Feu! Chatterton : « On aime bien poser des couleurs sur la musique »
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Feu! Chatterton : « On aime bien poser des couleurs sur la musique »

Des textes existentiels, flamboyants, une énergie dévorante, terriblement rock, mais aussi pop-électro et rap. Pour ce deuxième album Feu! Chatterton nous invite dans un voyage musical audacieux, sensuel et…explosif. C’est grâce à la chaleur des instruments et au lyrisme assumé du chanteur Arthur Teboul que « L’oiseleur » prend son envol en tournée. Exaltant.

Rencontre avec Sébastien Wolf, Clément Doumic, Raphael de Pressigny et Antoine Wilson à l’occasion de leur concert au Chabada il y a quelques semaines.

Feu! Chatterton

Rock « poético-littéraire », lyrique, théâtrale… il y a de nombreux adjectifs lorsqu’on parle de Feu! Chatterton. Comment définiriez-vous votre groupe et votre musique ?

Rock « poético-littéraire », c’est un peu pompeux mais on essaie de mélanger le rock avec des textes inspirés de la poésie. Des inspirations qui vont de la poésie un peu classique française comme Baudelaire, à la chanson avec des artistes comme Georges Brassens, Serge Gainsbourg, Barbara mais également l’écriture plus récente de la poésie d’aujourd’hui qu’est le rap. Arthur a aussi beaucoup écouté Lunatic et Booba.

La voix particulière d’Arthur Teboul (chanteur du groupe NDLR), c’est un travail de tous les jours ?

Non, non, il a commencé par beaucoup fumer (rires). Maintenant il a arrêté mais il prend des cours de chant. C’est surtout un travail autodidacte.

Vous avez été révélés en participant à de nombreux festivals, comment avez-vous vécu ce succès assez rapide ?

Franchement pour nous ça a pris du temps. De l’extérieur on peut avoir l’impression que ça va vite mais ça prend quand même plusieurs années. Le prix Chorus qu’on a reçu en 2014 a été un tremplin. Depuis, on a fait beaucoup de concerts, de festivals… Ça va vite mais en même temps on a eu la chance que ça n’aille pas « trop vite ». Il y a des artistes comme Eddy de Pretto pour qui ça va beaucoup plus vite : il est passé en une année de bars au Zénith. Nous on vient de faire cette année notre premier Zénith. On a eu le temps de passer par plein de petites étapes et de solidifier notre musique. Quand on regarde par rapport à nos contemporains directs on a une évolution qui est assez lente. C’est assez rassurant.

Comment s’est déroulé la phase d’écriture et de production de votre dernier album ?

Entre l’écriture et la fin des masters, ça a pris un an. Une année très dense. Lorsqu’on a terminé la tournée de notre précédent album, nous étions très fatigués, l’album avait bien marché, on avait été disque d’or avec une belle tournée, on avait une petite pression.

Au début on était un peu stressés, il y a toujours la peur de décevoir. On a vraiment décidé de s’isoler, de repartir un peu dans les conditions dans lesquelles on avait écrit nos premières chansons, dans des petits appartements, à la campagne, tous les cinq… On a très vite retrouvé la créativité que l’on avait. C’était franchement un moment assez fort.

L’écriture arrive avant la musique ?

C’est rare que l’écriture arrive en premier. Souvent les textes arrivent et se construisent autour de la musique déjà arrangée, il faut trouver les mots qui vont avec l’ambiance du morceau. Régulièrement, notre méthode de travail c’est d’être ensemble, de chercher et de laisser venir des moments durant lesquels on est très excités… Un peu comme quand tu es gamin et que tu construis une cabane avec tes potes.

Vous avez indiqué que vous ne souhaitiez pas faire de pause entre votre première tournée et l’écriture de cet album pour garder cette énergie.

Pendant la tournée on a du mal à écrire des nouvelles choses, parce que on est fatigués et lorsqu’on rentre à Paris on a envie de se reposer. A la fin de la tournée du premier album, on était contents d’avoir un rythme régulier pour écrire des chansons. Ce n’est pas du tout le même travail, durant la tournée, tous les soirs, tu es censé être au maximum devant les gens. Pour nous il est difficile en parallèle d’être dans une émotion d’attente. Ecrire c’est souvent attendre qu’un bel événement arrive.

Certains morceaux sont assez intenses, un peu « explosifs », tandis que d’autres sont plus posés… C’est un dosage choisi ?

On va à l’émotion. On se laisse guider par ce que devient le morceau à partir des premières idées. On théorise pas comment on va doser notre album avant de le faire. C’est souvent la chanson qui décide. Comme dans « Je ne te vois plus » ou « Grace », c’est deux morceaux qui sont liés pour nous. « Je ne te vois plus » est le premier morceau et l’introduction de « Grace ».

Dans « Je ne te vois plus » on cherchait des choses au synthé et il avait déjà cette ambiance hyper calme. Il n’y avait pas besoin de rajouter des couches de puissance, d’énergie… L’ambiance était déjà là. Dans « Grace », on a joué tous les quatre et c’était tout de suite rock’n roll, il y avait cette énergie où tout le monde était derrière son instrument et donnait son maximum.

