Âgé de 51 ans, Christophe Béchu est le maire d’Angers et président d’Angers Loire Métropole depuis 2014. L’élu, qui est également secrétaire général du parti Horizons et a été ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires entre 2022 et 2024, brigue désormais un troisième mandat lors des prochaines élections municipales.

Christophe Béchu est la tête de liste de « Angers pour vous ». – © Angers.Villactu.fr
Ces dernières semaines, nous vous avons interrogés sur vos attentes pour les élections municipales des 15 et 22 mars prochains à Angers. De vos réponses, nous avons tiré les principaux thèmes que nous soumettons à chaque candidat à l’occasion d’une interview. Entretien avec Christophe Béchu.
Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à l’élection municipale ?
Christophe Béchu : « Je suis né à Angers et j’aime profondément cette ville. Lorsque j’étais adolescent puis jeune adulte, j’avais le sentiment qu’Angers n’était pas toujours reconnue à sa juste valeur. Beaucoup de personnes avaient une forme de fascination pour des villes comme Tours ou Nantes, alors qu’ici il n’y avait pas forcément la même fierté angevine. Pourtant, je pensais déjà que cette ville avait un potentiel considérable, qu’elle pouvait être encore plus accueillante pour ses habitants, qu’elle pouvait permettre à davantage de personnes d’y vivre et d’y travailler sans devoir partir ailleurs.
Je me suis donc engagé avec la volonté d’apporter du dynamisme et de mettre la ville en mouvement. Douze ans plus tard, beaucoup de choses ont été accomplies. Les changements engagés sont salués par les études d’opinion et par les habitants que je rencontre au quotidien. Mais il reste encore du travail à accomplir. C’est la raison pour laquelle je suis de nouveau candidat. »
Quel regard portez-vous sur le mandat qui se termine ?
C’est un mandat particulier. Il a commencé par une année marquée par la crise sanitaire et le Covid, ce qui a retardé un certain nombre de projets. Malgré cela, ce mandat a été celui de la concrétisation.
Je pense notamment aux nouvelles lignes de tramway qui sont entrées en service comme prévu. Il y a aussi eu les grandes opérations de renouvellement urbain engagées à la fin du mandat précédent et qui ont pris toute leur ampleur, notamment à Belle-Beille et à Monplaisir. Dans ces quartiers, les habitants ont vu se transformer la place Beaussier ou la place de l’Europe, avec de nouveaux équipements comme une piscine à Belle-Beille, un gymnase à Monplaisir ou encore la rénovation complète d’écoles comme Voltaire ou Pierre et Marie Curie.
Ce mandat a également été marqué par des avancées importantes en matière écologique, avec l’adoption d’un plan vélo ambitieux, le développement de nouvelles pistes cyclables, mais aussi une augmentation d’environ 15 % de l’offre de bus. Sur le plan urbain, des projets comme la transformation de la place Kennedy ou la statue du roi René s’inscrivent dans cette volonté de métamorphose de la ville.
Enfin, il y a eu un travail important sur les solidarités, notamment pour lutter contre l’isolement et soutenir les étudiants en difficulté, avec l’accompagnement de structures comme l’épicerie solidaire de la Fé2A ou l’association Cop1. C’est donc un mandat marqué par des réalisations concrètes et par un accompagnement renforcé des habitants, en particulier des plus fragiles.
Quelle est votre vision pour Angers pour les six prochaines années ?
Mon objectif est qu’Angers reste une ville à taille humaine. C’est sa force et sa singularité. Nous avons la chance de vivre dans un territoire où les déplacements sont relativement simples et où l’on peut maintenir une proximité entre les habitants.
Si les Angevins me renouvellent leur confiance, je veux continuer à être le gardien de cet équilibre. Cela signifie assumer la construction de logements, comme nous l’avons fait avec environ 1 000 logements par an, ce qui a permis d’accueillir 12 000 habitants supplémentaires. Mais cela veut aussi dire refuser certains projets immobiliers qui pourraient conduire à une densification excessive et dégrader la qualité de vie.
Je veux que la ville continue à se développer sans perdre son identité. Et je souhaite également maintenir une ligne claire sur certaines questions, notamment celle de la sécurité, en poursuivant les actions engagées pour protéger les habitants.
Quelles sont vos trois priorités principales si vous êtes élu ?
La première priorité concerne la sécurité. Nous poursuivrons le déploiement de la vidéoprotection avec 150 caméras supplémentaires sur le mandat. Les effectifs de la police municipale continueront également d’augmenter. Ils étaient 40 lorsque nous sommes arrivés en 2014, ils sont aujourd’hui 75 et nous visons un effectif de 100 agents.
