« La situation est catastrophique » : l’inquiétude monte au sein du BHV d’Angers
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« La situation est catastrophique » : l’inquiétude monte au sein du BHV d’Angers

Des représentants de la CFDT et des salariés du BHV (ex-Galeries Lafayette) dénoncent des conditions de travail « déplorables » et se disent particulièrement inquiets pour l’avenir du magasin angevin qui doit accueillir la très controversée marque chinoise Shein prochainement.

Le magasin BHV d’Angers ne se porterait pas bien selon la CFDT – © Archives Angers.Villactu.fr

En fin d’année dernière, l’annonce de l’arrivée de Shein dans les sept magasins Galeries Lafayette appartenant à la Société des grands magasins (SGM) avait fait grand bruit. La nouvelle avait même poussé le groupe Galeries Lafayette et la SGM, à qui appartient le magasin angevin depuis 2022, à mettre fin à leur partenariat, entraînant un changement d’enseigne.

Désormais, le logo du BHV s’affiche partout sur la façade du bâtiment angevin. À l’intérieur, la situation serait « catastrophique » selon des représentants de la CFDT et des salariés du BHV.

Un droit d’alerte économique déposé

Après un premier droit d’alerte économique en 2025, un second a été déposé fin janvier par le Comité social et économique (CSE).

« Les conditions de travail des salariés deviennent déplorables. La situation économique est de plus en plus inquiétante. Il y a des problèmes de paiement vis-à-vis des fournisseurs, mais aussi auprès de l’Urssaf et de la prévoyance », indique Sébastien Hervé, secrétaire général du syndicat CFDT des services de Maine-et-Loire.

Un magasin déserté

Il suffit de faire un tour dans les rayons du BHV pour s’en rendre compte. Les clients sont peu nombreux, tout comme les marques. « De nombreuses marques sont parties, car elles n’étaient pas payées. Aujourd’hui, le rayon parfumerie est presque vide. On essaie d’étaler la marque Galeries Lafayette que nous commercialisons encore. Cela fait deux mois que nous n’avons pas reçu de livraisons. Actuellement, nous ne fonctionnons qu’avec les stocks. Je n’ai jamais vécu un Noël avec aussi peu de clients », ajoute Ingrid Hubert, déléguée syndicale CFDT au sein du BHV d’Angers et salariée depuis 25 ans.

Une situation qui serait similaire dans les autres magasins BHV selon Sabine Le Bourhis, déléguée syndicale centrale au sein de la société SGM et salariée au BHV d’Orléans.

Des conditions de travail dégradées

Toujours selon les représentants syndicaux, le prestataire en charge du ménage aurait lui aussi claqué la porte. « On demande aux salariés de faire le ménage du magasin et des sanitaires. Ce n’est pas notre travail », déplore la déléguée syndicale CFDT au sein du BHV d’Angers.

La société en charge des déchets n’interviendrait également plus, laissant sur le quai, à l’arrière du magasin, les poubelles s’entasser. « Des collègues ont même vu des rats. Une partie reste au sous-sol, car on ne sait pas comment les évacuer », dénonce Ingrid Hubert qui constate une dégradation des conditions de travail depuis deux ans. « Il y a un important turnover, avec des salariés qui partent rapidement. Nous ne sommes pas du tout considérés, on vit au jour le jour… Par exemple, nous avons appris l’arrivée de Shein par la presse ».

Ingrid Hubert, déléguée syndicale CFDT et Sébastien Hervé, secrétaire général du syndicat CFDT des services de Maine-et-Loire – © Angers.Villactu.fr

L’arrivée de Shein prévue très prochainement

La célèbre marque chinoise Shein, dont l’arrivée a été de nombreuses fois repoussée, doit s’installer dans cinq magasins BHV de province, dont celui d’Angers, très prochainement. La date du mercredi 18 février a été communiquée par la SGM à certains salariés, sans qu’aucune annonce officielle puisse le confirmer. « L’arrivée de Shein a été très compliquée à accepter pour les salariés. Initialement, nous sommes ici pour travailler aux Galeries Lafayette, avec des marques plutôt haut-de-gamme, une relation avec le client basée sur le conseil. Avec Shein, ce sera du libre-service et de la mise en rayon. Beaucoup de salariés n’ont pas envie de travailler avec cette marque », poursuit la salariée.

Quel avenir pour le BHV ?

Le magasin angevin serait passé en quelques années de 80 à 50 salariés, avec des départs non remplacés. Les salariés et syndicats craignent pour les emplois et l’avenir du magasin. « Il y a un manque de vision et de stratégie évident », estime Sébastien Hervé.

« Nous pouvons comprendre que la période est compliquée commercialement parlant. Ce que nous ne comprenons pas, c’est le manque de transparence, en laissant les salariés dans l’incertitude, avec des magasins qui se dégradent. Le chiffre d’affaires quotidien des magasins a en moyenne été divisé par deux », complète Sabine Le Bourhis.

Le droit d’alerte économique doit conduire dans les prochaines semaines à l’intervention d’experts indépendants chargés d’analyser la situation financière du groupe. « Nous sommes très inquiets pour les emplois et l’attractivité du centre-ville. Le magasin Galeries Lafayette, avec toutes les marques qui étaient proposées, était une locomotive pour le commerce de centre-ville », regrette Sébastien Hervé qui aimerait voir les candidats aux élections municipales s’emparer du sujet.

Sollicitée par nos soins, la Société des grands magasins (SGM) n’a pour le moment pas encore répondu.

Par Sylvain Réault.

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