Comment se porte le commerce dans le centre-ville d’Angers ?
Commerce, Economie

Comment se porte le commerce dans le centre-ville d’Angers ?

Depuis quelques années, entre le Covid, les changements de consommation, ou encore l’inflation, les commerçants doivent faire face à de nombreuses difficultés. Reportage dans le centre-ville d’Angers.

Commerce - rue d'Alsace

Le centre-ville d’Angers a connu plusieurs fermetures de magasins ces derniers temps – © Angers.Villactu.fr

Il suffit d’emprunter la rue Saint-Aubin ou le boulevard Foch pour constater que de nombreuses boutiques ont mis la clé sous la porte ces derniers mois. San Marina, Catimini, Superdry, Burton ou encore Camaïeu, ces enseignes nationales ont toutes rencontré des mésaventures au plan national, laissant à Angers comme ailleurs, des cellules commerciales vides. « Ce sont des grands groupes des années 80 qui n’ont pas forcément réussi à s’adapter. Je ne suis pas inquiet, la plupart des locaux sont progressivement repris », avance Stéphane Pabritz, adjoint aux commerces à la ville d’Angers.

Camaïeu Foch - Magasin vide

Le magasin Camaïeu, fermé depuis de longs mois, attend un repreneur – © Angers.Villactu.fr

« Le commerce de centre-ville est délaissé »

Installée dans l’hyper-centre depuis onze ans, Valérie Provost, à la tête de la boutique « À cause des garçons », remarque que le « centre-ville est désert ». « Les centres commerciaux comme l’Atoll, qui devait être dédié uniquement à l’ameublement, ne nous ont pas aidés. L’accès au centre-ville est difficile, entre les bouchons, les parkings payants et les manifestations récurrentes. Je ne remets pas en cause la légitimité des manifestants, mais c’est compliqué pour les commerçants ».

Jessica Lorieux est à la tête de la boutique « Les petits potins » – © Angers.Villactu.fr

« Le commerce dans le centre-ville devient compliqué. On remarque qu’il est délaissé, note Jessica Lorieux qui a ouvert il y a six ans la boutique « Les petits potins ». On voit bien que les priorités ne sont pas aux petits plaisirs comme avant chez les clients. Les gens font très attention. Le samedi était auparavant la journée pour faire notre chiffre d’affaires, maintenant ce n’est plus vraiment le cas. Il n’y a plus de règles ».

Des habitudes de consommation qui évoluent. C’est aussi ce que constate Laurent Lacoste, photographe installé rue Saint-Aubin. « Les gens consomment différemment. Avant, les clients pouvaient venir sur une pulsion. Mais avec les prix qui augmentent partout, ils dépensent moins et ne viennent que pour un besoin spécifique ».

Dans la même rue, Caroline, conseillère de vente chez Nuoo, reconnaît que si sa boutique « fonctionne bien », les clients font toutefois « de plus en plus attention à leurs dépenses ». Certains commerçants n’ont pas réussi à résister à cette période difficile. « Les loyers sont extrêmement élevés. La première année a été bonne, puis à partir du printemps 2023, la chute a été vertigineuse. L’inflation et les nombreuses manifestations ont joué un rôle important. J’ai dû fermer mon magasin de la rue d’Alsace pour proposer des points de vente éphémères et des événements », raconte Karine Cotinier, gérante de Yellowkorner.

« L’accès au centre-ville est difficile »

Dans la boutique « Rue du Mail », Patricia Chaligné se montre inquiète pour l’avenir : « Le commerce va mal. C’est la descente depuis mai. La fréquentation dans le centre-ville a diminué. Il y a des jours où il n’y a vraiment personne. On est dans l’attente de voir comment l’inflation évolue. Je vois beaucoup moins mes clients à cause de ça. Nous ne savons pas quoi faire pour les attirer. C’est impossible de se battre contre la vente en ligne. Le stationnement joue énormément également. Quand on affronte les bouchons et que l’on doit faire cinq fois le tour pour trouver une place, les gens s’en vont. »

Un constat partagé par Laurent, gérant de la boutique « Crazy Loca » : « L’accès au centre-ville est difficile avec les bouchons et le stationnement. Les clients préfèrent s’arrêter à l’Atoll. Une femme active qui finit à 18 heures n’a pas le temps d’aller en centre-ville le soir avec la circulation compliquée. »

« Il faut apaiser la circulation dans le centre-ville. Le parking silo de l’Académie va aider les clients du centre-ville à stationner juste à l’entrée de l’hyper-centre », estime Stéphane Pabritz.