La deuxième priorité est l’éducation et la jeunesse. Il s’agit de mieux accompagner les familles et les adolescents. Nous souhaitons organiser des assises de l’enfance et du soutien aux familles afin de travailler avec l’ensemble des acteurs concernés. Parmi les mesures concrètes, nous proposerons par exemple un abonnement à un magazine de lecture pour tous les élèves de CE1 et CE2 afin de favoriser la lecture et limiter le temps passé devant les écrans.
La troisième priorité concerne la vie quotidienne des Angevins. Cela passe par une ville plus végétale et plus résiliente, mais aussi par le soutien aux activités associatives, sportives et culturelles. Plusieurs projets s’inscrivent dans cette logique, comme la future salle de musiques actuelles, le développement d’équipements sportifs ou encore la végétalisation d’espaces publics et d’équipements municipaux.
Comment comptez-vous répondre à la demande de logements à Angers ?
Lorsque j’ai été élu maire, la ville comptait environ 3 000 logements vacants et perdait des habitants. Elle était passée de 152 000 à environ 147 000 habitants. Depuis, nous avons construit environ 1 000 logements par an et la population a augmenté de 12 000 personnes pour atteindre aujourd’hui 159 000 habitants.
Nous avons également construit beaucoup de logements étudiants, environ 2 600 ces dernières années, auxquels s’ajoutent près de 1 000 logements actuellement en chantier.
Cependant, Angers est aujourd’hui victime de son attractivité, ce qui entraîne une hausse des prix. La réponse consiste à maintenir un équilibre : continuer à construire, tout en veillant à préserver la qualité de vie et à éviter une densification excessive qui transformerait profondément la ville.
Aujourd’hui, Angers reste moins chère que Nantes ou Rennes. Quand j’entends certains concurrents expliquer qu’ils ont les remèdes sur la question du logement, je regarde cela avec beaucoup de circonspection. Dans ces villes où la gauche est au pouvoir depuis trente ou quarante ans, les prix sont plus élevés qu’ici et il y a moins de logements sociaux qu’à Angers. Ceux qui ont échoué ailleurs sont mal placés pour donner des leçons.
Quelles mesures concrètes proposez-vous pour améliorer la mobilité ?
Une enquête de mobilité réalisée en 2022 montre que la part des déplacements en voiture à l’intérieur de la ville est passée de 51 % en 2012 à 38 %. Dans le même temps, l’usage des transports en commun, du vélo et de la marche a progressé.
Nous voulons poursuivre cette évolution en investissant dans les transports en commun et les pistes cyclables sécurisées, tout en conservant une approche équilibrée qui ne pénalise pas les automobilistes. Angers reste la capitale du Maine-et-Loire et doit rester accessible pour les habitants du territoire qui viennent travailler, se rendre à la gare, au CHU ou dans les commerces.
Nous sommes opposés à la gratuité, car elle n’existe pas dans les faits. Il y a toujours quelqu’un qui paye. La gratuité des transports est à la fois anti-écologique et antisociale. Anti-écologique parce que vous ne diminuez pas le nombre de voitures, et antisociale parce que cela revient à rendre le service gratuit pour tout le monde, alors qu’aujourd’hui on paie en fonction de son quotient familial. Les usagers ne financent que 25 % du coût des transports, les 75 % restants sont déjà payés par les contribuables. Plutôt que d’opter pour la gratuité, la priorité doit être d’augmenter la fréquence et les équipements du réseau.
L’objectif est notamment d’acquérir de nouvelles rames de tramway et d’augmenter les fréquences, en particulier le week-end. Nous poursuivrons également la transition vers des bus électriques ou au bioGNV.
Le centre-ville et les commerçants sont en souffrance. Comment soutenir le commerce de proximité ?
Le commerce a profondément évolué. Autrefois, la principale concurrence venait des zones commerciales en périphérie. Depuis 2014, nous avons instauré un moratoire sur toute nouvelle zone commerciale périphérique, et cette politique sera maintenue.
Aujourd’hui, la concurrence vient surtout du commerce en ligne. Pour soutenir le centre-ville, nous voulons changer d’échelle. L’agence de développement économique, qui travaille aujourd’hui surtout sur les zones d’activités, sera également mobilisée pour aller démarcher des enseignes susceptibles de s’installer en centre-ville.
Nous créerons également un poste de manager de centre-ville et nous utiliserons une foncière pour acheter des locaux vacants afin de faciliter l’installation de nouveaux commerces. Enfin, des projets d’aménagement comme la transformation de la rue Saint-Aubin, avec davantage de végétalisation et un espace piétonnier élargi, doivent aussi contribuer à renforcer l’attractivité du centre-ville.
