Pourquoi le vieillissement de la population dans l’Anjou inquiète-t-il les experts ?
Société

Pourquoi le vieillissement de la population dans l’Anjou inquiète-t-il les experts ?

Avec une population composée à 20 % de seniors, le Maine-et-Loire compte près de 168 000 habitants de plus de 65 ans. Cette proportion pourrait atteindre 25 % d’ici 2040, annonce l’Agence départementale d’information sur le logement de Maine-et-Loire (ADIL), dans un bilan qu’elle a réalisé sur la situation des personnes âgées dans le département.

Le vieillissement de la population est un enjeu majeur – © Archives Angers.Villactu.fr

Un récent rapport publié par le Département, la Direction départementale des territoires (DDT) et l’Agence départementale d’information sur le logement de Maine-et-Loire (ADIL) a dressé un état des lieux du vieillissement et des conditions de vie des seniors dans le Maine-et-Loire.

Ce dernier alerte sur l’accentuation des vulnérabilités sociales, financières et résidentielles auxquelles sont confrontées les personnes âgées, ainsi que sur l’enjeu de préparer le territoire pour les dix prochaines années, afin de faire face à l’accélération du vieillissement de la population et à la progression de la dépendance.

Des seniors de plus en plus isolés

« La proportion de seniors vivant seuls a augmenté de deux points en près de dix ans, représentant 13 000 personnes supplémentaires », rapporte l’étude. Une évolution qui engendre plusieurs conséquences, notamment le besoin croissant de logements de plus petite taille et la précarisation financière due à la perte d’un conjoint. « Cette situation s’explique notamment par le veuvage, qui réduit les ressources du ménage, et par la surreprésentation des femmes parmi les plus âgées. Elles sont souvent dotées de pensions plus faibles en raison de carrières plus courtes ou moins rémunératrices », explique l’étude.

L’enjeu de la dépendance des personnes âgées vivant seules est également évoqué par le rapport. En l’absence de conjoint ou de conjointe, les seniors reportent la gestion de leur autonomie vers les proches aidants, les milieux associatifs et les pouvoirs publics.

En parallèle, un désir croissant de rester vivre à son domicile, plutôt que dans un établissement spécialisé, est observé dans le rapport : « 92 % des personnes de plus de 65 ans souhaitent que les politiques publiques privilégient le maintien à domicile des personnes en perte d’autonomie, plutôt que leur entrée dans un établissement médicalisé (EHPAD). »

Dans un même temps, en Maine-et-Loire, 75 % des plus de 85 ans vivent dans des logements dits « ordinaires », qui correspondent aux maisons, aux appartements ou encore aux résidences collectives qui assurent que chaque ménage possède son propre logement séparé. Ce chiffre a augmenté de quatre points par rapport à 2010, mais reste inférieur à la moyenne nationale de 81 %. Cela peut s’expliquer en partie par la densité plus élevée du nombre d’EHPAD que possède le département.

Adapter le territoire pour faire face au vieillissement

« Chaque année, un tiers des seniors est concerné par une chute », expose le rapport. Avec l’envie croissante pour les personnes âgées de rester vivre à leur domicile, une adaptation de leurs habitations est nécessaire pour contribuer à leur qualité de vie et à leur sécurité en cas de perte d’autonomie.

Escaliers, salles de bains mal agencées, absence de barres d’appui et abords de logements inaccessibles, l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) souligne que seulement 6 % du parc de logements est adapté aux personnes âgées, en situation de handicap ou de perte d’autonomie en France.

Pour engager des travaux, l’ANAH propose le dispositif « MaPrimeAdapt », qui est la principale aide de l’État visant à soutenir les personnes en perte d’autonomie. Il comprend notamment un élargissement des critères d’éligibilité à certaines aides, un rehaussement du plafond fixé pour la réalisation de travaux, ainsi que l’extension du taux de prise en charge et des travaux éligibles. En fonction des revenus des personnes, le dispositif peut financer de 50 % à 70 % du coût des travaux d’adaptation. Dans le Maine-et-Loire, 2 482 ménages ont bénéficié de cette aide entre 2020 et 2024.
Bien que la part de seniors souhaitant rester dans leur logement augmente, le nombre d’EHPAD dans le département est au-dessus de la moyenne nationale, avec 135 établissements et plus de 10 000 places en hébergement permanent. Cependant, le vieillissement de la population en Anjou risque de remettre en cause cet avantage. « Si, dans les années à venir, le nombre de places en EHPAD ne progressait pas et compte tenu du vieillissement de la population, le taux d’équipement en hébergement médicalisé chuterait alors à 9,7 % en 2030, puis à 7,1 % en 2050 », projette l’étude.

Dans l’objectif de sortir du clivage qui oppose domicile et EHPAD, le rapport met également en lumière de nouvelles formes de logements pour les seniors appelées « habitats intermédiaires ». C’est le cas des résidences autonomie, qui proposent un hébergement aux personnes âgées autonomes à des loyers modérés, des familles d’accueil qui reçoivent les plus de 60 ans, ou encore des habitats partagés et des résidences spécialisées dans la cohabitation intergénérationnelle.

Par Sacha Le Bras.

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