À Angers, les avocats seront en grève ce jeudi 2 avril pour dénoncer une réforme de la justice criminelle qu’ils jugent préoccupante.

Les avocats du Barreau d’Angers se mobilisent ce jeudi 2 avril. – © Adobe Stock
Le Barreau d’Angers appelle à une journée de grève générale, ce jeudi 2 avril, pour dénoncer un projet de réforme de la justice pénale jugé « préoccupant ». Dans un communiqué, les avocats angevins expriment une opposition ferme au projet de loi relatif à la justice criminelle et au respect des victimes, issu du dispositif dit « SURE ».
Une mobilisation contre une réforme jugée « attentatoire »
Selon le Conseil de l’Ordre, à l’origine d’une motion adoptée récemment, ce texte « remet en cause les fondements mêmes du procès criminel », notamment en introduisant une procédure de jugement des crimes reconnus qui s’apparenterait à un plaider-coupable en matière criminelle. Une évolution que les avocats perçoivent comme « une rupture majeure dans l’équilibre de la justice pénale ».
Le Barreau d’Angers estime que ce mécanisme « supprime le débat public devant la Cour d’assises, écarte le jury populaire et substitue à un procès contradictoire une justice négociée, expéditive et dangereuse pour les droits de la défense ». Dans cette logique, la motion souligne également les risques de pression exercée sur les personnes poursuivies.
« La promesse d’une peine plafonnée, associée à la détention provisoire ou à la menace d’une sanction plus lourde, rend illusoire la liberté de consentement et compromet gravement les exigences du procès équitable », alertent les avocats.
Les victimes, elles aussi, seraient fragilisées par cette réforme selon le Barreau. Le communiqué indique qu’elles seraient « privées d’un véritable espace d’expression et d’une audience publique », leur rôle étant « réduit à une formalité, sans le temps suffisant pour s’opposer à la procédure », ce qui serait contraire « à la dignité de leur participation à la justice ».
Au-delà du fond, les avocats dénoncent également la méthode employée par le ministère de la Justice : « Alors qu’une concertation avait été annoncée pour le début de l’année 2026, aucune consultation préalable n’a été organisée », souligne le Barreau d’Angers, qui évoque une présentation du projet en urgence devant le Parlement, « sans consultation de la profession, de la Conférence des Bâtonniers, ni du Conseil national des barreaux ». Pour eux, cette absence de dialogue est interprétée comme « une mise à l’écart délibérée » traduisant « un profond mépris pour le rôle institutionnel des avocats dans la garantie des libertés et de l’État de droit ».
En réaction, une mobilisation générale est annoncée dès ce jeudi 2 avril où « toutes les audiences, civiles comme pénales, feront l’objet de demandes systématiques de renvoi, à l’exception des dossiers strictement exclus par l’Ordre ». Le mouvement pourrait être reconduit si aucune concertation n’est ouverte avec la Chancellerie.
Un rassemblement est également prévu à 16 h 30, sur les marches du Palais de justice d’Angers. Les avocats s’y réuniront en robe pour une prise de parole publique. Le Barreau entend ainsi « symboliser la détermination » de la profession « à défendre une justice humaine, contradictoire, accessible et respectueuse des droits fondamentaux ».
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