Municipales : Arash Saeidi (Angers populaire) répond à nos questions
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Municipales : Arash Saeidi (Angers populaire) répond à nos questions

Arash Saeidi, député européen et ancien conseiller municipal d’Angers, mène la liste « Angers populaire » pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2026. À 50 ans, ce commerçant angevin a rejoint La France insoumise en 2024, après avoir été engagé au sein du Parti socialiste, puis de Génération·s.

Arash Saeidi (LFI) est candidat à l’élection municipale à Angers – © Angers.Villactu.fr

Ces dernières semaines, nous vous avons interrogés sur vos attentes pour les élections municipales des 15 et 22 mars prochains à Angers. De vos réponses, nous avons tiré les principaux thèmes que nous soumettons à chaque candidat à l’occasion d’une interview. Entretien avec Arash Saeidi.

Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à l’élection municipale ?

Arash Saeidi : « C’est la suite logique de mon engagement politique. Je ne dissocie pas la politique européenne, nationale et locale. J’ai envie de m’investir sur tous les plans. De la même façon que je m’exprime souvent sur la politique nationale, j’ai aussi envie de défendre ce que je prône localement. Notre slogan, « Angers, une ville agréable pour tous », est la suite logique de mon combat pour la justice sociale depuis toujours. Angers est la ville où je suis arrivé il y a 45 ans et où j’ai énormément d’attaches. C’est un territoire qui m’a beaucoup donné et dans lequel j’ai envie de m’investir. »

Quel regard portez-vous sur le mandat qui se termine ?

Le gros manque de ce mandat c’est le logement. Nous voyons les conséquences depuis plusieurs années maintenant. Il y a d’abord eu un manque d’anticipation du nombre d’arrivées d’étudiants. Pour l’ensemble des Angevins, rien n’a été fait pour remédier à la pression sur l’immobilier. C’est bien que le territoire soit attractif, mais il faut en tirer les conséquences. Il faut augmenter l’offre de logements pour que les prix n’explosent pas. Ça n’a pas été fait et aujourd’hui ça coûte beaucoup trop cher pour un Angevin de se loger. Le 5 du mois, lorsqu’il faut payer son loyer, il y a déjà un tiers, voire la moitié du salaire qui s’en va. Nous devons mettre toute notre énergie pour y remédier et ça aurait dû être fait avant.

Quelle est votre vision pour Angers pour les six prochaines années ?

C’est celle d’un développement équilibré. Notamment au niveau du développement de chaque quartier. C’est pour cela que nous mettons l’accent sur le fait de remettre des commerces dans les quartiers, afin qu’il n’y ait pas besoin de prendre nécessairement la voiture pour aller faire des courses. Les lieux de vie doivent être plus proches des lieux d’habitation et de travail. Oui, Angers est une ville où fait globalement bon vivre. Mais, malheureusement, il fait très bon vivre pour certains et beaucoup moins pour d’autres. Nous voulons qu’Angers devienne agréable pour tous les habitants, quelle que soit leur origine, leur parcours, leur statut social ou leur âge.

Des nouveaux nés jusqu’aux seniors, nous voulons qu’Angers soit une ville agréable à vivre. C’est pour cela que nous voulons des places de crèches supplémentaires afin que les mamans puissent reprendre le travail et ne pas se demander, à cause d’un manque de solution de garde, si cela ne va pas leur coûter trop cher. Nous voulons mettre l’accent sur l’école publique afin que chacun ait les mêmes chances. On veut également une politique du logement qui permette à ceux qui ne sont pas propriétaires de ne pas dépenser trop d’argent dans leur loyer et que ceux qui veulent être primo-accédants n’aient pas à s’endetter sur trente ans pour être propriétaires. Nous voulons aussi apporter un soin particulier aux seniors. C’est pour cela que nous voulons mettre en place un service public du grand âge.

Quelles sont vos trois priorités principales si vous êtes élu ?

Il s’agit d’augmenter le nombre de places en crèche, de commencer à mettre en place la gratuité ciblée des transports en commun et de lancer une politique d’offre de logements à loyer abordable.

Comment comptez-vous répondre à la demande de logements à Angers ?

C’est une question de volonté politique. Nous avons des bailleurs sociaux qui peuvent emprunter, avec des investissements facilement amortissables. Par ailleurs, la ville a du foncier de disponible. Nous voulons augmenter rapidement le nombre de logements sociaux dans tous les quartiers d’Angers, car nous voulons de la mixité sociale. Mécaniquement, si le nombre de logements à la location et à la vente augmente, les prix diminuent. Aujourd’hui, si les prix sont très hauts, c’est qu’il y a peu d’offres et beaucoup de demandes.

Le centre-ville d’Angers a beaucoup changé. Les programmes parfois luxueux ou les nombreux bureaux qui y ont été construits auraient pu être du logement social. Notre rôle est de compenser les déséquilibres du marché. Il faut rappeler que 80 % des Français sont éligibles au logement social, avec de nombreuses demandes non satisfaites.

Quelles mesures concrètes proposez-vous pour améliorer la mobilité ?

