Qu’est-ce que le « jumeau numérique », cet outil clé face aux inondations ?
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Qu’est-ce que le « jumeau numérique », cet outil clé face aux inondations ?

Alors que le Maine-et-Loire est en proie aux inondations, Angers Loire Métropole utilise un outil numérique pour anticiper l’évolution des crues. Grâce à une modélisation de l’ensemble du territoire, les élus et les services peuvent simuler l’impact de la montée des eaux et adapter leurs décisions en temps réel.

De gauche à droite : Arnaud Guillerez, directeur du territoire intelligent ; Jérôme Guiho, directeur général adjoint en charge de la transition numérique ; Guillaume Cesbron, responsable du centre hypervision. – © Angers.Villactu.fr

Routes coupées, bâtiments menacés, ponts sous surveillance : le « jumeau numérique » d’Angers Loire Métropole (ALM) est devenu un outil central dans la gestion des crues qui touchent actuellement le territoire.

Créé en 2021 dans le cadre du programme « territoire intelligent », ce dispositif modélise en 3D l’ensemble des 29 communes de l’agglomération. « Le jumeau numérique est une réplique virtuelle et dynamique de notre territoire, résume Arnaud Guillerez, directeur du territoire intelligent d’Angers Loire Métropole. C’est à la fois un architecte invisible du territoire de demain et un bouclier pour ses habitants ».

Un outil né du « territoire intelligent »

Le jumeau numérique s’inscrit dans un projet plus vaste, porté par les 29 communes de l’agglomération. « Le territoire intelligent consiste à mettre l’innovation au cœur de notre action publique, explique Jérôme Guiho, directeur général adjoint en charge de la transition numérique au sein d’ALM. Nous avons développé deux outils principaux : l’hyperviseur et le jumeau numérique. Le premier centralise les données, le second permet de les projeter dans l’espace et dans le temps ».

Concrètement, la plateforme intègre des données topographiques, la géométrie des sols, l’imperméabilisation des surfaces, ainsi que les informations transmises par les stations de mesure et les prévisions de Vigicrues. Elle conserve également la mémoire des crues passées, dont celle de janvier 1995, lorsque la Maine avait atteint la cote de 6,66 m.

« On peut rejouer la crue de 1995 et en mesurer immédiatement les impacts sur les bâtiments et les voiries, souligne Arnaud Guillerez. Cela nous permet de tirer des enseignements en matière d’urbanisme, d’aménagement et de gestion de crise. »

L’outil modélise les communes d’ALM en 3D afin d’anticiper les aléas du territoire. – © Angers.Villactu.fr

Anticiper pour décider

En période de crue, l’outil devient un instrument opérationnel. Chaque matin, les données actualisées sont intégrées au modèle : « Le jumeau numérique nous permet d’avoir toujours un coup d’avance sur la crue, affirme Guillaume Cesbron, responsable du centre hypervision. En faisant varier les niveaux d’eau selon les prévisions, nous visualisons immédiatement les bâtiments impactés, les routes impraticables et les ponts à surveiller. »

À l’écran, des pictogrammes signalent les sites sensibles : écoles, établissements de soins, campings, aires d’accueil. « Dès qu’on zoome, on peut voir quelle maison sera touchée en premier et à quelle hauteur. Le niveau de détail est très fin », précise Guillaume Cesbron.

Cette précision permet d’ajuster les décisions : « L’enjeu est d’anticiper à 24 heures, poursuit-il. Faire du préventif trop tôt ou trop tard peut être contre-productif. L’outil nous aide à planifier les fermetures de voiries, les déviations ou les évacuations de manière graduée. »

Les cellules de crise se réunissent quotidiennement, et autant que nécessaire en fonction de l’évolution des prévisions. « Nous travaillons toujours sur la prévision centrale, mais nous intégrons aussi des hypothèses plus hautes issues des modèles historiques. Rien n’est exclu », indique Jérôme Guiho.

Des modèles partagés avec les communes

Le jumeau numérique est accessible aux communes de l’agglomération, qui peuvent demander des simulations ciblées sur un quartier ou un équipement : « Nous accompagnons les maires qui souhaitent alimenter leur plan communal de sauvegarde », précise Arnaud Guillerez.

En cas de montée des eaux, la cartographie 3D matérialise non seulement les submersions, mais aussi les infiltrations dans les points bas. Elle identifie les armoires électriques susceptibles d’être touchées et les axes stratégiques menacés : « L’objectif est de limiter au maximum les impacts, en appliquant un principe de précaution raisonné. C’est un équilibre entre anticipation et vigilance », explique Guillaume Cesbron.

Selon les responsables, les simulations correspondent étroitement à la réalité observée sur le terrain. « Les maires nous disent que la situation visualisée est conforme à ce qu’ils constatent », assurent-ils.

Les cartes peuvent être très précises selon les demandes des élus. – © Angers.Villactu.fr

Un outil évolutif

Mobilisée par une équipe de neuf agents au sein de l’hyperviseur, la plateforme fonctionne en lien étroit avec les services techniques et de voirie. À terme, le centre doit assurer une permanence 24 heures sur 24 et compter quinze agents d’ici l’été.

Au-delà des crues, le jumeau numérique est appelé à s’enrichir de nouveaux usages. Il est déjà utilisé pour simuler des projets d’aménagement, visualiser l’impact d’une nouvelle voirie ou d’un équipement public. « Nous travaillons avec des établissements d’enseignement supérieur pour développer de nouveaux cas d’usage, indique Arnaud Guillerez. L’idée est de pousser encore plus loin les simulations, éventuellement en intégrant de l’intelligence artificielle »

Face aux aléas climatiques, l’outil s’inscrit dans une stratégie de long terme : « Les élus ont pleinement conscience des risques liés au réchauffement climatique. Le jumeau numérique nous donne un levier pour agir et ne plus seulement subir », rappelle-t-il.

Par Eline Vion.

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