Crise du logement : les professionnels du secteur sont particulièrement inquiets
Economie

Crise du logement : les professionnels du secteur sont particulièrement inquiets

La Fédération Française du Bâtiment (FFB) de Maine-et-Loire ne voit pas d’éclaircie à l’horizon. Les entreprises du bâtiment doivent faire face à une période de forte turbulences avec un risque de voir 100 000 emplois disparaître à l’échelle nationale d’ici 2025.

BTP - Chantier

Les chantiers se font de plus en plus rares – © DR.

La Fédération Française du Bâtiment (FFB) de Maine-et-Loire tenait ce jeudi 22 juin sa conférence de presse annuelle. Celle qui fédère plus de 450 entreprises sur le département pour un total de 6 700 salariés est plutôt inquiète, avec un risque, à l’échelle nationale, que près de 100 000 emplois soient détruits.

Après la crise du Covid, celle des matériaux, de l’énergie, puis la guerre en Ukraine, les difficultés se succèdent pour les entreprises du bâtiment. « La crise des matériaux a eu un énorme impact pour nos entreprises, plus encore que le Covid », souligne Yannis Borjon-Piron, président de la Fédération française du bâtiment de Maine-et-Loire.

Il faut dire que les chiffres donnent le vertige. Entre novembre 2020 et mai 2022, les produits acier ont vu leur prix augmenter de 143,6 %, les produits PVC de 103,8 %, l’aluminium de 74,9 % ou encore le cuivre de 49,4 %. Si des baisses de prix sont constatées ces derniers mois, les prix affichés sont loin de ceux d’avant crise. « Il n’y aura pas de retour en arrière », souffle Julien Berthas, secrétaire général de la FFB de Maine-et-Loire. « Certains acteurs de la filière ne jouent pas le jeu. Les industriels en ont profité pour augmenter de manière conséquente leur prix », complète Yannis Borjon-Piron.

Yannis Borjon-Piron, président de la Fédération française du bâtiment de Maine-et-Loire

Yannis Borjon-Piron, président de la Fédération française du bâtiment de Maine-et-Loire – Angers.Villactu.fr

Des entrepreneurs inquiets

Dans une enquête menée au niveau régional par la Fédération française du bâtiment, 50 % des entrepreneurs du bâtiment ont une activité stable et l’autre moitié enregistre une baisse d’activité. « Les entreprises qui travaillent sur le logement neuf sont les plus touchées. Elles sont nombreuses à essayer de s’orienter vers la rénovation », indique le président de la Fédération française du bâtiment de Maine-et-Loire.

A la fin du mois de mars 2023, 4 798 logements ont été autorisés dans le département, soit une baisse de 33,6 % sur un an. Le nombre de logements commencés s’élève à 4 808, en baisse également de 12,9 %.

« Il y a un état de fatigue important chez les dirigeants d’entreprise, avec des difficultés de plus en plus nombreuses. Il y a toujours un manque de personnel, des décalages de chantiers et des délais pour être payés qui sont de plus en plus longs », détaille Yannis Borjon-Piron.

Des annonces nettement insuffisantes

Le 5 juin dernier, le gouvernement a présenté un plan pour tenter d’enrayer la crise du logement. Parmi les mesures phares, le prolongement du prêt à taux zéro (PTZ) jusqu’en 2027. Il sera toutefois recentré sur l’achat d’un logement neuf en habitat collectif en zone tendue et d’un logement ancien en zone non tendue, sous réserve de rénovation. La Première ministre a aussi annoncé la fin du dispositif Pinel d’ici 2024.

« Ce sont des mesures qui vont à l’encontre de l’accession à la propriété pour les primo-accédants ou de l’investissement locatif. Le gouvernement est à côté de la plaque. Les moyens qui devraient être mis sur la rénovation des logements ne le sont pas. Les aides sont d’une grande complexité. Il y a un besoin de simplification », estime Yannis Borjon-Piron.

Les entreprises continuent de former

S’il fallait retenir une bonne nouvelle, la FFB met en avant la formation des jeunes pour les métiers du bâtiment. « Malgré les difficultés, les entreprises continuent de former. Normalement, à chaque crise, les entreprises s’arrêtent de former. C’était ensuite très compliqué de trouver des salariés quelques années plus tard. Au sein du centre de formation d’Angers, nous enregistrons une hausse de 20 % des effectifs », se félicite Yannis Borjon-Piron.

Une année 2024 compliquée ?

« La plupart des entreprises ont un carnet de commandes rempli pour les six prochains mois.  La grosse inquiétude, c’est plutôt 2024. Au niveau national, les perspectives, c’est une perte de 100 000 emplois d’ici deux ans. Il est nécessaire de mettre tous les acteurs de la filière autour de la table », conclut le président de la Fédération française du bâtiment de Maine-et-Loire.