Comment impliquerez-vous les habitants dans les décisions locales ?
Nous souhaitons poursuivre et développer les dispositifs déjà mis en place. Le budget participatif, lancé en 2018, permet aux habitants de proposer et de voter directement pour des projets. Chaque édition mobilise plusieurs milliers de participants.
Nous disposons également de conseils consultatifs de quartier et, sur les six dernières années, plus de 350 réunions de concertation ont été organisées. Nous associons systématiquement les riverains lors des projets d’aménagement et je fais tous les mois une réunion de quartier sans filtre. Toutes les questions peuvent être posées. Dans beaucoup de grandes villes, les habitants doivent envoyer leurs questions par SMS, qui sont ensuite filtrées avant d’être posées. À Angers, ce n’est pas le cas. Les gens peuvent intervenir directement et m’interpeller.
Dans certains cas, nous avons aussi organisé des votations citoyennes. C’est par exemple le cas pour l’aménagement de l’îlot Savary, où les habitants ont choisi entre deux projets. À l’avenir, nous continuerons à développer ces outils participatifs et nous pourrons recourir, si nécessaire, à un référendum communal.
Quelles mesures concrètes mettrez-vous en place pour réduire les inégalités territoriales et sociales au sein de la ville ?
Depuis 2014, nous avons concentré une grande partie des investissements sur les quartiers les plus fragiles, notamment Monplaisir et Belle-Beille. En douze ans, nous y avons notamment prolongé le tramway, démoli près de 1 000 logements et rénové énergétiquement environ 3 800 logements.
Nous avons également soutenu l’installation de nouveaux cabinets médicaux. À Monplaisir, un cabinet avec sept médecins a ouvert en octobre dernier dans un bâtiment construit par la Ville. À Belle-Beille, un autre centre de santé regroupe une quinzaine de professionnels.
Ces investissements concernent aussi les équipements publics, les infrastructures sportives ou les services de proximité, avec l’objectif de réduire les écarts entre les quartiers et d’améliorer la qualité de vie des habitants.
Le début de l’année a été marqué par l’armement de la police municipale. Comptez-vous prendre des mesures spécifiques en matière de sécurité ?
L’armement de la police municipale a été décidé par pragmatisme. Après plusieurs événements graves, notamment le triple meurtre sur l’esplanade Cœur de Maine et des coups de feu rue Parcheminerie, l’ensemble des policiers municipaux ont demandé à être armés.
Nous avons donc pris cette décision pour protéger ceux qui protègent les habitants. À l’avenir, nous poursuivrons le renforcement des effectifs, l’élargissement des horaires de présence sur le terrain et le déploiement de la vidéoprotection.
Un nouveau centre de supervision sera également installé dans les anciens locaux de la Banque de France, avec une présence 24 heures sur 24 derrière les écrans de vidéoprotection.
La sécurité, c’est le premier droit des gens. Il n’est pas question que l’on cède au laxisme, que l’on détourne le regard ou que l’on se trouve des excuses en disant que cela relève uniquement de la police nationale. Quand on se présente à la mairie, c’est pour assumer ses responsabilités. Et on a sous les yeux le modèle de ce qu’il ne faut pas faire : c’est Nantes.
L’année 2025 a été marquée par des coupes budgétaires dans les secteurs culturel et associatif. Quelles seraient vos mesures en la matière ?
La culture reste une priorité pour la ville. Nous avons engagé d’importants investissements, notamment la rénovation de la médiathèque Toussaint, qui constitue un projet majeur pour les années à venir.
Ces dernières années, de nouvelles bibliothèques ont également été ouvertes ou agrandies, comme à Monplaisir, où la surface a été triplée, entraînant une forte hausse de la fréquentation. Nous avons aussi lancé des initiatives comme Échappées d’art, qui développe les fresques urbaines, ou encore ouvert le Repaire urbain.
Plusieurs projets culturels sont également programmés, avec notamment la construction de la future salle de musiques actuelles dont les travaux doivent débuter en septembre. Nous continuerons par ailleurs à soutenir les structures culturelles et les associations, en compensant lorsque cela est nécessaire les baisses de financement auxquelles elles peuvent être confrontées.
Par Eline Vion.
Dans le cadre des élections municipales, Angers.Villactu.fr a choisi de donner la parole à l’ensemble des listes déposées. Une interview de chacun des sept candidats sera publiée tous les jours jusqu’au mercredi 11 mars inclus.
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