Après les trois épisodes de canicule exceptionnels qui ont touché la France depuis le mois de mai, les agriculteurs de l’Anjou constatent les dégâts et tentent de se préparer à l’avenir.

De nombreuses cultures souffrent des fortes chaleurs – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
Qu’ils soient maraîchers, vignerons ou encore éleveurs, la grande majorité des secteurs agricoles en Anjou a subi les conséquences des trois canicules qui se sont abattues sur la France depuis mai dernier. Par endroits, les températures ont dépassé les 42 °C, dégradant les sols et les cultures, éprouvant les animaux et laissant des traces durables dans l’esprit des professionnels.
Des dégâts observables sur tous les secteurs agricoles
Les fortes chaleurs n’ont pas impacté tous les secteurs de manière uniforme. Dans les exploitations animalières, les professionnels ont constaté les conséquences des canicules sur leurs animaux. « Au-delà de 37 °C, les vaches laitières montrent des signes de souffrance. Pour les aider, nous avions installé des brumisateurs et intégré des minéraux à base de piment dans leur alimentation. Cela permet de faire circuler leur sang plus vite et donc de mieux résister à la chaleur », explique Matthieu Gelineau, exploitant en vaches laitières à Cantenay-Épinard et président de l’antenne Angers confluence de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire.
Les vagues de chaleur influent également sur ce que produisent les animaux. « Nous avons dû être beaucoup plus proches de nos bêtes, car de leur bien-être dépend la production. Pendant un épisode de chaleur, une vache peut produire quatre à cinq litres de lait en moins par jour », remarque l’éleveur.
Du côté des maraîchers, les dégâts sont également déjà observables. « Nous avons actuellement 10 % de pertes par rapport à nos productions de salades. Comparé à d’autres exploitations, nous nous en sortons bien, parce que nous profitons de l’eau de la Loire qui n’est pas loin », estime Thibaut Chesneau, cogérant de l’exploitation maraîchère Beaujean Production à Sainte-Gemmes-sur-Loire.
L’agriculteur tempère néanmoins : « Nous sommes tout de même inquiets, car le débit du fleuve est actuellement critique. Même si les barrages maintiennent son niveau, nous ne l’avons jamais vu comme ça. Nous avons peur. S’il venait à y avoir des restrictions d’eau, la situation serait vraiment très compliquée. Quand il fait chaud et qu’il y a du vent, cela crée un effet sèche-cheveux sur les plantes. Sans irrigation, les productions peuvent mourir très rapidement. »

Thibaut Chesneau, cogérant de l’exploitation maraîchère Beaujean Production à Sainte-Gemmes-sur-Loire – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
Nécessitant majoritairement de travailler en extérieur, les métiers du secteur agricole sont particulièrement à risque en période de canicule. Les professionnels s’accordent sur certains aménagements à mettre en place dans leur travail, notamment le décalage de leurs périodes d’activité. « Les vendanges ont été avancées au milieu du mois d’août, contre début septembre en temps normal. Les conditions de travail ne vont pas être les mêmes. En plein champ, nous avons atteint 44 °C lors de la deuxième canicule, en juin. Si d’autres vagues de chaleur surviennent, nous devrons, de nouveau, aménager nos horaires. Commencer plus tôt pour terminer à la mi-journée, avant les températures les plus chaudes, afin de prévenir les coups de chaud et les risques de malaise », prévoit Anthony Robin, vigneron et élu à la Confédération paysanne 49.
Les professionnels ne se sentent pas assez entendus
Les épisodes de canicule successifs survenus depuis mai pèsent donc sur les agriculteurs aussi bien physiquement que moralement et économiquement. Afin de trouver des solutions pour faire face à ces périodes qui fragilisent le secteur, la Confédération paysanne 49 a convoqué une cellule de crise avec le préfet du Maine-et-Loire et les acteurs agricoles du département le 21 juillet. Malgré les discussions, les agriculteurs se désolent d’un débat qui, selon eux, n’a pas fait avancer la situation.

Les vendanges débuteront plus tôt cette année – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
« À la sortie de cette réunion, nous restons très inquiets. Le plus important est de sauver toutes les fermes, quelle que soit leur production, alors qu’aujourd’hui même, une loi d’urgence agricole a été votée au Parlement. Le président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles 49 (FDSEA49) dit lui-même que « cette loi ne va pas changer la face du monde dans notre département. » Nous regrettons que cette énergie dépensée par la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) n’ait pas été employée pour sauver nos fermes et préparer l’agriculture de demain. Cette loi ne résoudra en rien les problèmes des agriculteurs et agricultrices, et pire, elle contribuera à aggraver la situation, pourtant déjà extrême dans les fermes et pour l’ensemble des citoyens », dénonce la Confédération paysanne 49, suite à la cellule de crise.
La loi d’urgence agricole, adoptée le 21 juillet dernier par le Parlement, est pointée du doigt par une partie des agriculteurs. Elle vise en particulier à faciliter la construction de structures destinées au stockage d’eau, notamment sur des zones humides nécessaires à la biodiversité, et à réintroduire certains pesticides, comme l’acétamipride à titre dérogatoire. Les bâtiments d’élevage vont voir un allègement de leurs contraintes d’installation. Selon certains professionnels agricoles, cette mesure viserait à favoriser l’élevage intensif.
« Tous les agriculteurs se sentent prêts à travailler différemment »
Pour faire face à l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes, tant en fréquence qu’en intensité, les agriculteurs estiment qu’il n’existe pas de solution miracle. « À cause du réchauffement climatique, les conditions vont continuer de se détériorer dans les années à venir. Certaines cultures subissent très mal les périodes prolongées de forte chaleur. Pour nous adapter, nous devons modifier nos plantations et expérimenter de nouvelles façons de faire, avec des variétés plus résistantes aux canicules ou des plantes originaires du Sud. Par exemple, l’amandier s’épanouit plutôt dans les climats chauds et secs. On le retrouve du côté de la Méditerranée, mais les températures plus douces le font remonter vers le Nord. Il y a un glissement des cultures », décrit Thibaut Chesneau.
Des solutions envisageables pour faire perdurer l’agriculture, mais qui sont toutefois à nuancer. « Importer dans le Maine-et-Loire des cultures du Sud a ses limites. Le réchauffement des températures n’est pas le seul effet du changement climatique. Nous faisons face à une crise du vivant, la faune s’effondre également. Il faut que nous plantions des haies pour favoriser la biodiversité, mais elles ne survivent pas à cause des canicules. C’est encore plus compliqué pour les jeunes plants. En même temps, nous coupons des arbres et recourons massivement à l’usage des pesticides. Pour que l’agriculture s’adapte, il faudrait que nous sortions du modèle productiviste qui privilégie la croissance au détriment du respect des sols et du vivant. Tous les agriculteurs se sentent prêts à travailler différemment, mais, pour cela, il faudrait que nous soyons davantage soutenus », fustige Anthony Robin.

Anthony Robin, vigneron et membre de la Confédération paysanne 49 – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr
Les professionnels du milieu agricole souhaitent donc un changement aussi bien dans leur travail que dans la façon dont ils sont aidés par l’État. « Changer les façons de penser va prendre du temps, mais il faut le faire. Nous sommes dans un gros paquebot, il faudra des années pour le faire tourner », conclut le vigneron.
Par Sacha Le Bras.
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