Le groupe d’opposition Demain Angers demande le retrait d’un arrêté municipal interdisant les « attroupements et regroupements statiques » à certaines heures et dans plusieurs secteurs d’Angers. Une mesure défendue par la Ville, que la minorité assimile à un arrêté « anti-mendicité ».

Un arrêté municipal fait état de la présence de « matelas » devant les issues de secours de magasins, créant un risque « d’encombrement » – © Archives – Angers.Villactu.fr
Un arrêté municipal signé le 3 juillet dernier par le maire d’Angers, Christophe Béchu, suscite les critiques du groupe d’opposition Demain Angers. Le texte interdit notamment les « attroupements et les regroupements statiques » sur neuf secteurs de la ville, de 15 heures à 10 heures le lendemain, et ce jusqu’au 31 mai 2027.
Pour justifier cette décision, l’arrêté s’appuie sur différentes « mains-courantes et rapports » dressés par la police municipale à la suite de sollicitations d’usagers et de commerçants. Le texte fait état d’« occupations abusives de places à forte fréquentation » et d’attroupements accompagnés de « nuisances sonores, de provocations, de consommations d’alcool et autres produits générant de l’insécurité et de l’insalubrité ». Parmi les nuisances relevées figurent notamment des « crachats, détritus et aliments pour chiens ».
L’arrêté mentionne également des « situations de tension » signalées par les services municipaux du commerce et de la propreté publique. Des faits qui, selon le document, sont « confirmés par les services de la police nationale », celle-ci ayant été amenée à « renforcer sa présence sur ces sites » et à relever des infractions en lien avec ces regroupements.
La municipalité invoque aussi des enjeux de circulation et de sécurité, l’arrêté stipulant que la présence de groupes peut occasionner « une gêne manifeste à la sûreté et à la commodité de passage des piétons et des usagers des commerces comme du tramway », ainsi qu’un trouble à la tranquillité et à la salubrité publiques.
Certains regroupements auraient par ailleurs lieu avec du matériel, comme des « matelas » ou des « chaises », devant les issues de secours de magasins, avec un risque d’« encombrement de couloirs d’évacuation ». Le non-respect de l’arrêté est passible d’une contravention de deuxième classe.
Demain Angers dénonce un arrêté « anti-mendicité qui ne dit pas son nom »
Pour le groupe Demain Angers, la mesure va cependant au-delà de la lutte contre les troubles à l’ordre public. L’opposition considère qu’elle touche en premier lieu les personnes qui occupent durablement l’espace public, notamment celles sans domicile.
« On ne lutte pas contre la précarité en la déplaçant d’une place à une autre. Cet arrêté ne règle rien : il rend simplement la pauvreté moins visible », dénonce Silvia Camara-Tombini. Pour l’élue d’opposition, « une ville apaisée est une ville qui accompagne, protège et agit sur les causes, pas une ville qui éloigne les plus fragiles de son centre ».
Demain Angers affirme partager l’objectif de tranquillité publique et estime que les violences, dégradations ou menaces doivent être sanctionnées. Le groupe considère toutefois que « les dispositifs juridiques existants permettent déjà de répondre à ces comportements » et juge que l’arrêté ne traite pas les causes des difficultés rencontrées.
La minorité municipale qualifie ainsi la mesure d’arrêté « anti-mendicité qui ne dit pas son nom ». Elle s’interroge également sur sa proportionnalité, en raison de sa durée et du nombre de secteurs concernés. « La tranquillité publique est une exigence que nous partageons. Mais elle ne peut pas être obtenue au prix de la dignité humaine », poursuit Silvia Camara-Tombini, qui défend plutôt « davantage de médiation, un accompagnement social renforcé, des solutions d’hébergement, l’accès aux soins et au logement ». Le groupe demande désormais au maire d’annuler l’arrêté.
Un dispositif qui existait déjà en 2025
Du côté de l’entourage de Christophe Béchu, on conteste fermement l’idée d’une nouvelle politique destinée à éloigner les personnes précaires : « L’arrêté signé par le maire cette année n’est que l’extension d’un arrêté qui existe déjà et qui a été pris il y a un an », accusant par ailleurs l’opposition de « récupération politique ».
Un premier arrêté avait en effet été signé le 7 juillet 2025. Jusqu’au 31 mai 2026, il interdisait déjà « les attroupements et regroupements, du lundi au samedi, entre minuit et 10 heures et entre 15 heures et 23 h 59 ». Son périmètre était alors limité aux places Mondain-Chanlouineau, de la République, Molière et du Ralliement.
À ces quatre places déjà concernées en 2025 s’ajoutent désormais les places des Justices, de la Fraternité et du Chapeau-de-Gendarme, la rue Lenepveu et le parking de la rue Marcel-Pagnol.
Des regroupements « insupportables pour le voisinage »
Pour l’entourage du maire, cet arrêté est un outil destiné à répondre aux nuisances constatées dans certains secteurs : « Ce n’est pas un arrêté anti-mendicité, c’est un arrêté anti-regroupement », assure-t-il, évoquant des rassemblements jugés « insupportables pour le voisinage et les riverains ».
« Le dispositif doit permettre aux forces de l’ordre d’intervenir face à différentes situations comme des rassemblements autour de véhicules diffusant de la musique ou encore des faits associés à de la consommation d’alcool ou de stupéfiants, décrit-il. Ce que les Angevins demandent c’est d’agir face à ce genre de comportements, et c’est ce que l’arrêté fait ».
Une situation qui rappelle celle de Cholet, où un arrêté pris en novembre 2024 réglementait la consommation d’alcool et la pratique de la mendicité, tout en interdisant certains regroupements. Saisi par la Ligue des droits de l’Homme, le tribunal administratif de Nantes avait suspendu son exécution en janvier 2025. Le juge avait notamment relevé le « caractère disproportionné de la mesure d’interdiction », appliquée pendant cinq mois sur « une partie géographique importante de la commune, sans aucune limitation horaire ». Il pointait également l’absence d’« éléments suffisamment précis et convaincants sur la réalité des troubles allégués », estimant que ces éléments faisaient naître « un doute sérieux sur la légalité » de l’arrêté.
Interrogé sur ce rapprochement, l’entourage de Christophe Béchu écarte toutefois toute comparaison : « Ce n’est pas du tout ça qui nous a inspirés ». Il préfère de son côté citer l’exemple de Nantes pour souligner que ce type de dispositif existe déjà dans d’autres municipalités : « C’est pourtant une ville prise en exemple à de multiples reprises par l’opposition. »
Par Eline Vion.
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