Le tri à la source des biodéchets arrive chez vous
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Le tri à la source des biodéchets arrive chez vous

À l’approche de la généralisation du tri à la source des biodéchets qui sera obligatoire le 1er janvier 2024 dans les collectivités, Angers Loire Métropole lance une phase de test de points d’apports volontaires de compost dans le quartier la Fayette et la place du Lycée, avant une expansion à l’ensemble de l’agglomération angevine.

Ces points d’apports volontaires sont placés à moins de 200 mètres de chaque habitant du quartier Lafayette et de la place du Lycée. – © Angers.Villactu.fr

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), les déchets organiques représentent jusqu’à 52 % des ordures ménagères résiduelles, soit 150 kilos par habitant chaque année. Ces déchets pourraient être valorisés en combinant compostage domestique et filières collectives de gestion biologique (compostage ou méthanisation).

Les habitants d’Angers Loire Métropole produisent quant à eux 480 kilos de déchets chaque année, parmi lesquels 180 sont destinés à l’incinération et dont près de 50 kilos sont des déchets putrescibles.

Au 1er janvier 2024, la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) entrera en vigueur et rendra obligatoire le tri à la source des biodéchets. Cette obligation s’applique aux collectivités qui doivent offrir une solution aux citoyens pour les encourager à trier leurs déchets alimentaires à la source, une pratique déjà appliquée aux professionnels et services publics depuis 2016 et 2023.

Face à ce constat et à l’approche de la mise en application de la loi, Angers Loire Métropole a donc décidé de mettre en place l’expérimentation de tri et de collecte des déchets en milieu urbain dense dans le quartier la Fayette et les rues aux alentours de la place du Lycée.

Les premiers jalons d’une généralisation

« On voit l’engouement pour l’arrivée du compost. Lors des réunions de présentation du dispositif, personne n’a remis en question le bien-fondé de la mise en place de solutions dans leur quartier, malgré les quelques appréhensions que des habitants ont pu avoir », explique Jean-Louis Demois, vice-président d’Angers Loire Métropole en charge de la gestion des déchets et de l’économie circulaire.

Ces bornes, appelées points d’apports volontaires, seront situées à moins de 200 mètres de chaque habitant. Elles permettront aux habitants de déposer leurs déchets alimentaires dans des bacs mesurant 1,20 mètre de hauteur et 80 cm de largeur, équipés d’une trappe sur le dessus.

« Ces bacs seront collectés et remplacés une à deux fois toutes les semaines par un camion ou une benne. De cette manière, il n’y a pas de risque de propagation d’espèces nuisibles comme beaucoup peuvent en avoir peur », poursuit le vice-président d’ALM.

Pour ce qui est des autres communes au sein d’Angers Loire Métropole, le plan d’action pour tout le territoire ne sera probablement dévoilé que dans le courant de l’année 2024 : « Nous sommes en train de finir notre plan d’action qui sera présenté le 12 janvier lors du séminaire des maires. Ensuite, il sera décliné aux zones pavillonnaires, aux bourgs et aux autres zones denses similaires à celles de la Fayette et de la place du Lycée », ajoute Jean-Louis Demois.

Jean-Louis Demois,vice-président d’Angers Loire Métropole en charge de la gestion des déchets et de l’économie circulaire.  – © Angers.Villactu.fr

« Accompagner les angevins dans ce changement »

Envie 2E 49 et l’entreprise Moulinot sont les deux opérateurs spécialisés dans la collecte et le traitement des biodéchets associés à cette démarche expérimentale.

Titulaires du marché public depuis 2009, l’entreprise Label Verte accompagne également Angers Loire Métropole dans la mise en œuvre du compostage sur son territoire. Leur mission a été renouvelée en 2023, afin de continuer leur travail auprès de la collectivité à l’approche de la généralisation du tri à la source des biodéchets et pour sensibiliser les habitants aux gestes à adopter.

« Notre objectif est d’accompagner les angevins dans la pratique du compostage en les informant. Nous sommes donc allés à leur rencontre en porte à porte afin de leur présenter le dispositif, puis nous leur avons remis du matériel, à savoir un bioseau pour chaque foyer des quartiers tests », explique Nicolas Audigane, conseiller municipal délégué et responsable au développement commercial chez Label Verte.

Depuis quinze ans, Label Verte partage ses expertises sur le compostage et la valorisation des matières organiques. L’entreprise a permis l’installation de près de 400 sites de compostages, qu’ils soient en pied d’immeuble, sur des places, mais aussi des compostages autonomes dans des établissements.

« Pour les points d’apports volontaires mis en place par Angers Loire Métropole dans le centre-ville, les déchets alimentaires collectés pourront être valorisés en compost pour fertiliser les sols agricoles et en biogaz via un méthaniseur. Les habitants peuvent y mettre les préparations et restes de repas y compris la viande, le poisson, les produits périmés non consommés, les filtres à café et sachets de thé, les papiers essuie-tout, ainsi que les boîtes à œufs cartonnées », explique Nicolas Audigane.

Depuis 2008, Label Verte propose son expertise sur la valorisation des déchets et le compostage dans tout le Maine-et-Loire – © Label Verte

Un « manque d’ambition » de l’agglomération ?

À quelques semaines de l’obligation pour les collectivités d’appliquer la loi AGEC, les élus d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) dénoncent un « manque de volonté politique » de la part de l’agglomération angevine.

« C’est incompréhensible de constater que Christophe Béchu et Jean-Marc Verchère ne se soient pas organisés pour permettre aux habitants de pouvoir respecter la loi au 1er janvier. Rien n’empêchait d’assurer un ramassage des déchets alimentaires en porte à porte comme c’est le cas avec succès à Lorient depuis 20 ans. Que la majorité se réveille à quatre mois de l’échéance, alors que les services et les partenaires de l’agglo travaillent sur le sujet depuis plusieurs années, traduit le manque d’ambition », expliquent les élus.

Pour Jean-Louis Demois, « Angers Loire Métropole n’a pas attendu le 1er janvier 2024 pour mettre en place une stratégie de gestion des biodéchets. De nombreuses actions ont été menées en faveur du compostage, notamment la mise à disposition de composteurs gratuits pour chaque habitant et l’obligation d’un composteur pour chaque nouvelle habitation ».

En ce qui concerne l’exemple des habitants de Lorient, le vice-président d’Angers Loire Métropole répond « qu’ils produisent 100 kilos d’ordures ménagères de plus que les angevins par an. Au total, nous détournons 4 000 tonnes de déchets de l’incinération chaque année, soit la moitié de ce qui est collecté en porte à porte à Lorient. Leur dispositif à un coût dix fois plus important qu’à Angers Loire Métropole et leur taxe d’enlèvement d’ordures ménagères par habitant est 10 % supérieure à la nôtre ».

« Nous avons préféré rencontrer les angevins avant de mettre en place le dispositif lors de réunions publiques. Si on veut que cette démarche soit bien appliquée, il faut l’expliquer plutôt que l’imposer. Il ne faut pas entrer dans une course inutile, mais plutôt aller vers un déploiement progressif qui sera ancré dans les habitudes des angevins », conclut-il.

Par Eline Vion.