Face aux géants de la vente en ligne, les magasins de musique angevins tentent de suivre la cadence
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Face aux géants de la vente en ligne, les magasins de musique angevins tentent de suivre la cadence

En 2009, le centre-ville d’Angers comptait neuf magasins d’instruments de musique généralistes. Aujourd’hui, une seule enseigne subsiste et tente de survivre, malgré la concurrence des sites de vente en ligne qui étouffent les petites enseignes avec des prix toujours plus bas.

Les magasins de musique sont en souffrance – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr

Après la fermeture de « Polyphonic » en 2024 et du magasin « Grolleau » en 2025, Imbach Musique est la dernière boutique de musique généraliste dans le centre-ville d’Angers. « Les petits magasins sont en train de disparaître à cause des plateformes en ligne comme les géants Thomann ou Amazon. Ces derniers peuvent se permettre de proposer leurs articles à des prix bien moins élevés que dans les boutiques physiques, car ils n’ont pas de locaux à gérer, d’expertise à apporter aux clients et ne réalisent pas de prestations sur place. Il est difficile de rivaliser. En France, deux magasins de musique ferment en moyenne tous les mois », estime Anny Rees, gérante de Imbach Musique.

« J’ai peur qu’un jour, il n’y ait plus de magasins de musique généralistes à Angers »

Le secteur des instruments de musique est en crise. « 33,1 % des professionnels du milieu, comprenant artisans, commerçants et fabricants, ont indiqué que leur chiffre d’affaires avait baissé entre 2024 et 2025. Les commerces sont les acteurs les plus sévèrement touchés, avec une nette majorité de baisses enregistrées, dont la plupart sont considérées comme fortes », pointe une enquête menée par la Chambre syndicale de la facture instrumentale (CSFI) publiée en mars 2026.

En plus de la concurrence des plateformes numériques, la gérante d’Imbach Musique dénonce également le rôle de la désertification du centre-ville d’Angers et de l’inflation dans le dépérissement des commerces musicaux. « Je ne suis pas la seule concernée, les commerces en centre-ville de manière générale ont du mal à tenir. Il y a moins de passage et les clients regardent davantage combien coûtent les produits. Pour acheter des instruments, beaucoup de personnes comparent les prix en boutique avec ceux pratiqués sur Internet. Souvent, dans ces cas-là, les plateformes en ligne sont privilégiées », constate Anny Rees.

Anny Rees est à la tête de la boutique Imbach Musique- © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr

Le centre-ville entraîne également des contraintes logistiques pour l’achat d’instruments de grande taille. « Avec la piétonisation qui progresse, il est plus difficile de vendre des articles volumineux en ville. Les personnes ne peuvent pas transporter sur elles des instruments trop encombrants, à moins qu’un parking ne soit accessible à proximité », explique Natacha El Minaoui, directrice du magasin d’instruments généraliste Sonatek, à Saint-Barthélemy d’Anjou. La réduction de l’accès aux voitures dans les villes pourrait avoir tendance à pousser les clients vers l’achat en ligne sur les sites internet des boutiques assurant un service de livraison, mais aussi sur les plateformes numériques comme Thomann ou Amazon.

Malgré les difficultés, la dernière enseigne généraliste d’instruments du centre-ville d’Angers reste debout, mais s’inquiète pour l’avenir. « Beaucoup d’anciens clients des boutiques de musique d’Angers qui ont fermé viennent désormais à Imbach Musique. La situation est difficile, mais le magasin parvient encore à tenir. Ce qui m’inquiète le plus, c’est ce qui se passera quand je vais arrêter. J’ai peur qu’un jour, il n’y ait plus de magasins de musique généralistes à Angers. Donc, je me suis laissé jusqu’à 2030 pour trouver un repreneur. Au-delà, l’enseigne devra malheureusement fermer », admet la propriétaire de l’établissement.