A l’écoute, votre album donne l’impression d’un voyage, que l’on est vraiment à côté de vous et que vous nous racontez vos parcours poétiques, musicaux… C’est peut-être dû à la voix d’Arthur mais on est d’une certaine façon, tenu par la main.

C’est cool si les gens ressentent ça car c’est vraiment de cette manière que l’on fait notre musique ! Je pense que nous avons cet accompagnateur, la voix d’Arthur qui te guide pendant tout l’album et qui te raconte des histoires différentes, qui t’emmène dans des émotions liées à l’amour, à l’oubli… Nous derrière à la musique, on dessine un peu le paysage qu’on veut. C’est parce qu’il y a cette unité de la voix qu’on peut se permettre derrière de faire des styles très variés. Il est difficile de classer notre musique pour ça. Dans l’album, il y a des morceaux aussi bien très rap, funk, des balades…

Sur scène, vous adaptez cette narration en fonction du lieu ou à l’énergie du moment ?

Au lieu pas forcément, à l’énergie du moment c’est important. Le public répond, parfois moins… On voit des différences énormes de ce que nous on a apprécié du concert par rapport à la façon dont le public a réagi. Parfois on sait que nous avons très mal joué mais le public a été incroyable et pour nous c’est un bon concert. Lorsqu’on a un public très attentif, on va jouer plus en nuances, plus introspectif… Il y a des soirs c’est plus jeune, c’est bourré, ça saute partout, d’un coup les morceaux sont plus nerveux, les guitares plus fortes. Après, le schéma du concert on le fait un peu évoluer mais on a mis pas mal de temps à trouver un équilibre dans la narration du live donc ça ne change pas d’un soir à l’autre dans le schéma général mais par contre un peu dans la manière dont on l’habite.

On joue pas les morceaux au clic, il n’y a pas de bandes sons, chacun fait des variations dans ses parties. C’est une matière organique et plastique. On a ce luxe là, de ne pas tous les soirs balancer un ordinateur qui met des bandes, et qui fait exactement la même chose.

Votre musique est assez visuelle, cinématographique, c’est volontaire ?

Comme la voix et les textes jouent beaucoup sur cet univers représentatif, figuratif parfois, nous on s’amuse aussi avec ça dans la musique. On aime bien poser des couleurs sur la musique, des images qui bougent.

Le look sur scène c’est dans cette continuité ?

C’est dans cette continuité de représentation. C’est un habillage qui a été un peu guidé par Arthur à nos débuts. C’était une manière de dire « je n’ai pas d’instrument mais je peux aussi me cacher derrière un personnage que je me construis sur scène ».
Sur scène on essaie de reproduire cet esprit. On essaie de construire un spectacle. On choisi les moments où Arthur va dire des choses. On essaie de construire un fil pour que le spectateur soit tout le temps avec nous. Ce n’est pas qu’une collection de chansons qui s’enchaînent.

Vous êtes un groupe de scène, c’est sur scène que vous exprimez le mieux, cela veut dire que tout le temps que vous passez en studio n’a pour objectif que de rencontrer le public en live ?

On aime aussi beaucoup le studio. Il y a beaucoup d’artistes qui vont dire le contraire, qui passent beaucoup de temps en studio et aiment moins la scène. C’est un mode de vie qui est hyper déstructurant. Le fait d’être cinq et de jouer tous ensemble c’est marrant. En concert, tous les soirs c’est un peu différent, il y a telle ou telle énergie, des moments d’improvisation… On prend aussi beaucoup de plaisir en studio, on cherche aussi les moments de grâce, les accidents qui font que la chanson devienne chanson.

En studio, on a eu beaucoup de temps avec notre réalisateur pour le deuxième album. Même si au bout d’un moment c’est un peu épuisant d’être enfermé tous les six, à passer des heures à chercher juste le bon son de clavier, la bonne note, le bon arrangement… C’est un luxe d’être dans un studio avec plein de synthés, de machines… C’est une parenthèse hors du temps.
Un peu comme une piscine à boules quand tu as 2 ans et que tu es à la crèche ! (rires)

Vous avez un bon souvenir du Chabada ?

Oui et pas que : le concert était très bien, on avait bien fait le fête après (rires) ! On a joué aussi au Jocker’s Pub à Angers, avec Grise Cornak et Volin ! C’était un super concert, la tournée des bars, c’était la première fois qu’on partait de Paris devant des gens qui nous avait découvert, peut-être par des médias, mais on avait presque rien sorti encore. On arrivait, il y avait du monde ! C’était la première fois qu’on rencontrait des gens qui écoutaient notre musique. Avant c’était que des potes qui écoutaient. Il y a eu plein de petites dates comme le Jocker’s Pub et le Chabada où il y avait une ambiance de fou !

Par Emmanuel M.

  • Marko

    Top concert que j’ai eu la chance de faire !