Au Quai à Angers, les écritures contemporaines prennent corps sur scène
Culture

Au Quai à Angers, les écritures contemporaines prennent corps sur scène

Au Quai à Angers, « Écritures en acte » propose un temps dédié aux écritures contemporaines, en réunissant plusieurs spectacles autour de thématiques actuelles comme l’identité, l’exil et les parcours individuels.

Entre autofiction et documentaire, le spectacle Anna-Fatima est porté par l’artiste polyvalente Sophie Lebrun. – © Virginie Meigné

Au cœur de sa programmation, le Quai-CDN Angers consacre un temps fort aux écritures contemporaines avec « Écritures en acte ». Pour sa deuxième édition, ce rendez-vous entend affirmer une ligne artistique qui place au centre les auteurs et autrices d’aujourd’hui, tout en interrogeant leur mise en scène et leur incarnation par les interprètes.

Pensé comme un espace de visibilité et de dialogue, « Écritures en acte » répond à un constat partagé par la direction du Quai : « Ce temps dédié dans la programmation aux écritures d’aujourd’hui constitue l’un des piliers d’un centre dramatique », souligne Marcial Di Fonzo Bo, son directeur. Si cette présence peut sembler évidente, elle reste selon lui « encore trop rare dans les programmations, où les textes contemporains disposent rarement d’un espace spécifique permettant à la fois leur diffusion et la rencontre avec le public ».

L’écriture et l’interprète, un dialogue au cœur du projet

Au-delà des textes eux-mêmes, le festival met en lumière la manière dont ils prennent vie sur scène. « L’une des lignes fortes, c’est le lien entre l’écriture et les interprètes », précise Jacques Peigné, directeur délégué. La programmation privilégie ainsi des formes souvent portées par un ou une interprète central, dans des dispositifs proches du solo, où la parole s’incarne directement.

Cette orientation reflète une évolution des pratiques théâtrales, marquée notamment par le développement de l’écriture de plateau. Celle-ci associe étroitement auteurs, metteurs en scène et comédiens dans un processus de création où le texte se construit au contact du jeu : « Le travail arrive par une écriture sur la peau des interprètes », résume Marcial Di Fonzo Bo.

Une édition traversée par les questions d’identité et l’exil

Sans être définie en amont, une thématique se dégage progressivement de la sélection. Cette année, plusieurs spectacles interrogent les notions d’identité, de filiation et de construction de soi.

C’est le cas de Anna-Fatima, porté par Sophie Lebrun, qui explore son histoire personnelle entre origines algériennes et françaises, et questionne le regard porté sur elle en tant qu’actrice. Dans un registre proche, Dainas de Jonathan Capdevielle aborde le parcours d’un comédien adopté, confronté à ses origines et à la manière dont il se raconte.

À travers ces récits, les artistes interrogent des trajectoires individuelles qui rejoignent des enjeux contemporains plus larges : « Ce sont des sujets qui traversent l’actualité, mais qui prennent ici une dimension intime », observe Jacques Peigné.

La question de l’exil constitue un autre axe fort de cette édition. L’artiste iranienne Mina Kavani y présente un spectacle intitulé I’m deranged centré sur son parcours, marqué par son départ d’Iran. À travers ce récit, elle évoque la condition des femmes dans son pays et les contraintes qui l’ont conduite à quitter son lieu d’origine.

Pour les programmateurs, ces propositions permettent d’incarner des réalités souvent abordées de manière abstraite : « Le théâtre permet d’entendre autrement des sujets que l’on connaît par les informations, en les incarnant dans une parole singulière », souligne Jacques Peigné.

Le spectacle Faire troupeau est écrit, mis en scène et joué par Marion Thomas. – © DR

Des récits d’apprentissage et des trajectoires de jeunesse

Plusieurs spectacles relèvent également du récit d’apprentissage, en mettant en scène des figures jeunes en quête d’émancipation. Holden, mis en scène par Marilyn Leray, suit ainsi une adolescente confrontée à son désir de départ et de liberté.

Dans Intro, le jeune artiste angevin Dylan interroge quant à lui son propre parcours, entre quête identitaire, sexualité et héritage familial. Le spectacle aborde aussi la mémoire des luttes liées au sida et les violences encore subies aujourd’hui par les personnes homosexuelles. Ce projet s’inscrit dans un accompagnement plus large du Quai auprès de jeunes artistes issus de formations locales, dans une logique de transmission et d’insertion professionnelle.

La programmation s’ouvre également à des formes plus hybrides, comme Faire Troupeau de Marion Thomas, qui emprunte au registre de la conférence-performance pour questionner les dynamiques collectives et l’individualisme contemporain.

Le temps fort se clôt notamment avec un spectacle consacré à la chanteuse Barbara, porté par Marie-Sophie Ferdane. À partir de lettres inédites de la chanteuse, le projet intitulé Barbara (par Barbara) propose un portrait intime, sans chercher l’imitation, mais en explorant la parole et la pensée de l’artiste.

Dylan Roncin livre une performance intime dans Intro. – © DR

Une programmation construite au fil du temps

Si des lignes thématiques émergent, elles ne constituent pas un point de départ. La sélection se construit progressivement, à partir des spectacles repérés tout au long de la saison : « Il n’y a pas une thématique définie en amont. C’est quelque chose qui se dégage au fil des découvertes », explique Marcial Di Fonzo Bo.

Cette approche permet de maintenir une cohérence tout en laissant place à la diversité des propositions. Les directeurs revendiquent également une attention particulière à la pluralité des voix, notamment féminines, ainsi qu’à la représentation d’artistes venus d’horizons variés.

« Écritures en acte » se distingue aussi par son format, qui invite les spectateurs à composer leur parcours. Plusieurs spectacles peuvent être enchaînés sur une même soirée, favorisant les échos entre les œuvres.

Un dispositif tarifaire spécifique accompagne cette proposition, avec un pass permettant d’accéder à plusieurs représentations à un tarif réduit.

Au-delà de la diversité des formes, cette deuxième édition semble marquée par une tonalité commune : « Ce sont des spectacles qui regardent la réalité en face, mais avec une forme de délicatesse et de réparation », observe Jacques Peigné.

La programmation complète, ainsi que la billetterie, sont à retrouver sur le site internet du Quai.

Par Eline Vion.

Suivez toute l’actualité locale en vous abonnant à nos newsletters.