Les enseignes tentent de se spécialiser

Un même constat semble être partagé par l’ensemble des professionnels du secteur angevin, celui de vouloir se différencier des plateformes en ligne par leur expertise vis-à-vis des articles et leur capacité à orienter et guider les actuels ou futurs musiciens dans le choix de leur instrument. « L’entreprise allemande Thomann, à elle seule, vaut plus que tout le marché français des instruments de musique. En termes de quantité d’offres et de prix, nous ne pouvons pas rivaliser. Pour survivre, il faut que nous apportions aux clients ce qu’elle ne peut pas leur offrir, à savoir l’humain. Les magasins de musique perdurent grâce au conseil et à l’expertise », avance Samuel Tassin, cogérant de l’Atelier Zéphyr à Angers, établissement spécialisé dans la vente et la réparation d’instruments à vent.

Samuel Tassin est cogérant de l’Atelier Zéphyr – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr

Si privilégier l’humain est une solution envisagée par les établissements pour faire face aux boutiques en ligne, les commerces cherchent aussi à pratiquer le métier différemment et à se spécialiser. Quand Imbach Musique propose, en plus de la vente d’articles musicaux, un espace dédié à la lutherie et à la réparation, l’Atelier Zéphyr se spécialise dans la remise à neuf et la vente spécifiquement d’instruments à vent. Sonatek est généraliste, mais une partie de son offre est tournée vers le matériel audiovisuel et scénique.

« Les magasins d’instruments sont importants pour faire vivre la musique à l’échelle locale »

Du fait de son excentrement par rapport au centre-ville d’Angers, l’enseigne Sonatek, basée à Saint-Barthélemy d’Anjou, est moins contrainte par l’espace et s’étend sur plus de 3 000 m². L’entreprise parvient à se développer malgré le contexte difficile, mais reste néanmoins pessimiste sur l’avenir du secteur.

« Nous ne sommes pas optimistes par rapport à la survie des petites structures, car la vente d’instruments est un milieu compliqué. Il faut avoir beaucoup de stock, car le ratio entre la quantité de produits et les marges est relativement faible. Si l’on n’a que deux pianos et trois guitares à vendre, cela ne va pas fonctionner. Nous avons une quantité importante de stock à Sonatek, c’est ce qui nous permet de perdurer. Notre taille est un atout. Pour les magasins plus modestes de centre-ville, les conditions deviennent de plus en plus difficiles. On le remarque avec le nombre croissant de boutiques qui ferment », dépeint Thomas Forget, responsable du rayon musique chez Sonatek.

Selon un article de Libération qui expose une estimation de l’entreprise de vente d’instruments de musique Woodbrass, le nombre de magasins d’instruments aurait été divisé par deux depuis 2013, passant d’environ 1 300 à moins de la moitié aujourd’hui.

Thomas Forget, responsable du rayon musique et Natacha El Minaoui, directrice de Sonatek – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr

Les professionnels du milieu musical s’inquiètent de la disparition des enseignes à Angers et de ses conséquences sur la vie culturelle de la ville. « En tant qu’école de musique, nous fonctionnons en synergie avec les magasins de musique. Grâce à eux, nous avons pu soutenir des festivals comme Bass’in Vallées à Cantenay-Épinard qui a lieu chaque année depuis 2022 et un tremplin pour de jeunes artistes organisé par l’école Studio M à Angers en 2024. Les magasins d’instruments sont importants pour faire vivre la musique à l’échelle locale, c’est pourquoi nous en parlons à nos élèves. Nous essayons de les orienter vers les boutiques physiques plutôt que sur les sites de vente en ligne quand ils souhaitent acheter des instruments », indique Grégory Buon, président de l’école de musique La Fabrique Musicale Angevine.

Grégory Buon est directeur de La Fabrique Musicale Angevine – © Sacha Le Bras – Angers.Villactu.fr

Pour continuer, les magasins d’instruments de musique angevins, bien qu’en difficulté, partagent donc la même idée. Ils doivent s’adapter en se spécialisant, tout en diversifiant leurs activités. C’est le cas de Sonatek, qui a notamment assuré le montage du système sonore de la nouvelle mosquée de l’association des Musulmans d’Angers, le 15 juillet dernier.

Par Sacha Le Bras.

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