Réuni ce lundi 26 janvier 2026, le conseil municipal d’Angers a donné lieu à de vifs échanges sur la transition écologique, le budget et les investissements culturels, à l’approche des élections municipales.

La nouvelle salle du Chabada doit ouvrir en 2028 – © Hérault Arnod Architectures
Réuni lundi 26 janvier 2026, le conseil municipal d’Angers a été largement consacré au rapport annuel de développement durable et au débat d’orientation budgétaire pour l’année 2026, à l’aube des élections municipales.
Si la majorité a défendu un bilan qu’elle juge solide en matière de transition écologique et d’investissements, l’opposition a multiplié les mises en garde sur la trajectoire climatique, la sincérité budgétaire et la fragilisation des services publics.
Un bilan écologique positif, revendiqué par la majorité
Présenté comme l’un des marqueurs du mandat, le rapport de développement durable 2025 dresse un inventaire des actions engagées par la Ville. En matière de gestion de l’eau, le plan sécheresse a permis de réduire de 75 pour cent l’arrosage des espaces verts et le nettoyage des espaces publics. Côté déchets, 500 tonnes de biodéchets ont été collectées, tandis que les déchetteries ont élargi leurs filières de tri, permettant notamment la récupération de 21 tonnes d’articles de sport. La municipalité met aussi en avant le don de 337 mobiliers de bureau à des associations et l’accompagnement de 642 logements dans leur rénovation énergétique.
Le réseau de chaleur urbain poursuit son extension, avec 3 325 logements raccordés en 2025, portant à 20 800 le nombre de logements chauffés par biomasse. Les mobilités figurent également au bilan, avec l’inauguration de nouvelles véloroutes intercommunales et la montée en puissance du service d’autopartage Citiz, qui compte aujourd’hui 36 véhicules, 1 200 abonnés et 22 stations.
Sur le plan de la sensibilisation, la Maison de l’environnement a accueilli 25 000 visiteurs à travers 350 animations, tandis que 375 élèves ont participé à des projets autour de la biodiversité. Au total, 716 arbres ont été plantés dans l’espace public sur la période 2024-2025.
« Nous pouvons être fiers de ce bilan », a estimé Hélène Cruypenninck, adjointe à l’Environnement et à la Nature en ville, soulignant la mise en place d’une plateforme numérique destinée à mutualiser les ressources des acteurs de la transition écologique.
Une trajectoire climatique vivement contestée par l’opposition
La lecture de l’opposition est nettement plus sévère. Pour Yves Aurégan, élu du groupe Demain Angers, la stratégie climatique municipale ne permet pas d’atteindre les objectifs affichés. Alors que la Ville s’était engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 60 pour cent d’ici 2030, la baisse constatée n’atteint que 34 pour cent en 2024. « Pour atteindre l’objectif, il faudrait désormais réduire de plus de 8 pour cent par an, c’est totalement irréaliste », a-t-il déclaré, s’interrogeant sur « une mobilisation insuffisante des leviers ou un objectif jamais crédible ».
En réponse, le maire Christophe Béchu a mis en avant un niveau d’émissions par habitant « très inférieur à la moyenne nationale », affirmant qu’« aucune municipalité avant nous ne s’est autant engagée sur le plan écologique ».
Les débats se sont durcis lorsque Silvia Camara-Tombini, élue socialiste, a interrogé la majorité sur la végétalisation du parking du centre commercial du Chapeau-de-Gendarme et sur un fonds de concours de 70 000 euros versé à Angers Loire Métropole. « Honnêtement, il va être temps que tout cela se termine », a lancé Christophe Béchu, déclenchant une réponse tout aussi agacée de son opposante, qui a dénoncé un manque d’écoute des questions de l’opposition.
Un débat budgétaire sous tensions
Autre temps fort du conseil, le débat d’orientation budgétaire 2026 a cristallisé les désaccords. Le plan pluriannuel d’investissements 2026-2028 atteint 184,2 millions d’euros, soit 40 millions de plus que ce qui était annoncé l’an dernier. Pour Elsa Richard, conseillère d’opposition, « ce n’est pas une trajectoire maîtrisée, mais une accumulation tardive de projets mal anticipés ». Elle a également pointé une dette municipale passée de 84 millions d’euros en 2014 à plus de 172 millions en 2026 et une baisse des effectifs municipaux, avec près de 90 équivalents temps plein supprimés depuis 2018. « Moins d’agents, plus de prestataires, c’est un choix politique masqué derrière des contraintes budgétaires », a-t-elle estimé.
La majorité conteste cette analyse. Christophe Béchu rappelle que 200 agents ont été transférés à Angers Loire Métropole lors du passage de la voirie à l’échelon communautaire. « Il y a plus de fonctionnaires aujourd’hui. Nous avons une centaine d’agents de plus qu’avant », a-t-il assuré, évoquant notamment le renforcement de la police municipale.
D’autres dossiers ont suscité des réserves, notamment la convention de mécénat avec l’enseigne Cultura pour les bibliothèques scolaires, jugée insuffisamment encadrée par l’opposition, ainsi que la situation persistante de décharges sauvages sur le site de la Tournerie. « Soit on laisse faire, soit on se moque de nous », a dénoncé Anthony Guidault, évoquant des dépôts répétés de pneus, gravats et déchets divers.
La culture, rare terrain de consensus
À quelques semaines des élections municipales, la culture apparaît comme l’un des rares sujets fédérateurs. En 2026, la Ville prévoit 48,1 millions d’euros d’investissements, dont une part importante consacrée à deux chantiers majeurs longtemps retardés. La médiathèque Toussaint, fermée depuis avril 2025, bénéficiera de 9,7 millions d’euros l’an prochain, pour une réouverture envisagée en 2028.
La future scène de musiques actuelles, appelée à remplacer l’actuel Chabada, concentrera également les attentions, avec un budget total estimé à 11,5 millions d’euros hors taxes. Les travaux doivent débuter à l’automne 2026 pour une ouverture début 2029. Si l’avant-projet a été validé à l’unanimité, la question du nom du futur équipement reste sensible. « Le Chabada n’est pas qu’un bâtiment, c’est un patrimoine immatériel et affectif. Changer son nom serait une erreur », a prévenu Rachel Capron, élue d’opposition.
Le conseil a également acté le soutien de la Ville à la création d’un musée des féminismes, porté par l’Université d’Angers, la Fondation des Femmes et l’association AFéMuse. Un projet salué par l’ensemble des groupes, même si Silvia Camara-Tombini a jugé ce soutien « tardif et insuffisant », rappelant que « les droits des femmes ne sont jamais acquis ».
Par Eline Vion.
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