Notre premier objectif est de diminuer les besoins en matière de transport. D’où l’intérêt de recréer de la vie dans les quartiers, avec des commerces de proximité. Nous ne voulons pas pénaliser les gens qui n’ont pas d’autres choix que de prendre leur voiture. En revanche, nous voulons leur offrir la possibilité et leur donner envie de prendre un autre mode de transport afin que la voiture soit vraiment la dernière alternative. Cela veut dire développer les pistes cyclables et densifier le réseau de transports en commun.

Nous voulons, à terme, rendre les transports en commun gratuits. Cela commencerait de manière ciblée, pour les publics les plus précaires, mais également pour les travailleurs avec de faibles salaires. Notre volonté est que cela devienne une habitude pour aller travailler, pas uniquement pour les loisirs. Pour obtenir la gratuité totale, il s’agit d’un combat national. Il faudra mener un dialogue entre les collectivités et l’État afin qu’il finance la gratuité des transports.

Le centre-ville et les commerçants sont en souffrance. Comment soutenir le commerce de proximité ?

Je considère que c’est une erreur fondamentale en matière d’aménagement du territoire en France que d’avoir multiplié les centres commerciaux en périphérie des villes. Cela génère des déplacements, ça coûte cher, car il faut créer des accès spécifiques et ça ne crée pas d’emplois contrairement à ce qu’on peut croire. En général, pour un emploi créé, ces grandes surfaces commerciales en périphérie en détruisent entre trois et six dans les centres-villes.

Les commerces présents dans les quartiers sont souvent les plus impactés. Nous ne donnerons plus aucune autorisation d’agrandissement ou de création pour un centre commercial. Il y a ensuite différentes mesures à mettre en place comme la densification des transports en commun ou la piétonnisation des rues.

Comment impliquerez-vous les habitants dans les décisions locales ?

Nous avons la volonté de redonner plus de pouvoir aux conseils de quartier de manière à impliquer les habitants aux projets les plus proches de chez eux. Il y a également le référendum d’initiative citoyenne (RIC) qui concernerait de plus grands projets. C’est une manière de dire aux habitants qu’ils peuvent s’exprimer, être entendus et porter des projets au sein du conseil municipal.

Quelles mesures concrètes mettrez-vous en place pour réduire les inégalités territoriales et sociales au sein de la ville ?

Cela passe par la politique de mobilité que nous voulons mener, mais aussi notre politique de logement en remettant du logement social dans les quartiers où il n’y en a pas. C’est également un meilleur financement des écoles publiques et la cantine gratuite pour redonner du pouvoir d’achat. Remettre des commerces, des associations et des services publics dans les quartiers permet aussi de remédier aux inégalités territoriales. Il faut repenser l’aménagement du territoire.

Le début de l’année a été marqué par l’armement de la police municipale. Comptez-vous prendre des mesures spécifiques en matière de sécurité ?

C’est un sujet sur lequel nous parlons avec beaucoup de modestie. Sur ce thème, tout le monde arrive avec une baguette magique. La réponse en matière d’insécurité est complexe et ne peut pas être que punitive. En amont, nous voulons mettre toute notre énergie dans la prévention. Cela passe par de la médiation, du dialogue et davantage de travailleurs sociaux. Je préfèrerais toujours recruter des policiers municipaux que de mettre des caméras. Parfois, elles sont utiles pour identifier les coupables, mais ça arrive après coup. Personne n’a jamais empêché une agression avec une caméra.

Nous lancerons un audit sur l’efficacité des caméras de vidéoprotection afin de savoir, si à coût égal, il ne faut pas mieux recruter des policiers municipaux ou des médiateurs. Concernant l’armement, nous pensons que si on arrive à ressentir le besoin d’armer les policiers municipaux, c’est qu’on leur demande de faire des missions qui ne relèvent pas de la police municipale à cause de l’État qui supprime des postes de policiers nationaux et de gendarmes. Nous ne sommes pas favorables à l’armement de la police municipale. Il faudra un dialogue exigeant avec l’État qui doit remplir sa fonction régalienne.

L’année 2025 a de son côté été marquée par des coupes budgétaires qui ont touché les secteurs culturel et associatif. Quelles seraient vos mesures en la matière ?

Christelle Morançais (présidente de la Région NDLR), de manière très abrupte, très idéologique et pour faire le buzz, a mis en danger le tissu associatif local. Nous nous y sommes opposés. J’ai entendu beaucoup de personnes au sein de la majorité municipale se plaindre de la décision prise par Christelle Morançais. Pour certains d’entre eux, ils sont dans la même majorité. Ce budget, ils l’ont voté. C’est facile après de se plaindre, mais il faut être cohérent. Nous ferons en sorte de compenser les manques, avec les moyens de la ville, qui ne sont pas les mêmes que ceux que la Région.

Par Sylvain Réault.

Dans le cadre des élections municipales, Angers.Villactu.fr a choisi de donner la parole à l’ensemble des listes déposées. Une interview de chacun des sept candidats sera publiée tous les jours jusqu’au mercredi 11 mars inclus.

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