L’application d’une norme interdisant la vente de produits alimentaires à base de CBD inquiète les professionnels du secteur 
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L’application d’une norme interdisant la vente de produits alimentaires à base de CBD inquiète les professionnels du secteur 

Pâtes, tisanes, pâtisseries, huiles, ou encore bonbons à base de CBD sont désormais inaccessibles à la vente en France depuis le 15 mai dernier, faisant suite à une décision de la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Les boutiques spécialisées, qu’elles soient physiques ou en ligne, ont donc l’obligation de retirer ces produits de la vente.

La réglementation a évolué récemment pour les produits au CBD – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr

La Direction générale de l’alimentation (DGAL) a décidé d’appliquer la réglementation européenne votée en 2015 « Novel Food » sur l’alimentaire, obligeant tous les aliments présents sur le marché, mais peu consommés dans l’Union européenne avant 1997, à apporter la preuve de leur non-toxicité. Faute de moyens permettant d’établir qu’ils ne présentent aucun danger, les produits à ingérer contenant du cannabidiol (CBD) restent pour le moment interdits.   

Cette substance, issue de la fleur de chanvre, était généralement utilisée par les consommateurs pour mieux dormir, réduire l’anxiété, ou encore pour soulager certaines douleurs. Elle diffère du tétrahydrocannabinol (THC) que l’on retrouve dans le cannabis, qui peut provoquer addiction et effets stupéfiants.  

Inquiétude pour les consommateurs

Dans une boutique d’Angers, les étals ont été en grande partie vidés. Il ne reste sur les étagères que des huiles de coco pour le corps et des paquets de croquettes pour animaux au CBD, non-concernés par la réglementation. « On est démunis. Du jour au lendemain on a dû tout enlever, même les tisanes. Ce n’est pas le chiffre d’affaires qui m’inquiète, mais ça m’ennuie pour les clients. Certains viennent nous voir parce qu’ils ont envie de trouver des produits pour remplacer la cigarette ou d’autres addictions. Ça pénalise les mauvaises personnes», confie la vendeuse derrière le comptoir de sa boutique.

Certains clients habitués n’étaient pas encore au courant de la récente interdiction. C’est le cas de Michelle, 69 ans, qui était venue chercher de l’huile au CBD sur recommandation de son médecin. Elle repartira donc les mains vides.  

 «J’ai une dizaine de clientes qui viennent régulièrement acheter des produits pour soulager des douleurs liées à l’endométriose. Ça me fait mal au cœur parce que maintenant je dois leur annoncer que je ne peux plus leur en vendre. Elles se retrouvent sans solution», explique Lucas Bedon, vendeur dans une autre boutique spécialisée du centre-ville. Cependant, pour lui, l’interdiction de certains produits pourrait aussi être une bonne chose : «Il ne faut pas mettre tous les produits dans le même panier, je ne vois pas pourquoi interdire les tisanes alors que ça ne fait de mal à personne. La plupart des consommateurs sont des personnes âgées qui n’arrivent pas à dormir. Toutefois, c’est bien pour les gommes au CBD, parce que beaucoup de jeunes en prennent sans savoir ce que c’est, et ça peut être dangereux pour eux.»   

Un manque de recul

En l’absence de preuves de leur innocuité, l’interdiction demeure donc pour ces produits. Bien que permettant de soulager des douleurs, ils ne sont néanmoins pas à considérer comme des dispositifs médicaux. Les scientifiques de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pointent par ailleurs un manque de données portant sur les effets du CBD sur le foie, le système endocrinien, ou encore le système nerveux. 

Par Sacha Le Bras.

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