À Angers, la boule de fort continue de rassembler, en quête de nouveaux adeptes
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À Angers, la boule de fort continue de rassembler, en quête de nouveaux adeptes

En Anjou, la boule de fort continue de faire vivre un pan du patrimoine local. Entre précision du geste et convivialité, ses pratiquants s’attachent à transmettre ce jeu traditionnel, tout en cherchant à attirer de nouvelles générations.

La boule de fort est confrontée à de nombreux enjeux pour que la pratique perdure dans le temps. – © Angers.Villactu.fr

Dans les sociétés angevines, la boule de fort continue de rassembler des générations de joueurs. Pratiquée principalement en Anjou, cette discipline singulière, inscrite au patrimoine culturel immatériel, repose autant sur la précision du geste que sur la convivialité. Face au vieillissement des pratiquants, ses acteurs cherchent aujourd’hui à en assurer la transmission.

« L’objectif de la fédération, c’est de conserver ce jeu dans l’avenir », souligne Philippe Guémard, président de la Fédération française de boule de fort. Implantée sur six départements, principalement en Pays de la Loire et en Centre-Val de Loire, la discipline regroupe environ 25 000 personnes, en incluant les adhérents des sociétés.

Un jeu à part, entre patience et précision

La boule de fort se distingue d’abord par son terrain, une piste concave de 19 à 24 mètres, sur 6 mètres de large. Les joueurs y font rouler des boules légèrement asymétriques pour se rapprocher d’un petit repère, le « maître ».

« C’est un jeu de dextérité et de précision, explique Philippe Guémard. Pour placer une boule à plus de 15 mètres, il faut maîtriser la vitesse et la trajectoire. »

Ici, le temps fait partie du jeu. Une boule peut mettre jusqu’à 40 secondes pour parcourir la piste : « Il faut de la patience, de la concentration, confirme Clément Bourdon, secrétaire général adjoint de la Fédération française de la boule de fort. Et chaque terrain est différent. L’humidité, la température… tout joue. »

Avant chaque partie, les joueurs effectuent des essais pour appréhender les spécificités du jeu. « Un même terrain peut réagir différemment d’un jour à l’autre », poursuit Clément Bourdon.

La piste concave est l’une des particularités de la boule de fort. – © Angers.Villactu.fr

Des lieux de vie au cœur des territoires

Au-delà de l’aspect sportif, la boule de fort s’inscrit dans un réseau associatif dense. Les sociétés, souvent installées de longue date, constituent des lieux de rencontre.

« Dans certaines communes, c’est le seul endroit où les gens peuvent se retrouver », observe Philippe Guémard. Des labels « cœur de village » ont d’ailleurs été mis en place pour reconnaître ce rôle.

À Angers, la pratique reste bien implantée. « On compte 11 sociétés dans la ville et environ 1 200 adhérents, indique Alain Augelle, président de l’Association des sociétés de boules de fort de la ville d’Angers. À l’échelle de l’agglomération, 62 sociétés sont recensées ».

L’association organise plusieurs compétitions, dont le challenge de la ville d’Angers. « Cette année, on avait plus de 90 équipes engagées », précise-t-il.

De gauche à droite : Clément Bourdon, Philippe Guémard, Martine Ruel et Alain Augelle. – © Angers.Villactu.fr

Une pratique ouverte et accessible

Accessible à tous, la boule de fort peut se pratiquer à tout âge. « On peut y jouer même en fauteuil », rappelle Philippe Guémard. Des initiatives sont donc menées en direction des personnes âgées ou en situation de handicap.

Dans certaines structures, la discipline est utilisée comme activité adaptée : « J’ai vu des résidents d’EHPAD retrouver de la concentration et du plaisir en jouant », témoigne le président de la fédération.

Au sein des sociétés, la convivialité reste centrale : « Tout le monde ne joue pas forcément. On vient aussi pour l’ambiance, pour se retrouver », explique Martine Ruel, présidente de l’Amicale laïque Jules Ferry, qui compte 95 sociétaires. La boule de fort favorise également les échanges entre profils variés. « On rencontre des personnes qu’on n’aurait jamais côtoyées autrement. Il n’y a pas d’échelle sociale », note Philippe Guémard.

Philippe Guémard, président de la Fédération française de boule de fort, défend une pratique adaptée à tous. – © Angers.Villactu.fr

Le défi du renouvellement

Si la pratique demeure vivante, elle fait face à un enjeu majeur : attirer de nouveaux joueurs. « La moyenne d’âge tourne autour de 67 ans », rappelle Clément Bourdon.

Pour y répondre, la fédération développe des actions vers les jeunes publics. Un programme d’initiation destiné aux scolaires est en cours de déploiement : « L’idée, c’est de faire découvrir la boule de fort dès l’école », explique Philippe Guémard. À Angers, des animations sont régulièrement proposées lors d’événements publics. « À partir du moment où les gens essaient, ils apprécient souvent la pratique », observe Alain Augelle.

Longtemps associée à une image vieillissante, la boule de fort cherche aujourd’hui à évoluer. « Il faut casser certaines idées reçues. La boule de fort associée au “nez rouge”, ça appartient au passé », estime Philippe Guémard.

Pour ses responsables, l’enjeu est désormais de concilier tradition et modernité : « On veut garder l’esprit convivial, mais aussi montrer que c’est un vrai sport qui peut convenir aux plus jeunes comme aux plus âgés », résume Alain Augelle.

Par Eline Vion.

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