La Maine devrait dépasser dans les prochaines heures la cote de janvier 2000 à Angers. Si la Loire amorce une lente décrue, la montée des eaux se poursuit dans le centre-ville et plusieurs secteurs de l’agglomération. Des fermetures de routes, des perturbations de transports et des évacuations ciblées sont envisagées.

Des évacuations du centre-ville d’Angers sont envisagés à l’approche du niveau de 6,12 mètres de la Maine, annoncés pour la journée de jeudi. – © Angers.Villactu.fr
À l’issue d’une nouvelle réunion de la cellule de vigilance crues, mercredi 18 février au matin, la municipalité d’Angers et les services de l’État ont confirmé une aggravation de la situation hydrologique dans le Maine-et-Loire. Si la Loire amorce une lente décrue, la Maine continue de monter et devrait dépasser dans les prochaines heures le niveau atteint lors de la crue de janvier 2000.
« La cote de 6,12 m de la Maine va être dépassée », a annoncé le maire d’Angers, Christophe Béchu. Les projections actualisées font état d’un niveau à 6,11 m jeudi dans l’après-midi, puis 6,16 m vendredi à 6 h. « En 2000, on s’était arrêté à 6,12 m. Nous allons donc dépasser cette cote dans la nuit de jeudi à vendredi, peut-être même dès la fin de journée demain », a-t-il précisé.
Si la Loire, mesurée à Montjean-sur-Loire, devrait perdre environ 8 cm d’ici vendredi matin, ce qui n’est pour autant pas suffisant : « À 5,22 m, la Loire est encore beaucoup trop haute pour permettre à la Maine de baisser de manière rapide », a souligné le maire. La dynamique est donc paradoxale, avec une décrue amorcée sur la Loire mais une montée prolongée sur la Maine, sous l’effet de l’inertie hydrologique et des précipitations récentes.
Des quartiers du centre et de la Doutre menacés
Les modélisations présentées aux élus montrent une extension significative des zones touchées, notamment dans le bas de la ville. Les secteurs de la place La Rochefoucauld, des Halles, de la rue Thiers, de la rue du Commerce ou encore du quartier de la Doutre sont concernés. À 6,11 m, le parking de La Rochefoucauld commencerait à être immergé. Le rond-point de la Baumette devrait également être fermé.
« Ça veut dire qu’on aura des bâtiments inondés dans le bas de la ville, qu’on va être amené à élargir le nombre de voies fermées, à limiter la circulation et à réduire certaines lignes de transports en commun », a détaillé Christophe Béchu. Des évacuations ciblées sont à l’étude.
Plusieurs communes de l’agglomération pourraient également subir des coupures d’axes routiers, notamment la RD 52 en direction de Briollay. Le pont du Louet, au sud de l’agglomération, devait être fermé préventivement en début d’après-midi, en raison des contraintes exercées par le courant sur l’ouvrage. La SNCF a, de son côté, annoncé la suppression de certains trains entre Angers et Nantes.
Appel à limiter les déplacements
Face à cette situation, le maire appelle à « limiter tous les déplacements dans l’agglomération ». Des consignes de télétravail doivent être diffusées aux agents de la collectivité et des échanges sont engagés avec les chambres consulaires pour encourager des mesures similaires dans les entreprises. « Le message est clair : ceux qui n’ont pas l’obligation de venir doivent éviter de se déplacer », a-t-il insisté.
Une communication globale doit être diffusée dans la journée pour préciser les fermetures de rues, les impacts sur les manifestations prévues en fin de semaine et les adaptations du réseau de transports.
Le préfet de Maine-et-Loire, François Pesneau, a confirmé les tendances observées par les services de l’État. « Les simulations confirment un plateau légèrement décroissant sur la Loire à partir de cet après-midi, ce qui est plutôt une bonne nouvelle », a-t-il indiqué. Mais il prévient : « Compte tenu des niveaux de la Loire et de la pluviométrie, avec l’effet d’inertie, on aura vraisemblablement une montée jusqu’à jeudi soir. On est sur un phénomène plus lent que prévu, mais aussi plus important. »
Selon Christophe Béchu, la situation ne devrait pas s’améliorer avant le début de la semaine prochaine. « Il faut s’armer de patience. Même avec l’accalmie météo annoncée, on ne reviendra pas à des niveaux inférieurs avant lundi. »
Vigilance face au « tourisme de crue »
Les autorités alertent également sur les comportements à risque. Dans la nuit de mardi à mercredi, trois kayakistes ont chaviré sur la Loire à hauteur de Chalonnes. Deux ont pu être secourus, le troisième était toujours recherché au moment de la réunion. « Ça montre bien qu’il n’y a rien d’anodin dans cette crue », a insisté François Pesneau. « Même un courant moins fort, avec les débits actuels, reste très dangereux. »
Le préfet a indiqué avoir donné des consignes pour que les secours n’exposent pas inutilement leur vie et a annoncé l’arrivée de renforts venus de la Manche, du Morbihan et du Loir-et-Cher, avec des embarcations et des hydroglisseurs destinés aux communes les plus enclavées.
Les élus ont également évoqué le phénomène de « tourisme de crue », avec des curieux se rendant sur les zones inondées malgré les barrières et les interdictions. « Les barrières ne suffisent pas toujours », ont constaté plusieurs maires.
Un nouveau point de situation doit se tenir jeudi matin à 8 h. « La journée de demain sera compliquée, et celle de vendredi également », a prévenu le préfet. Pour Angers, l’épisode s’annonce d’ores et déjà comme « le plus marquant depuis un quart de siècle », a déclaré le maire.
Par Eline Vion.
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