« Les angevins disent aux commerçants qu’ils n’ont plus envie de venir dans le centre-ville »

L’association des Vitrines d’Angers, qui rassemble près de 200 commerçants adhérents, met en place tout au long de l’année des actions pour soutenir les commerçants angevins. Sa présidente, Laurice Collin-Treisser, décoratrice d’intérieur, constate une baisse du chiffre d’affaires des adhérents allant de 20 à 30 % par rapport à l’année dernière. « Évidemment, les clients sont plus vigilants par rapport à leurs dépenses et les achats sur Internet ont pris une place importante. Ce qui est très pénalisant à Angers, c’est la circulation dans l’hyper-centre. Depuis la mise en service des nouvelles lignes de tramway, le trafic est encore plus compliqué dans les rues Plantagenêt, Voltaire, et carrefour Rameau. Les angevins disent aux commerçants qu’ils n’ont plus envie de venir dans le centre-ville. »

La présidente des Vitrines d’Angers constate une hausse du nombre de bars et de restaurants depuis le Covid : « Les gens recherchent de la convivialité. Il y a du monde le soir pour sortir dans le centre, mais ils consomment moins dans les boutiques. Les bars, eux, ne connaissent pas la crise. »

« Le commerce a beaucoup évolué depuis la crise du Covid »

Stéphane Pabritz

Stéphane Pabritz est adjoint aux commerces à la ville d’Angers – Archives Angers.Villactu.fr

Pour Stéphane Pabritz, « le commerce a beaucoup évolué depuis la crise du Covid, notamment avec le télétravail et les nouvelles habitudes de consommation ». Toutefois, l’élu se veut rassurant. Selon lui, « il n’y a pas de vacance commerciale aujourd’hui à Angers ».

« Certes, il y a de nombreux commerces fermés actuellement, mais ils sont pour la plupart en train d’être repris. Il faut se comparer avec d’autres villes. Je visite des villes avec parfois des rues entières vides. La période reste difficile pour tout le monde, avec une économie moribonde, des prêts difficilement accessibles, et une inflation importante », explique Stéphane Pabritz qui constate un retour en force de l’alimentaire dans l’hyper-centre d’Angers.

L’élu entend trouver un équilibre dans les commerces présents dans le centre-ville : « Je souhaite que les angevins n’aient pas besoin de prendre leur voiture pour acheter un tournevis ou une ampoule. Avec l’enseigne Weldom, il y a une offre pour le bricolage. L’alimentaire et le médical peuvent encore se développer. Notre ambition est d’avoir une offre pour le mobilier et le sport plus importante. C’est un équilibre qu’il faut créer. »

Plusieurs projets dans les cartons

Sur le boulevard Foch, les locaux laissés vacants par l’ancien cinéma Les Variétés sont en pleine mutation. Au niveau de l’ancienne entrée, une petite résidence est en cours de construction, avec un Intermarché prévu au rez-de-chaussée. Du côté de la sortie, plusieurs centaines de mètres carrés sont en cours de commercialisation.

Le Palace

France Loisirs occupait les locaux du rez-de-chaussée – © Angers.Villactu.fr

Dans l’ancien cinéma au Palace, l’enseigne France Loisirs a baissé le rideau il y a deux ans. « Des discussions sont en cours pour un projet bien avancé », assure Stéphane Pabritz. Juste en face, la réhabilitation de l’ancienne Poste qui doit également accueillir de nouveaux commerces, a pris du retard. Sollicité, le groupe Réalités qui a racheté le bâtiment affirme « travailler sur le dossier », sans en dire davantage. À quelques mètres de là, l’ancien bâtiment qui accueillait La Halle aux Vêtements, a quant à lui été repris par le groupe P2i. Ce dernier indique que « le montage du dossier est toujours en cours et qu’il n’est pas possible de communiquer sur le planning des travaux ».

Par Sylvain Réault et Eline Vion.