En 2018, le programme Atypie-Friendly est né à Toulouse avec la volonté de rendre l’enseignement supérieur plus inclusif pour les personnes présentant des troubles du neurodéveloppement. L’Université d’Angers a rejoint le programme il y a trois ans pour mieux accompagner ses étudiants.

L’Université d’Angers a intégré le programme en 2023 – © Angers.Villactu.fr
À 27 ans, Salomé est en master 2 psychologie de l’éducation et de la formation à l’Université d’Angers. Comme une personne sur six, elle souffre d’un trouble du neurodéveloppement qui inclut l’autisme, les troubles Dys et le trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Selon le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, les étudiants en situation de handicap représentent un peu plus de 2 % des étudiants.
Dans le cas de Salomé, il s’agit d’un trouble du spectre autistique, avec TDAH. « L’organisation demande un effort constant avec le TDAH. Socialement, avec l’autisme, c’est difficile. Cela entraîne également un déficit de l’attention, une hypersensibilité auditive et visuelle. Forcément, il y a beaucoup de fatigue », explique la jeune femme.
« Adapter l’université aux étudiants »
C’est pour mieux accompagner les étudiants comme Salomé que l’Université d’Angers a rejoint en mars 2023 le programme Atypie-Friendly, déployé aujourd’hui dans la moitié des universités françaises.
« Une équipe composée de trois référents relie différents services de l’université. Elle accompagne au quotidien les étudiants, mais forme également le personnel et les enseignants grâce à des outils mis à disposition par le programme. L’objectif est d’adapter l’université aux étudiants et non l’inverse », indique Catherine Passirani, vice-présidente en charge de l’égalité.
Cette adaptation se traduit, dans le cas de Salomé, par la possibilité de réaliser une année d’étude en deux ans, limitant ainsi la charge de travail.
Des outils en ligne
Conférences, ateliers ou encore temps d’échanges… les outils en ligne sont nombreux afin de former à la neurodiversité les enseignants et le personnel. « Cela permet également de déconstruire les idées reçues qui sont encore nombreuses », ajoute la vice-présidente en charge de l’égalité. Au fil du temps, Salomé constate les évolutions : « Le personnel est mieux formé. C’est très important. Les problématiques ne sont pas toujours comprises et cela peut être très anxiogène. »
Les étudiants touchés par ces troubles peuvent de leur côté bénéficier de temps de parole en ligne et de contenu spécifique. « Une mini-série sur l’autisme à l’université m’avait permis d’identifier des problématiques que je rencontrais, mais dont je n’avais pas forcément conscience », poursuit Salomé.
En parallèle, l’Université d’Angers a la volonté de mettre en place des refuges sensoriels. Un premier est en cours d’installation au sein de la bibliothèque universitaire Saint-Serge qui vient de bénéficier de travaux de rénovation. « Cela peut permettre de faire une pause entre deux cours », souligne Catherine Passirani.

Un premier refuge sensoriel est accessible au sein de la bibliothèque universitaire Saint-Serge – © Angers.Villactu.fr
Accompagner les étudiants à la sortie de leur cursus
Parmi l’équipe de l’Université d’Angers rattachée au programme Atypie-Friendly, certains se rendent dans les lycées en amont des journées portes ouvertes et travaillent à la mise en place d’aménagements adaptés. « C’est très rassurant, à la fois pour l’étudiant, mais aussi pour les parents », avance Virginie Grimault, responsable du pôle insertion professionnelle au SUIO-IP et ambassadrice Atypie-Friendly à l’Université d’Angers.

Virginie Grimault, responsable du pôle insertion professionnelle au SUIO-IP et ambassadrice Atypie-Friendly et Catherine Passirani, vice-présidente en charge de l’égalité à l’Université d’Angers – © Angers.Villactu.fr
Les étudiants concernés par des troubles du neurodéveloppement peuvent aussi être accompagnés dans la recherche d’un emploi ou d’un stage. « L’objectif est d’aider les étudiants à parler de leur handicap et à le valoriser auprès des entreprises. Nous les accompagnons sur la réalisation du CV, de la lettre de motivation et à préparer les entretiens. Nous prenons contact avec les entreprises pour les aider à mieux accueillir nos étudiants », détaille Virginie Grimault.
Si les avancées sont nombreuses, des évolutions sont encore possibles pour mieux intégrer les étudiants en situation de handicap au sein des universités. « Les supports de cours pourraient être plus accessibles. À titre personnel, j’aurai parfois besoin d’avoir des cours écrits, car je n’arrive pas toujours à suivre. L’accessibilité des bâtiments est aussi un sujet à améliorer », conclut Salomé qui espère devenir psychologue au sein d’un institut médicoéducatif (IME).
Pour ces trois premières années au sein du programme Atypie-Friendly, l’Université d’Angers a perçu une aide de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) à hauteur de 21 000 euros. Lorsque le programme sera officiellement pérennisé, l’université angevine pourra prétendre à de nouvelles aides pour les années à venir.
Par Sylvain Réault.
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