur quotidien.
Le début de l’année a été marqué par l’armement de la police municipale. Comptez-vous prendre des mesures spécifiques en matière de sécurité ?
Nous voulons adopter une approche pragmatique. Il existe aujourd’hui un sentiment d’insécurité qui est parfois lié à des faits bien réels. Nous voulons donc renforcer la présence d’une police municipale de proximité, identifiable dans les quartiers et en contact direct avec les habitants. Son rôle est de gérer les conflits du quotidien, de faire de la médiation et, si nécessaire, de sanctionner. En parallèle, la question des effectifs de police nationale relève de l’État. Nous continuerons à demander des moyens supplémentaires pour faire face notamment aux problématiques liées au narcotrafic.
L’année 2025 a de son côté été marquée par des coupes budgétaires qui ont touché les secteurs culturels et associatifs. Quelles seraient vos mesures en la matière ?
Nous voulons redonner des moyens au secteur culturel et associatif, qui a été fragilisé ces dernières années. Les associations jouent un rôle essentiel dans la cohésion sociale et l’animation des quartiers. Nous souhaitons notamment renforcer le soutien aux événements culturels comme les Accroche-Cœurs et développer davantage d’initiatives culturelles dans les quartiers. L’objectif est de permettre à tous les habitants d’accéder à la culture et de retrouver une dynamique culturelle forte à l’échelle de la ville.
Par Eline Vion.
Dans le cadre des élections municipales, Angers.Villactu.fr a choisi de donner la parole à l’ensemble des listes déposées. Une interview de chacun des sept candidats sera publiée tous les jours jusqu’au mercredi 11 mars inclus.
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