Âgée de 26 ans, la neuropsychologue Coline Chartier consacre sa thèse à la maladie de Huntington au sein de l’Université d’Angers où elle développe une application numérique associant stimulation cognitive et activité physique pour accompagner les patients.

Chercheuse au sein de l’Université d’Angers, Coline Chartier développe une application numérique de stimulation pour les patients touchés par la maladie de Huntington. – © Angers.Villactu.fr
À l’Université d’Angers, la neuropsychologue Coline Chartier consacre ses travaux de thèse à une maladie neurodégénérative encore peu connue du grand public : la maladie de Huntington. À 26 ans, la chercheuse, rattachée au Laboratoire de Psychologie des Pays de la Loire (LPPL), développe notamment une application numérique visant à stimuler les capacités cognitives et physiques des patients.
La maladie de Huntington est une affection génétique rare qui entraîne une dégénérescence progressive de certaines régions du cerveau : « C’est une maladie génétique qui est présente dès la naissance, mais dont les symptômes apparaissent généralement entre 45 et 55 ans », explique Coline Chartier.
Cette pathologie se caractérise par une perte progressive de neurones dans une structure cérébrale impliquée dans le contrôle des mouvements. « Les symptômes sont à la fois moteurs, cognitifs et comportementaux », précise la chercheuse. Les patients peuvent présenter des mouvements involontaires, des troubles de l’équilibre, mais aussi des difficultés de mémoire ou d’organisation. Des troubles du comportement peuvent également apparaître, comme une irritabilité ou une perte de motivation.
En France, plusieurs milliers de personnes vivent avec cette pathologie pour laquelle il n’existe pas de traitement curatif : « On traite les symptômes avec des médicaments ou avec d’autres approches, notamment l’entraînement cognitif et physique », souligne Coline Chartier.
Une application pour stimuler les patients
Dans le cadre de sa thèse menée à l’Université d’Angers, la chercheuse développe une application numérique associant activité physique et stimulation cognitive. L’objectif est de proposer aux patients des exercices destinés à entretenir certaines fonctions cérébrales.
« Le projet avait pour volonté d’associer l’activité physique, la rééducation cognitive et l’ingénierie numérique », explique-t-elle. L’application propose différents exercices sous forme de jeux, combinant mouvements et réflexion.
Certains exercices demandent par exemple de trier des mots selon leur catégorie tout en réalisant des déplacements : « Si ce sont des animaux, on fait un pas chassé à droite. Si ce sont des fruits ou des légumes, on fait un pas chassé à gauche », détaille la doctorante.
Conçue pour être utilisée à domicile, l’application doit permettre aux patients de réaliser les exercices de manière autonome après une première séance d’accompagnement. « L’idée est que l’outil soit suffisamment intuitif pour que les personnes puissent faire les exercices chez elles », indique Coline Chartier.
Cette approche présente plusieurs avantages. Elle peut être proposée relativement tôt dans l’évolution de la maladie et être pratiquée plus régulièrement qu’une prise en charge classique : « Elle est présentée sous forme ludique, avec un environnement virtuel et des retours sur les performances, ce qui peut jouer sur la motivation », ajoute la chercheuse.
Une expérimentation en cours
Le dispositif est actuellement testé auprès de patients suivis au CHU d’Angers, centre de référence pour la maladie de Huntington. Les participants utilisent l’application pendant trois mois, à raison de trois séances par semaine. Des évaluations sont réalisées avant et après cette période.
« Dans une maladie où les symptômes ont tendance à s’aggraver, si on observe déjà une stabilisation, c’est un progrès », explique la doctorante.
Une dizaine de patients ont pour l’instant été inclus dans l’étude et les premiers retours sont déjà positifs : « Les patients trouvent les exercices intéressants, stimulants et motivants », rapporte Coline Chartier.
Le développement de l’outil a mobilisé plusieurs compétences, Coline Chartier ayant travaillé avec un étudiant en STAPS, ainsi qu’un ingénieur spécialisé dans le développement numérique. « Avec mon collègue STAPS, nous avons imaginé les exercices et l’ingénieur nous aidait à voir ce qui était techniquement réalisable », explique-t-elle.
La conception de l’application a nécessité plusieurs années de travail, notamment pour mettre au point un système capable de reconnaître les mouvements réalisés par les utilisateurs.
Un parcours construit au fil des opportunités
Rien ne prédestinait pourtant la jeune chercheuse à ce domaine. Elle débute ses études par une licence d’anglais avant de découvrir la neuropsychologie : « J’ai eu connaissance de la neuropsychologie pendant ma licence d’anglais, donc j’ai changé de voie pour aller en psychologie », raconte-t-elle.
Après une licence puis un master en neuropsychologie à l’Université d’Angers, elle participe à un projet de recherche consacré à la maladie de Huntington. Cette expérience la conduit à poursuivre en doctorat.
« J’avais l’idée de faire de la recherche dans un coin de ma tête, mais ce n’était pas forcément ma priorité au départ, confie-t-elle. L’opportunité s’est présentée et les choses se sont bien enchaînées. »
Commencée à la fin de l’année 2022, sa thèse entre désormais dans sa dernière phase. Depuis septembre, Coline Chartier est également attachée temporaire d’enseignement et de recherche à l’Université d’Angers, où elle assure des missions d’enseignement tout en poursuivant ses travaux scientifiques au sein du LPPL.
La soutenance est prévue d’ici la fin de l’année. Pour la suite, plusieurs possibilités s’offrent à elle : « J’ai fait cette thèse pour avoir plusieurs choix, explique la jeune chercheuse. L’idée serait de pouvoir garder une activité clinique, continuer à enseigner et participer à des projets de recherche. »
Par Eline Vion.
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