En novembre dernier, l’artiste angevine Coline Linder co-animait une table ronde au Musée des Beaux-Arts d’Angers. Organisée dans le cadre de la troisième édition du Elles Festival, porté par le Chabada, cette rencontre explorait l’évolution de la figure de la sorcière, d’hier à aujourd’hui. Une occasion pour l’artiste de revenir sur son univers musical et sa vision de la sorcière moderne.

Coline Linder est une autrice, compositrice, interprète et plasticienne angevine. – © Pauline Marfaing
Comment définir votre univers ?
Coline Linder : « Mon univers se qualifie par beaucoup de poésie, que ce soit avec des mots, des notes, des ambiances, des déclinaisons de la poésie. J’aime explorer plein de sonorités et de langues (portugaises, espagnoles, arabes) différentes ».
Qu’est-ce qui vous donne la motivation d’écrire ?
Ça dépend des moments de vie. L’écriture est souvent liée à des prises de conscience, à des émotions fortes face à des injustices ou à un amour. Je pense qu’il y a beaucoup d’espoir dans ma musique, l’humanité a besoin de douceur pour continuer à vivre.
À quoi ressemble la sorcière moderne ?
Cela pourrait être Nudem Dura, chanteuse kurde que j’aime beaucoup. Elle a été emprisonnée en 2015 [par le gouvernement turc NDLR] pour avoir chanté dans sa langue maternelle. Elle a été condamnée à 19 ans de prison. Son seul chef d’inculpation, c’est d’avoir été libre dans sa manière de créer. Ce n’est pas une terroriste et pourtant elle est quand même en prison. Il y a quelque chose de l’ordre de la sorcière moderne. Elle dit des choses que l’on n’a pas envie qu’elle dise donc on l’enferme.
Quel est votre lien avec la figure de la sorcière moderne ?
La sorcière, c’est une femme libre. C’est d’ailleurs ça qui fait peur, d’être libre, d’être curieuse. Le fait de fabriquer des choses, il y a des notions alchimiques dans le fait d’être artiste. Il y a plein de figures de femmes qui sont libres. Et la liberté fait peur.
Vous considérez-vous comme une figure de la sorcière moderne ?
Je ne pense pas. Je sais que je peux dire ce que je veux. Je me sens assez libre dans ma vie en général.
J’ai beaucoup écrit sur les femmes. Je trouve que la figure de la sorcière est belle, car elle représente la liberté, le côté sauvage, la force de pouvoir être.
Quelle place l’égalité entre les hommes et les femmes occupe-t-elle dans l’espace scénique ?
Je réfléchis à comment on fait les choses ensemble : les femmes avec les hommes. C’est important de faire bouger les choses, mais toujours dans l’optique d’être ensemble, de ne pas être les uns contre les autres.
Moi, j’ai cette chance de jouer avec deux musiciens qui sont aussi mes amis et des humains magnifiques. Je veux qu’on vive dans un endroit où on est vraiment égal à égal, comme des frères et sœurs.
Je suis en quête de nuances, de comment on s’écoute les uns les autres pour mieux comprendre l’endroit de l’autre.
Article proposé par Paolo Droillard, en partenariat avec Radio Campus Angers.
