Un mois après le début des inondations qui ont touché la ville, si certains commerçants ont pu rouvrir leurs portes, d’autres devront faire preuve de patience avant de retrouver leurs clients.

Yohan Chiron, avec Victoria et Manon deux employées du P’tit Daz – © Angers.Villactu.fr
Le soleil de ces derniers jours et les températures printanières feraient presque oublier qu’il y a tout juste un mois, une partie de la ville était sous l’eau. Le bas du centre-ville et le quartier de la Doutre n’ont pas été épargnés par la plus importante crue que les Angevins aient connu après celle de 1995.
« Les derniers clients avaient les pieds dans l’eau en sortant »
Au P’tit Daz, restaurant situé place Molière, Yohan Chiron, qui a ouvert cet établissement en 2024, se souviendra longtemps du mercredi 18 février. « À la fin du service du soir, il y avait une petite flaque d’eau dans la réserve. Les derniers clients avaient les pieds dans l’eau en sortant », se remémore celui qui est aussi à la tête de Dazuma, également impacté par la crue.
Face aux prévisions, le restaurateur et son équipe avaient acheté plusieurs dizaines de parpaings afin de surélever un maximum d’éléments, notamment dans la cuisine.
« Les salariés se sont mobilisés toute la nuit pour sauver les établissements, explique Yohan Chiron qui emploie 32 salariés répartis dans les deux restaurants. Ils étaient présents tous les jours jusqu’à la décrue. Sans eux, nous aurions perdu beaucoup plus ».
Jusqu’à 50 centimètres d’eau
La solidarité entre commerçants aura permis de sauver certaines denrées périssables réparties chez deux glaciers, Amorino et La Glacerie d’Anjou. Les produits frais, stockés chez les voisins du Donald’s pub, ne pouvaient plus être conservés lorsque les coupures de courant ont commencé à toucher le bas de la ville. L’équipe du P’tit Daz a alors décidé d’organiser, dans la rue, une distribution gratuite des produits. « C’était l’un des meilleurs moments de ces trois semaines de crues. C’était une parenthèse dans toute cette galère. Les gens nous encourageaient. On a senti un vrai soutien », confie Yohan Chiron.
Dans la nuit du 21 au 22 février, la Maine atteignait son pic, avec 6,39 mètres. Dans le restaurant, entre 30 à 50 centimètres d’eau ont été mesurés.

L’eau a envahi la cuisine du P’tit Daz – © DR
Quelques jours plus tard, en seulement 24 heures, l’eau s’est retirée du restaurant. « Nous avons eu peur de tout perdre. Finalement, nous avons réussi à sauver tous les meubles. Il y a uniquement les portes et les murs qui ont été abîmés », se réjouit le gérant.
« Il faut garder cette crue à l’esprit »
Avec son équipe, ils ont lavé, désinfecté, réparé les murs abîmés et remis le mobilier en place afin de rouvrir le plus rapidement possible. La réouverture a eu lieu, non sans émotion, le 10 mars au soir. Le restaurateur attend désormais que les assurances prennent le relai après avoir avancé l’ensemble des frais pour la remise en état du restaurant.
Yohan Chiron veut se servir de cette expérience pour la suite : « Il faut garder cette crue à l’esprit. Cela peut se reproduire. Nous pensons faire évoluer certaines choses, comme la matière du mobilier et ses fixations ou encore la mobilité de l’électroménager. »
Une nouvelle épreuve pour le restaurant Belle Rive
De l’autre côté de la Maine, promenade de Reculée, les travaux vont bon train dans le restaurant gastronomique Belle Rive. Lorsque Émilie et Laurent Surut, à la tête de cet établissement depuis 2012, ont rouvert en août 2024, deux ans après un violent incendie accidentel, ils ne pensaient pas devoir repasser si rapidement par la case travaux. Le 19 février dernier, face à la montée de la Maine, ils ont décidé de déplacer une grande partie du mobilier à l’étage après le service du midi. L’eau a fait son arrivée dans le restaurant par la terrasse située à l’arrière du bâtiment dans la soirée.
Si le restaurant se trouve pourtant en bord de Maine, le couple n’avait jamais vu la rivière atteindre l’établissement. Cette fois, ils ont mesuré une dizaine de centimètres d’eau au premier niveau.

La Maine a envahi la salle du premier niveau – © DR
Les sols et les murs ont été endommagés, ainsi que le comptoir. Des déshumidificateurs ont été installés, et grâce au passage rapide d’un expert, les travaux ont démarré sans tarder.
« Nous avons été un peu replongé en 2022. On s’est senti désarmés. C’est un coup dur, mais nous ne sommes pas du genre à nous laisser abattre. Après les deux années de fermeture, ce n’est, cette fois, que quelques semaines », raconte Émilie Surut.

Émilie Surut a hâte de retrouver sa clientèle – © Angers.Villactu.fr
Une réouverture espérée le 31 mars
Lors de la reconstruction de l’établissement après l’incendie, pour faciliter le nettoyage de la cuisine, le couple de restaurateurs avait eu l’idée de surélever les différents éléments. Ce nouvel aménagement leur aura permis de sauver leurs outils de travail.
Le couple espère désormais rouvrir le mardi 31 mars, lorsque la moquette pourra être posée et le mobilier remis en place. Émilie et Laurent Surut espèrent que les clients répondront présents : « Nous avons réussi à créer un lien avec notre clientèle. Certains sont devenus des amis. Depuis la fermeture, nous avons reçu de très nombreux messages de soutien. »
« Un véritable choc »
À deux kilomètres de là, le concept store Parenthèse intérieur, situé boulevard Henri-Arnauld, dans le quartier de la Doutre, a été durement touché par la crue. Manon Laclau et Charlotte Bouvier, décoratrices d’intérieur et gérantes de la boutique, avaient pourtant pris leurs précautions en surélevant les meubles, en déplaçant certaines pièces chez un voisin et en protégeant au mieux les entrées. « L’eau est arrivée par l’arrière de la boutique le vendredi 20 février. Le lendemain, il y avait jusqu’à 15 centimètres dans tout le magasin. C’était lunaire, un véritable choc », se souvient Manon Laclau qui a ouvert ce concept store en octobre 2023 avec son associée.

Charlotte Bouvier, Manon Laclau et leur employée Océane espèrent que les clients retrouveront le chemin de la boutique – © Angers.Villactu.fr
Encore de nombreuses semaines de fermeture
Sol et plinthes abîmés, murs remplis d’eau, vêtements et mobiliers parfois moisis, le bilan est lourd pour les deux commerçantes. En attendant le début des travaux et la réouverture de la boutique, espérée au mois de juin, Charlotte Bouvier et Manon Laclau continuent leur activité de décoratrice d’intérieur et s’occupent d’une seconde boutique située à Brissac.
« C’est difficile sur le plan humain. Nous devions passer en CDI une salariée qui était en CDD. Finalement ce ne sera pas possible », regrettent-elles, estimant le coût des travaux et la perte des marchandises à plus de 80 000 euros.

Jusqu’à 15 centimètres d’eau ont été mesurés dans la boutique – © DR
Pour rebondir, un site de vente en ligne est en cours de création. « On espère que les clients seront au rendez-vous, qu’ils ne vont pas nous oublier après cette longue période de fermeture », avancent Manon et Charlotte qui reçoivent également de nombreux messages de soutien, notamment sur les réseaux sociaux.
Par Sylvain Réault.
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