Catherine Barthelemy : « Les consommateurs achètent des vêtements jetables »
Commerce, L'invité

Catherine Barthelemy : « Les consommateurs achètent des vêtements jetables »

Entre la désertion des centres-villes, la disparition d’enseignes historiques et l’arrivée de Shein en France, le secteur de l’habillement doit faire face à de nombreux défis. Rencontre avec Catherine Barthelemy, présidente de la Fédération nationale de l’habillement en Pays de la Loire.

Catherine Barthelemy est présidente de la Fédération nationale de l’habillement en Pays de la Loire – © Angers.Villactu.fr

À la tête de la boutique familiale Antoine et Barthelemy à Chalonnes-sur-Loire, mais aussi présidente de la Fédération nationale de l’habillement en Pays de la Loire depuis sept ans, Catherine Barthelemy fait un état des lieux du secteur à l’heure où Shein fait ses premiers pas en France.

Que représente le secteur de l’habillement en termes d’emplois et de boutiques dans la région ?

Catherine Barthelemy : « En 2024, dans les Pays de la Loire, nous comptions 1 205 boutiques qui employaient 4 298 salariés. À l’échelle nationale, ce ne sont pas moins de 33 000 boutiques et 80 000 emplois. »

Comment se porte le secteur ?

La crise sanitaire a rebattu les cartes et fragilisé les commerces. Dans notre secteur, il y a différentes gammes qui n’ont pas été impactées de la même manière. Il y a une désertification des centres-villes qui a également des conséquences non négligeables.

Le commerce de l’habillement est également affecté par l’arrivée d’acteurs avec des prix très agressifs. Quel est votre regard sur cette nouvelle offre ?

En France, 3,5 milliards de produits textiles neufs ont été vendus en 2024, soit 100 millions de plus qu’en 2023. Ces enseignes en ligne représentent aujourd’hui 72 % de la croissance des achats de textiles. Les consommateurs achètent des vêtements jetables qui ne durent plus dans le temps. C’est une situation inquiétante.

Que pensez-vous de l’arrivée de Shein au BHV à Paris et dans plusieurs magasins Galeries Lafayette ?

Au sein de la Fédération nationale de l’habillement, on se bat pour une consommation plus responsable. Notre rôle est d’informer et d’éclairer les consommateurs. Il y a une inquiétude, car cela tire le marché vers le bas. Les matières premières utilisées sont souvent mauvaises pour la santé et l’environnement. Nous allons droit vers une catastrophe écologique avec ce modèle.

Comment les entreprises françaises peuvent-elles exister dans ce contexte mondialisé ?

Il faut qu’elles amènent une plus-value. Le luxe fonctionne très bien en France grâce à son ADN. Il faut avoir une valeur ajoutée et faire preuve de créativité. Elles doivent se différencier de ce qui peut être proposé sur le marché.

On observe de nombreuses fermetures de grandes enseignes. Quels enseignements faut-il en tirer ?

Ils sont davantage en concurrence directe avec les plateformes à bas prix. Certaines marques ont baissé la qualité tout en maintenant les prix. Au bout d’un moment, le consommateur n’est pas idiot. Il est important de continuer à faire notre travail de conseil qu’il n’est pas possible de trouver sur Internet. Le côté humain a été un peu oublié alors que c’est essentiel.

Le commerce de proximité et les centres-villes sont également fragilisés…

Il est devenu de plus en plus difficile d’accéder aux centres-villes. Ils sont beaucoup à souffrir, même dans les grandes villes. Le fait de compliquer la vie des gens qui veulent se rendre en centre-ville favorise l’évasion vers les centres commerciaux en périphérie ou l’achat sur Internet.

Il y a également une problématique de loyers, avec des prix exorbitants. C’est un problème qui remonte très souvent. Les centres-villes sont devenus moins attractifs, mais les loyers n’ont pas baissé. Il existe des moyens d’actions comme plafonner les loyers et mettre des taxes sur les locaux vacants.

Qu’attendez-vous des politiques publiques pour soutenir le secteur ?

Dans un premier temps, nous voulons une réglementation des promotions et des soldes. Aujourd’hui, il y a des promotions toute l’année. Les périodes de soldes ont perdu leur sens. Nous voudrions qu’elles soient décalées plus tard dans la saison.

Propos recueillis par Sylvain Réault.

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