Claire Morvan : « Il y a un recul de la compréhension des enjeux climatiques et de la gravité de la crise »
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Claire Morvan : « Il y a un recul de la compréhension des enjeux climatiques et de la gravité de la crise »

Consultante indépendante de la transition écologique auprès d’acteurs privés et publics, Claire Morvan est présidente de l’association « Climat Médias » qui veille à ce que les médias s’emparent davantage de la crise climatique. Entretien.

Claire Morvan est présidente de l’association Climat Médias – © Angers.Villactu.fr

Comment est née l’association « Climat Médias » ?

Claire Morvan : « L’association a vu le jour en septembre 2022. Au début, nous étions plusieurs à suivre la loi « Climat et Résilience » qui était alors en discussion et à échanger sur des boucles WhatsApp. Certains trouvaient que les médias ne parlaient pas suffisamment de climat. On a commencé à regarder les journaux télévisés afin de savoir si ce ressenti était exact. Nous avons été très choqués de ce que nous avons vu et entendu, car on s’est rendu compte que les médias ne parlaient pas de climat et d’écologie. Nous avons mis en place l’Observatoire des JT et eu l’occasion d’échanger avec différents journalistes. De fil en aiguille, nous avons lancé l’Observatoire des médias sur l’écologie ».

La couverture des enjeux environnementaux par les journaux télévisés s’est-elle améliorée ces dernières années ?

Il y a des journalistes qui ont été formés à ces enjeux et nous avons donc quelques bons reportages. Les formats sont notamment plus longs. Nous avions beaucoup critiqué l’invisibilisation de certaines thématiques comme la biodiversité qui n’était pas du tout traitée. Aujourd’hui, on en entend davantage parler. L’enjeu d’atténuation est encore trop peu abordé selon nous. Il s’agit d’évoquer le fait que ce sont les activités humaines qui sont la cause du dérèglement climatique, de l’érosion de la biodiversité et de la crise des ressources. Il y a une crainte des JT de faire culpabiliser les gens. Pourtant, on se rend compte que de nombreuses personnes ont dû mal à prendre la mesure du lien de causalité entre nos modes de vie et la crise climatique. Les sujets de sobriété sont aussi trop peu abordés aujourd’hui. Ce qui a changé récemment, c’est que les sujets liés à l’écologie sont passés davantage dans les matinales et dans les JT du midi, mais ils ont déserté les JT du soir. Il n’y a pas d’augmentation de la quantité des sujets liés aux enjeux environnementaux, surtout une répartition différente.

Pourquoi s’intéresser particulièrement aux journaux télévisés ?

Il faut savoir que les JT rassemblent au moins 12 millions de téléspectateurs tous les jours. C’est aussi le média considéré comme le plus fiable aux yeux des Français selon une étude de l’Arcom. Ils touchent encore plusieurs générations, même si la moyenne d’âge est autour de 60 ans. On s’est dit que c’était intéressant d’étudier particulièrement les JT, car les faire évoluer, c’est potentiellement faire évoluer les comportements de 12 millions de citoyens.

En janvier dernier, vous avez publié une étude en lien avec la Fondation Descartes sur la manière dont les Français perçoivent le changement climatique et évaluent son traitement médiatique. Que faut-il en retenir ?

Nous avons comparé avec les données d’une première étude réalisée en 2022. Nous constatons qu’il y a un recul de la compréhension des enjeux climatiques et de la gravité de la crise. Contrairement à 2022, les Français ont le sentiment d’être suffisamment informés sur ce sujet. Il y a également une confiance envers les médias qui s’exprime. L’étude montre que, d’une certaine façon, les personnes qui se sentent suffisamment informées sont aussi les personnes qui comprennent le moins la crise écologique. Les rédactions doivent se baser sur des experts pour augmenter le niveau d’exigence. Les personnes réclament surtout des sujets sur les solutions.

Les résultats vous ont-ils surpris ?

Ce recul de compréhension m’a fait très peur. C’est un paradoxe que nous n’arrivons pas à expliquer. C’est difficile pour un citoyen d’avouer qu’il a une part de responsabilité dans la crise climatique. Par ailleurs, les Français reprochent aux médias un manque de rigueur, de pédagogie et de solutions. Cela nous a surpris positivement.

Avec l’Observatoire des médias sur l’écologie, vous vous intéressez cette fois à la presse écrite. Fait-elle mieux que les journaux télévisés ?

La presse écrite couvre légèrement plus les enjeux écologiques. C’est surtout beaucoup plus stable. La presse audiovisuelle est particulièrement soumise à l’actualité chaude. Il y a des pics, notamment lors des canicules. La presse écrite est moins poreuse à l’actualité chaude. Par ailleurs, elle aborde plus les sujets de solutions face à la crise climatique. Étonnamment, dans la presse écrite, ce sont les médias économiques qui parlent le plus d’écologie. À contrario, la presse régionale est à la traîne.

La désinformation prend-t-elle de plus en plus de place ?

Dans les JT, ce sont souvent davantage des cas de mésinformation climatique. On part du principe qu’il n’y a pas d’intention de désinformer de la part du média. Parfois, ce sont des erreurs de langage. Dans certains médias, il y a des cas de mésinformation très récurrents. On remarque que Sud Radio, Europe 1, CNews et RMC sont les médias avec le plus de cas de désinformation. Les sujets autour de l’énergie et de la mobilité sont les plus concernés.

Propos recueillis par Sylvain Réault.

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